L'Essor

Filmer les gendarmes, une pratique ressentie comme “une sorte de provocation”

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Faut-il restreindre la possibilité de filmer les gendarmes? Alors que l’Assemblée nationale examine cet après-midi en séance publique la proposition de loi des députés Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot sur la sécurité globale, un gendarme nous a confié ses interrogations sur la question de la diffusion des images des policiers et des gendarmes.

L’article 24 de la proposition de loi prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende pour la diffusion “de l’image du visage ou tout autre élément d’identification” des policiers ou des gendarmes agissant dans le cadre d’une opération de police. Sous réserve que celle-ci ait pour but de porter “atteinte à l’intégrité physique ou psychique”.

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“Une avancée” pour ce gendarme

La disposition est très contestée. Elle est soutenue essentiellement par les syndicats de police. Les organisations de gendarmes sont elles plus discrètes sur ce sujet. Au contraire, de nombreuses associations, dont des structures rassemblant des journalistes, s’inquiètent d’un verrouillage de l’information sur l’action des forces de police.

Le gendarme francilien que vous avons interrogé juge lui que la disposition, si elle était votée, constituerait une “avancée”. “Tout le monde a le droit de filmer les policiers et les gendarmes, relève-t-il. Mais est-ce que la limite, ce n’est pas la diffusion des images?” Et de remarquer: “même si on est irréprochable quand on est filmé, après cela peut-être transformé.”

Pour ce gendarme, la question s’est d’abord posée lors des premiers épisodes des Gilets jaunes. Mais pas seulement. Filmer l’action policière est devenu monnaie courante, y compris en dehors des opérations de maintien de l’ordre. “Nous étions intervenus pour des contrôles d’alcoolémie à la sortie d’une discothèque. Alors que nous étions en train de faire souffler un conducteur, les occupants de la voiture ont commencé à nous filmer. Comme s’ils recherchaient une réaction de notre part.” Le gendarme remarque également que les personnes qui filment des contrôles routiers peuvent mettre en danger leur propre sécurité.

“C’est un facteur de stress, ajoute-t-il. Filmer notre action, c’est sans doute une manière de tenter de provoquer un énervement. On connaît le dicton: bien faire et laisser dire. Mais à quoi cela sert-il de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux des policiers en train de déjeuner dans un fast-food? C’est de la calomnie.”