mardi 20 août 2019
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Au coeur d'une cellule renseignement de la Gendarmerie, ici au groupement départemental de l'Essonne, avec le gendarme Matthieu Fargier, analyste renseignement (Crédit photo: GT/L'Essor).
Au coeur d'une cellule renseignement de la Gendarmerie, ici au groupement départemental de l'Essonne, avec le gendarme Matthieu Fargier, analyste renseignement (Crédit photo: GT/L'Essor).

Comment la Gendarmerie monte en puissance dans le renseignement

En Gendarmerie, le renseignement marche désormais sur deux jambes. La première, c’est la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO). La seconde, c’est le service central du renseignement territorial (SCRT), qui comprend environ 10% de gendarmes dans son effectif.

Retrouvez dans l’édition de mars de notre magazine notre dossier spécial sur le renseignement et la Gendarmerie.

La sous-direction de l’anticipation opérationnelle

Créé en décembre 2013, la SDAO rassemble quelque 80 militaires. Ce service regroupe le Centre de renseignement opérationnel de la gendarmerie (Crog) et le Centre d’analyse et d’exploitation. Ses priorités sont la prévention de la radicalisation, la surveillance des contestations violentes et la sécurité économique, pour mieux éclairer les décisions du commandement, que ce soit au niveau central ou au niveau des groupements.

Lire aussi sur L’Essor : Radicalisation, création de la sous-direction de l’anticipation opérationnelle… Le chef du renseignement de la Gendarmerie se confie

Le lieutenant-colonel Fabrice Kapps, l'officier adjoint de renseignement du groupement de l'Essonne (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Le lieutenant-colonel Fabrice Kapps, l’officier adjoint de renseignement du groupement de l’Essonne (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Avec les échelons territoriaux, la Gendarmerie s’appuie en tout sur une force de frappe de plus de 550 analystes, alimentée principalement par l’impressionnante communauté des gendarmes et réservistes, soit 130.000 personnes. Répartis dans les cellules départementales de renseignement, les bureaux régionaux et la sous-direction, ils sont chargés de traiter, recouper, et analyser les informations récoltées.

Une matière brute essentiellement humaine, même si les gendarmes se penchent aussi sur les sources ouvertes et ont un accès, direct ou indirect, aux techniques spéciales de recueil du renseignement. Depuis 2015, cette sous-direction et le bureau de la lutte anti-terroriste (Blat), rattachée à la sous-direction de la police judiciaire, font toutes deux parties de l’officieux “second cercle” de la communauté française du renseignement. Elles se répartissent notamment le millier de signalements d’individus radicalisés suivis par la Gendarmerie. Le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) comprend au total environ 12.000 fiches actives recensées.

Le service central de renseignement territorial

La SDAO alimente également le SCRT, chargé de l’information administrative et gouvernementale. Ce service, rattaché à la direction centrale de la sécurité publique de la Police, a succédé aux Renseignements généraux (RG). Il produit des notes frappées du double timbre des deux directions générales de la Gendarmerie et de la Police. Et pour cause : désormais, 288 gendarmes, dont 33 au service central, soit un peu plus de 10% des effectifs, travaillent dans ce service chargé d’informer le gouvernement et les services de sécurité sur un spectre large, qui va de l’actualité économique à la contestation sociale en passant par la prévention du terrorisme.

“Ce ne sont pas des représentants de la Gendarmerie, ils sont totalement intégrés dans le service et travaillent dans toutes les divisions thématiques”, explique à L’Essor l’inspecteur général Hugues Bricq, le chef de ce service, secondé par un gendarme, le colonel Laurent Le Gentil. Trois services départementaux sont d’ailleurs dirigés par des militaires. “Les gendarmes nous apportent leur connaissance de leur zone, leurs compétences, leurs formations, c’est une vraie richesse, poursuit Hugues Bricq. Notre articulation avec la Police et la Gendarmerie nous permet d’avoir un panorama complet et actualisé de la situation.”

L’irruption de gendarmes dans cette ancienne chasse gardée de la Police ne s’est pas faite sans heurts. Le syndicat des cadres de la sécurité intérieure a ainsi déposé des recours, validés par la justice administrative, contre les nominations d’officiers à des postes à responsabilité. L’organisation syndicale estime que ces promotions sont entachées par un vice de procédure. Une polémique dépassée, assure Hugues Bricq. “Désormais, il n’y a plus de sujet”, dit-il, soulignant le faible turn-over des gendarmes présents au sein de son service.

La direction générale de la sécurité intérieure

Laurent Nunez, le directeur de la DGSI, lors des voeux de la Gendarmerie en janvier 2018 (Crédit photo: MG/L'Essor).
Laurent Nunez, le directeur de la DGSI (Crédit photo: MG/L’Essor).

Par contre, les liens sont beaucoup plus ténus avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Elle n’abrite qu’un seul gendarme, présent au nom du… SCRT. Même constat pour la cellule Allat, qui réunit les services de renseignement sur la question de la lutte contre les jihadistes de l’Etat islamique, où la Gendarmerie n’est pas représentée en personne.

Cela va-t-il changer ? Peut-être, car à l’heure où le cloisonnement de l’information laisse la place à la coopération et le partage, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour faire face à la menace terroriste. Et à terme, la structuration de la filière renseignement chez les gendarmes pourrait leur ouvrir, à terme, des portes, même dans les citadelles les plus fermées. “La DGSI, chef de file de la lutte anti-terroriste, a vocation à travailler avec tout le monde”, assure ainsi à L’Essor Laurent Nuñez, le directeur de la DGSI. Affaire à suivre. “Le renseignement est la compétence métier la plus refondée des dix dernières années dans la sécurité intérieure”, rappelle un haut-gradé de la Gendarmerie.

Lire aussi sur L’Essor : Davantage de missions du GIGN pour la direction générale de la sécurité intérieure

Gabriel Thierry

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3 Commentaires

  1. chassang

    En ce qui concerne le renseignement, je pense que les unités d’ active, sur le terrain, devraient renouer avec les prises de contact avec les retraités de l’ Arme.
    En ce qui me concerne, officier, cdt Cie, j’ ai pris ma retraite sur place, voilà 23 ans, et je n’ ai pas vu un officier me rendre visite depuis plus de 15 ans……
    Chercher l’ erreur..

  2. Vincent

    Bonjour à toute l’équipe de l’Essor.

    Je viens de lire avec attention l’article sur la montée en puissance de la gendarmerie dans le domaine du renseignement et je dois rectifier une erreur communément faite dans le monde journalistique et qui concernant l’arme ne devrait pas exister.

    Le SCRT est l’héritier de la SDIG, qui, certes, s’est constituée sur les ruines de la DCRG, MAIS, les RG (renseignements généraux et non pas le renseignement de la gendarmerie) ont fusionné en 2008 avec la DST pour donner naissance au R.I (renseignement Intérieur).

    Ces précisions sont primordiales car à l’époque les SDIG départementaux eurent à connaître maintes difficultés dénoncées avec pertinence dans le rapport des députés URVOAS et VERCHERE, dans lequel la sécurité publique et la gendarmerie n’ont pas toujours brillé par leur approche pertinente de la mission, je n’épiloguerai pas.

    Si maintenant les choses s’améliorent dans le monde du renseignement, les événements dramatiques que la France a subi y étant pour quelque chose, il y encore d’énormes marges de progression pour un renseignement efficace dès lors que le milieu ouvert et fermé, ainsi que le rural et le citadin ne sont indépendants que dans l’esprit de ceux qui veulent conserver un statu quo d’organisation des forces préjudiciables aux contribuables et à l’efficacité. Les arguties sur le côté ancestrale de la gendarmerie et les divisions internes de la police (cf. la commission d’enquêtes du Sénat sur l’Etat des forces de sécurité) ne sont plus de mises.

    Donc si d’indéniables progrès ont été réalisés par la gendarmerie dans de nombreux domaines de missions de police (au sens juridique vous l’aurez compris), cela ne cachent pas pour les personnes averties les luttes intestines, les querelles de chapelles même pas du niveau du jardin d’enfants.

    Mais n’oublions pas ce qui est resté dans la boîte de Pandore (sans lien avec la chanson de Gustave Nadaud).

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