samedi 26 septembre 2020
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Cyber défense
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La France de la cyberdéfense en ordre de bataille

Doctrine, effectifs, structure, commandement : la France de la cyberdéfense est désormais en ordre de bataille, dans un monde de plus en plus exposé.

« Etant donné l’impact et l’enjeu du cyber, j’ai décidé de créer un commandement spécifique qui sera mis en place dans très peu de temps », a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, mardi 24 janvier 2017, lors de sa venue au 9è Forum international de la cybersécurité (FIC) à Lille.

Le ministre de la Défense a rappelé  que les armées (Air, Terre, Marine), ne disposaient jusqu’à présent que d’unités spécialisées dans la cyberdéfense. Prochainement, l’autorité du commandement de la cyberdéfense  “s’exercera sur les unités spécialisées dans chacune des armées et donnera à la France la capacité de mise en oeuvre d’unités combattantes en cas de crise“.

Jean-Yves Le Drian nommera prochainement un cybercommandeur, chargé de planifier et de conduire les opérations de cyberdéfense. Il sera placé sous la responsabilité du chef d’Etat-major des armées. Sous les ordres de ce nouveau commandement de la cyberdéfense, quelque 2.600 combattants numériques d’ici à fin 2019, soit deux fois plus qu’en 2012.

Une cyberdéfense plus offensive

« Nous sommes dans un espace de bataille, dans un espace de guerre », a assuré Jean-Yves Le Drian à propos du cyberespace. Le ministre a relevé d’une part, que les attaques sont « de plus en plus sophistiquées » avec une facilité d’accès aux logiciels malveillants, et d’autre part, que l’exposition à ces cybermenaces est devenue accrue pour les organisations publiques et privées, les entreprises et les individus.

En décembre 2016, depuis la DGA-MI (Délégation générale de l’armement – Maîtrise de l’information) – principal centre d’expertise des armées spécialisé dans les communications électroniques installé à Bruz, près de Rennes -, Jean-Yves Le Drian a exposé la doctrine de la France en matière de cyberdéfense. Elle repose sur plusieurs missions : le renseignement – afin d’identifier les failles et les vulnérabilités, les menaces, les assaillants potentiels -, la protection et la riposte ou neutralisation (depuis l’article 21 de la Loi de programmation militaire (LPM) de 2013). Le commandement cyber aura la charge d’assurer ces trois missions (renseignement, protection et riposte) en étroite coordination avec le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO).

« Les effets des cyberattaques ou de la cyberdéfense peuvent être extrêmement variés », a souligné le ministre de la Défense. Ainsi, les opérations pourront être menées depuis le territoire national sur les infrastructures ennemies, il peut s’agir de neutraliser les systèmes de communications ennemis par des actions menées « au contact », ou bien d’ « annuler des velléités offensives de l’ennemi par l’intermédiaire du renseignement ».

Le ministre de la Défense assure également que la cyber est une « action armée qui doit répondre à des règles d’engagement qui s’appliquent en fonction des droits des conflits armés, c’est à dire, entre autres, la proportionnalité ». Il évoque ainsi le scénario d’une guerre numérique : « si une action numérique armée était utilisée contre les intérêts de la France, et causait des dégâts en terme de paralysie d’infrastructure sensibles ou vitales, voire des destructions de vies humaines, alors la riposte n’est pas uniquement numérique ». Le ministre va même plus loin : « elle pourrait être qualifiée par les autorités françaises d’agression au titre de l’article 51 de la Charte des Nations unies ».

Acquérir une souveraineté numérique 

« Le cyber est devenu un enjeu essentiel de souveraineté », a souligné le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. « Il faut que demain, pour la France, la cyberdéfense soit considéré comme un atout essentiel de notre protection commune »,  t-il ajouté, précisant que le domaine se porte « très bien » dans notre pays.

Cette souveraineté numérique passe également par des alliances et une coopération internationale a fait savoir le ministre. Il a d’ailleurs rappelé, à cet égard, que la France a été à l’initiative d’un engagement politique formel avec l’Otan dans le domaine cyber (« cyber pledge »). Tous les Etats membres de l’Alliance atlantique sont invités à atteindre un niveau minimal de robustesse dans le domaine cyber. D’ailleurs, invité du FIC de Lille (événement organisé en partenariat avec la Gendarmerie), le secrétaire général adjoint délégué pour les défis de sécurité émergents à l’Otan, Jamie Shea, a déclaré que l’Organisation envisageait, elle-même, la création d’une division cyber au sein de sa structure de commandement militaire.

« 2 milliards d’euros sont affectés à la cyberdéfense », a précisé le ministre qui a par ailleurs annoncé le renouvellement de la solution de chiffrement pour protéger les réseaux informatiques les plus sensibles de l’Etat. Le chiffreur Crypsis, développé par Thalès et la Direction générale de l’armement (DGA), équipera l’Anssi et les ministères « d’ici la fin de l’année 2017 », a t-il annoncé.

L’enjeu crucial du recrutement 

«Nous avons, en interne, la responsabilité de pérenniser les vocations et de permettre à tous des itinéraires et des carrières attractives autrement cela risque de s’épuiser », a estimé Jean-Yves Le Drian, interrogé sur les recrutements en matière de cyberdéfense.

Le Pôle d’excellence cyber, basé à Rennes et inauguré en 2016, a « vocation à sensibiliser et à former des générations de spécialistes dans le cyber », a ainsi rappelé le ministre.

Par ailleurs, lancée mi-janvier 2017, la campagne de recrutement intitulée « Combattants numérique pourquoi pas vous ? » doit justement répondre au défi du recrutement de spécialistes en cyberdéfense et en cybersécurité.

A Cyberdéfense, cyber-réservistes. Officiellement lancée en mai 2016, la réserve de cyberdéfense (RCD) a vocation à appuyer l’Etat en cas de crise numérique majeure en mobilisant des étudiants ou des professionnels recrutés au préalable. Lors du FIC, Jean-Yves Le Drian a évoqué le chiffre de 400 réservistes de cyberdéfense recrutés pour le moment. L’objectif est d’atteindre les 4.000 « cybercitoyens numériques ».

 Nathalie DELEAU

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