mercredi 30 septembre 2020
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Projet d’insigne de la Médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme, avers et revers (© Service historique de la Défense/ La grande chancellerie de la Légion d'honneur).
Insigne de la Médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme, avers et revers (© Service historique de la Défense/ La grande chancellerie de la Légion d'honneur).

Françoise Rudetzki « un peu à l’origine » de la médaille aux victimes du terrorisme

Fondatrice de SOS Attentats et indéfectible soutien des victimes du terrorisme, Françoise Rudetzki dit être « un peu à l’origine » de la création, le 12 juillet, de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme.
Cette médaille a reçu un accueil contrasté des associations de victimes et déclenché un tollé dans les rangs des anciens combattants qui dénoncent une décoration prenant le pas sur les médailles militaires.

Pourtant, remarque Françoise Rudetzki, cette médaille est inspirée de la décoration créée en 2004 par le gouvernement espagnol et qui n’a pas suscité, au delà des Pyrénées, de polémiques.

« J’avais écrit à la fin de 2015 au Président de la République en lui suggérant de créer une médaille spécifique, ce qui correspondait à une demande de certaines victimes ou familles de victimes, d’autres s’y refusant », raconte-t-elle dans un entretien avec “L’Essor de la Gendarmerie”.

Après quatre ans de combat, SOS Attentats avait obtenu l’adoption de la loi du 23 janvier 1990 accordant le statut de victime civile de guerre aux victimes du terrorisme, reconnaissant ainsi que le terrorisme était une nouvelle forme de guerre. A l’époque, déjà, certaines associations avaient exprimé leur réprobation, relève-t-elle.

Avec cette nouvelle médaille, Françoise Rudetzki explique qu’elle pensait notamment aux deux jeunes Français Vincent Delory et Antoine de Léocour, tués en janvier 2011 dans le désert nigérien lors d’une opération de l’armée française pour tenter de les délivrer de leurs ravisseurs d’Al Qaïda au Maghreb islamique. Les parents des deux victimes avaient ensuite demandé la Légion d’honneur pour leurs enfants mais que cette demande avait été faite trop tard, plus d’un an après les faits.

Dans sa réponse au courrier de Françoise Rudetzki, François Hollande lui avait répondu que sa proposition de créer une médaille spécifique « semble correspondre à une besoin bien réel ». Le chef de l’Etat ajoutait qu’il avait demandé au grand chancelier de la Légion d’honneur de lui faire des propositions.

“C’est le choix du président d’utiliser le mot victime”

Lors d’une rencontre en tête-à-tête avec François Hollande fin février 2016, Françoise Rudetzki avait souhaité qu’il ne soit pas fait mention du mot « victime » dans l’intitulé de la médaille.

« C’est le choix du président d’utiliser le mot victime », commente-t-elle. « La rétroactivité de cette médaille sur dix ans mérite d’être soulignée », dit-elle.

Interrogée par L’Essor de la Gendarmerie sur le problème de préséance de cette médaille, soulevée par les associations d’anciens combattants, Françoise Rudetzki affirme « respecter » la position des anciens combattants. Pour autant, ajoute-t-elle    « si on propose une médaille à des jeunes du Bataclan, vont-ils s’interroger sur l’ordre protocolaire de la médaille ? ».

Elle conclut : « Le terrorisme vise la Nation dans son ensemble et la Nation doit exprimer sa solidarité par des gestes symboliques envers les victimes ». Une reconnaissance qui n’est pas un « gadget » et que chacun est libre de demander, selon sa perception et qui ne se confond pas avec l’indemnisation.

Il en est de même pour la mention « victime du terrorisme » sur l’acte de décès – une soixantaine de victimes en on déjà bénéficié – et sur la pierre tombale et pour l’adoption par la Nation des enfants victimes, au titre de pupille de la Nation.

Très grièvement blessée dans l’attentat à la bombe – jamais élucidé – contre le restaurant du Grand Véfour au Palais Royal à Paris (IIe), le 23 décembre 1983, Françoise Rudetzki, a subi plus d’une centaine d’opérations et reste encore marquée physiquement.

Tout à son combat pour survivre, elle s’était pourtant lancée dans une interminable bataille pour faire reconnaître les droits des victimes du terrorisme. Elle avait créée SOS Attentats en 1985 (auto-dissoute en 2008) avec son mari Maurice, blessé également au Grand Véfour et décédé en 2012. Ils avaient participé à l’élaboration de la loi sur le terrorisme votée le 9 septembre 1986, il y a tout juste 30 ans. Une loi qui a créé le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, étendu en 1990 aux victimes d’infractions pénales. Ce fonds, financé par un prélèvement de 4,30 euros sur chaque contrat d’assurance de biens en France, dispose actuellement de 1,4 milliard d’euros, précise Françoise Rudetzki. Elle ajoute que fin 2014, 4.200 victimes du terrorisme avaient été indemnisées de même que 240.000 victimes d’infractions pénales.

Membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) depuis novembre 2015, Françoise Rudetzki vient d’être chargée d’une nouvelle mission par la Secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel. Celle de réfléchir à un «centre de ressources et de résilience» pour les victimes, selon sa lettre de mission.

Pierre-Marie GIRAUD

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