vendredi 18 septembre 2020
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Section de recherches (Photo d'illustration S.D L'Essor)
Illustration (SD/L'Essor).

La Gendarmerie et le parquet de Grenoble croisent le fer en marge de l’affaire Maëlys

A Grenoble, en quelques heures, l’ambiance est devenue très orageuse entre la Gendarmerie et le parquet. A travers deux déclarations, la Justice et l’Arme viennent de croiser le fer dans un dossier qui devrait laisser des traces. Un événement rare qui pourrait déboucher sur une nouvelle crise entre Intérieur et Justice.

Tout commence ce mardi 24 octobre, au matin. L’AFP relaie l’annonce de l’ouverture, dans le cadre de l’affaire de la disparition de la petite Maëlys, d’une enquête pour violation du secret de l’instruction en raison des multiples fuites parues dans la presse. Et le procureur de la République de Grenoble de préciser avoir confié, vendredi 20 octobre, cette enquête préliminaire à la direction centrale de la police judiciaire ! Une saisine tout sauf anodine : Jean-Yves Coquillat déclare à l’AFP avoir des soupçons sur des fuites dans l’enquête « au niveau local et parisien, au niveau de la direction de la gendarmerie, de la section de recherches et de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie (IRCGN) ».

Lire aussi : Ouverture d’une enquête pour violation du secret de l’instruction dans l’affaire Maëlys : l’enquête confiée à la police

La vive réaction de Richard Lizurey

Des accusations extrêmement graves qui ne sont pas restées longtemps sans réponse. « Accuser en disant que cela vient de tel ou tel endroit, sans enquête, c’est scandaleux », a réagi, à L’Essor, le général d’armée Richard Lizurey. Des services sont accusés de fuites « alors qu’il n’y a pas le début d’une preuve, assure le patron des gendarmes. Je soutiens mes personnels engagés dans une enquête difficile ».

Le général d'armée Richard Lizurey, directeur général de la Gendarmerie nationale (Photo d'illustration S.D/L'Essor).
Le général d’armée Richard Lizurey, directeur général de la Gendarmerie nationale (Photo d’illustration S.D/L’Essor).

Déstabilisé par l’annonce surprise d’Emmanuel Macron sur la remise en cause, pour la Gendarmerie, de l’application de la directive européenne sur le temps de travail – la Gendarmerie n’avait pas été informée – Richard Lizurey doit gérer une nouvelle crise, cette fois-ci avec la Justice. Il faut dire qu’en explicitant précisément ses soupçons, le procureur de Grenoble n’a guère laissé le choix au patron des gendarmes.

« La réaction vive du directeur général est inévitable, ce n’est pas une surprise », observe Guillaume Didier, ancien porte-parole du ministère de la Justice de 2007 à 2010. « Ce qui est plus étonnant, c’est que le procureur ait choisi déjà d’exposer ses pistes », ajoute ce magistrat en disponibilité, associé au cabinet de conseil Vae Solis.

Le secret de l’instruction

Le procureur avait-il besoin de préciser ses soupçons ? L’ouverture d’une enquête pour violation du secret de l’instruction est déjà une information en soi. Les journalistes auraient pu être concernés par une enquête pour recel de violation du secret de l’instruction. Les avocats sont eux soumis au secret professionnel. Seuls les enquêteurs, les experts et les magistrats sont tenus au secret de l’instruction. L’affaire de la disparition, à la fin août lors d’un mariage à Pont-de-Beauvoisin (Isère), de la petite Maëlys ayant été confiée à des gendarmes, le nombre de suspects est donc déjà clairement délimité.

« Qu’une enquête soit ouverte, il n’y a rien de choquant en soi, poursuit Guillaume Didier. Il y a un moment où l’autorité judiciaire doit rappeler la loi. » Confier cette enquête sur des gendarmes à un service judiciaire de la police nationale est cependant un signal clair de défiance. « L’IGGN aurait pu être saisie », souligne un ancien haut gradé de la Gendarmerie.

Quelles suites?

Guillaume Didier
Guillaume Didier, magistrat en disponibilité (Crédit photo: DR).

Désormais, les regards se tournent vers la Chancellerie. La garde des Sceaux Nicole Belloubet va-t-elle intervenir dans ce conflit ? En fin d’après-midi, le ministère de la Justice n’avait pas réagi aux sollicitations de L’Essor. « Cela sera très compliquée pour Nicole Belloubet : l’enquête est en cours, des magistrats sont saisis », pronostique Guillaume Didier. Tout au plus la ministre de la Justice pourrait suggérer de « la sérénité » et rappeler « les excellentes relations quotidiennes entre magistrats du siège et du parquet et les services d’enquête de la gendarmerie et de la police ».

Pas sûr que de tels éléments de langage ne suffisent à éteindre l’incendie. Pourtant, il y a urgence d’arriver à un apaisement à la faveur d’une « explication » entre le directeur général et le procureur, souligne Guillaume Didier. « Ce type d’affaires peut laisser des traces dans une juridiction de manière durable et gêner les enquêtes pendant plusieurs années, observe-t-il. Or, en juridiction, il y a déjà assez de difficultés liées au travail en lui-même, de pression, pour ne pas avoir à affronter en plus des tensions et des rancœurs ».

Pierre-Marie GIRAUD et Gabriel THIERRY.

L’association professionnelle nationale de militaires Gendarmes et citoyens s’est elle aussi indignée, dans un communiqué, mercredi 25 octobre 2017, des déclarations du procureur de la République de Grenoble. Ce dernier « vient de démontrer toute la défiance qu’un magistrat peut éprouver à l’égard d’une Institution disciplinée et servile », souligne-t-elle. L’association regrette la non saisie de l’inspection générale de la Gendarmerie nationale et dénonce « une telle agression gratuite à l’égard de gendarmes, officiers de police judiciaire, qui mettent toute leur énergie depuis plusieurs semaines à faire jaillir la vérité dans la disparition insupportable d’une enfant ».
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11 Commentaires

  1. Swol. Andre

    Je trouve normal en démocratie que l on désigne tel ou tel service pour enquêter.J e dis laissons faire aux enquêteurs leurs boulots et si les fuites sont confirmées,alors il faut punir le ou les coupables.Demain si la gendarmerie devait enquêter sur un service de police defaillant,je trouverais çela normal pour ma part ,je le redis sommes nous pas en démocratie oui ou non. major honoraire de police CRS.

    • Bonsoir,
      Non ce n’est pas normal! On est pas en démocratie quand on suspecte les forces de l’ordre! C’est trop facile, qui auditionne les magistrats? Et les journalistes? Un Policier retraité, simple Sous Brigadier, et heureux de l’être…

  2. THIBAULT Monique

    le procureur est il sur que les fuites viennent des gendarmes. Les greffiers et greffières sont ils tenus au secret professionnel et font ils leur boulot correctement. Ma nièce a déposé une plainte dans un tribunal de la région parisienne pour MISE EN DANGER DE LA VIE D’AUTRUI. Je suis PERSUADEE que la procureure n’a pas vu le dossier. Celui ci a été classé avec mention” L’INCITATION AN SUICIDE N’EST PAS PUNI PAR LA LOI” Aucune confiance dans les tribunaux. Je suis veuve de gendarme, fille, belle fille, belle soeur de gendarmes et je pense à EUX qui ont toujours fait leur boulot AVEC CONSCIENCE dans des circonstances très difficiles (guerre 39-40, Indochine et Algérie

  3. Daniel Chollet

    Un Général qui défend ses troupes ! Ses jours sont comptés ???

    • Leglaude.

      Une attitude tout à fait normale de la part d’un “vrai chef”. Hélas dans ma longue carrière je n’ai pas souvent vu ce genre de comportement de la part d’un officier de haut rang

  4. Leglaude

    Dans les enquêtes les fuites proviennent la plupart du temps du parquet, des avocats et dans une très faible proportion ….des gendarmes qui, par imprudence, maladresse ou intérêt (ce qui est plus grave) donnent des renseignements aux journalistes .
    Toutefois, dans l’affaire de la disparition de la petite Maëlys, les principaux acteurs de l’enquête ne sont pas très nombreux et donc une vérification semble relativement facile à réaliser
    Dans le cas où les enquêteurs de la Gendarmerie n’aurait commis aucune faute, il conviendrait de demander des comptes au magistrat accusateur.

  5. PLANCHER

    Inadmissible de la part d’un haut magistrat à la tête d’un grand Parquet – Sans retenue vis à vis des gendarmes enquêteurs confirmés, membres d’une excellente S.R. qui a fait ses preuves – Aucun devoir de réserve respecté avant une incontournable enquête utile à la manifestation de la vérité. J’espère que les allégations du Procureur seront démenties prochainement et là, il devra payer cash !!!

  6. François ASSA

    Et, quand les procureurs font des conférences de presse, ne trahissent il pas le secret de l’instruction.

  7. leglaude

    c’est tout simplement un chef qui “en a” (comprenez du courage ! ! !)

  8. BELLENGER

    IL SUFFIT DE LIRE L ESSOR N° 510 OCTOBRE PAGES 18 ET 19 POUR SE DEMANDER SI CERTAINS
    MILITAIRES DE LA GENDARMERIE NE DEPASSENT PAS CERTAINES LIMITES DANS LA PUBLICATION
    D INFORMATIONS/ POUR MA PART JE LES TROUVE CONTRAIRE A CE QUE L ETHIQUE RECOMMANDE
    POUR UN GENDARME ET QUE J AI TOUJOURS RESPECTE/ POUR CE QUI CONCERNE L INTERVENTION
    DU DIRECTEUR DE LA GENDARMERIE JE LA COMPRENDS

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