lundi 30 novembre 2020
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Filmer les gendarmes, une pratique ressentie comme “une sorte de provocation”

Faut-il restreindre la possibilité de filmer les gendarmes? Alors que l’Assemblée nationale examine cet après-midi en séance publique la proposition de loi des députés Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot sur la sécurité globale, un gendarme nous a confié ses interrogations sur la question de la diffusion des images des policiers et des gendarmes.

L’article 24 de la proposition de loi prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende pour la diffusion “de l’image du visage ou tout autre élément d’identification” des policiers ou des gendarmes agissant dans le cadre d’une opération de police. Sous réserve que celle-ci ait pour but de porter “atteinte à l’intégrité physique ou psychique”.

Lire aussi: Loi Fauvergue-Thourot: l’interdiction de diffusion des visages, une infraction complexe à mettre en œuvre

“Une avancée” pour ce gendarme

La disposition est très contestée. Elle est soutenue essentiellement par les syndicats de police. Les organisations de gendarmes sont elles plus discrètes sur ce sujet. Au contraire, de nombreuses associations, dont des structures rassemblant des journalistes, s’inquiètent d’un verrouillage de l’information sur l’action des forces de police.

Le gendarme francilien que vous avons interrogé juge lui que la disposition, si elle était votée, constituerait une “avancée”. “Tout le monde a le droit de filmer les policiers et les gendarmes, relève-t-il. Mais est-ce que la limite, ce n’est pas la diffusion des images?” Et de remarquer: “même si on est irréprochable quand on est filmé, après cela peut-être transformé.”

Pour ce gendarme, la question s’est d’abord posée lors des premiers épisodes des Gilets jaunes. Mais pas seulement. Filmer l’action policière est devenu monnaie courante, y compris en dehors des opérations de maintien de l’ordre. “Nous étions intervenus pour des contrôles d’alcoolémie à la sortie d’une discothèque. Alors que nous étions en train de faire souffler un conducteur, les occupants de la voiture ont commencé à nous filmer. Comme s’ils recherchaient une réaction de notre part.” Le gendarme remarque également que les personnes qui filment des contrôles routiers peuvent mettre en danger leur propre sécurité.

“C’est un facteur de stress, ajoute-t-il. Filmer notre action, c’est sans doute une manière de tenter de provoquer un énervement. On connaît le dicton: bien faire et laisser dire. Mais à quoi cela sert-il de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux des policiers en train de déjeuner dans un fast-food? C’est de la calomnie.”

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8 Commentaires

  1. hirondelle

    La proposition de loi soulève une contestation qui n’a rien de spontanée, avec à la manœuvre des défenseurs de la liberté vue selon un prime.
    La prise de vues de policiers ou gendarmes dans l’exercice de leur fonction est devenue une sorte de ‘’jeu’’ du type ‘’je te tiens par la barbichette’’ forme de provocation à la faute qui excède certains plus que d’autres.
    Sans doute faudrait il que les personnels soient formés à cette nouvelle forme de réaction du citoyen afin de disposer de l’argumentaire utile et des modes de réaction adaptés.
    Le problème réside moins dans la prise de vue que dans l’utilisation qui en est faite et notamment en fonction du contenu publié, comme du champ des images.
    Dans la procédure d’enquête qui s’en suivrait, il serait souhaitable de disposer d’une expertise du document pour déterminer s’il est complet ou non et remettre en cause sa valeur. Sauf que c’est une opération qui risque d’être onéreuse, donc peu suivie par le parquet.
    La contestation de la proposition de loi porte en outre sur l’utilisation des caméras de poitrine des F.O et des drones, dans la mesure du relai en direct à une salle de commandement à même de disposer de moyens d’identification faciale des personnes (Nice).
    Une caution aux potentiels troubles fêtes des rassemblements de personnes, lesquels souvent ne respectent pas la loi en étant masqués, qui viennent pour d’autres motivations que la grande masse des participants.
    Au nom de la liberté il faudrait donc tout faire pour sanctionner la dérive ponctuelle d’un représentant de l’ordre et s’abstenir de disposer des moyens pour dissuader le ‘’casseur’’ !

  2. yolande fournier

    Les gouvernants auraient du régler le problème depuis longtemps. Personne n’a le droit de filmer qui que ce soit, , et à plus forte raison, des représentants de l’ordre.

  3. val

    dans une société où certains filment plutôt que n’aident, où la reflexion est de plus en plus absente, difficile de faire autrement que de sanctionner…et soutien à nos gendarmes et policiers qui sont en plein milieu de tout ça.

  4. Chris Nlt

    Je ne vois pas où est le problème de filmer un membre des forces de l’ordre ? Aurait-il quelque chose à se reprocher ? C’est ce que l’on fait de l’image qui est déterminant. Un mauvais commentaire sur une image est répréhensible.
    Je me demande comment les journalistes vont faire pour flouter les images des gardes républicains défilant sur l’avenue des champs Élysées ou se trouvant à proximité du chef de l’État ?
    J’ai été membre des forces de l’ordre pendant plus de 30 ans et je n’ai jamais eu de problème avec la diffusion de mon image tant qu’elle l’a été à bon escient.
    Quand on accompli un métier de service public il faut en accepter les contreparties. Il est bien évident que certaines missions ne doivent pas faire l’objet de diffusion d’images telles que la lutte contre le terrorisme.

  5. LAURENT

    Bonjour. La question est bien sur assez délicate. En principe lorsque l’on se comporte et que l’on vis honnêtement, nous n’avons pas à nous plaindre des représentants de la loi bien au contraire.

    Mais ces représentants de la loi sont des hommes comme les autres et il y a quelquefois des dérives pour une tête qui ne plait pas ou que certains obéissent à des ordres contraire à leur code de déontologie donnés par des élus que certains citoyens honnêtes dérangent, ce qui à 73 ans est mon cas et il faut bien avoir les moyens de prouver sa bonne foi. Cordialement.

  6. AGARD Jean-Louis

    Nous en sommes arrivés à une époque où ce sont les forces de l’ordre qui doivent se justifier lorsqu’ils font une action mais il ne faut pas se leurrer, lorsqu’un individu les filme, ce n’est sûrement pas pour laisser de côté la vidéo mais plutôt la mettre sur les réseaux sociaux avec un commentaire pernicieux.
    Même s’il peut y avoir quelques “bavures”, ce n’est surement pas la règle générale et il ne faut pas voir le gendarme seulement comme celui qui est derrière le radar.
    En France on ne peut pas avoir une manifestation sans qu’il y ait de débordements et ce serait une absurdité de laisser faire, surtout quand il s’agit comme bien souvent de gens extérieurs à cette manifestation.
    Je ne fais pas partie des forces de l’ordre mais je soutiens totalement les gendarmes, policiers, CRS, l’armée, en résumé tout ce qui peut contribuer au maintien de l’ordre et je me demande comment ils ne sont pas plus découragés de faire ce qu’ils font quand on voit souvent qu’ils ne sont pas soutenus, même si chaque ministre de l’intérieur s’agite à chaque fois qu’il se passe un incident.
    De tous les ministres qui se sont succédés, aucun n’a une expérience militaire ni policière, c’est peut-être ce qui fait défaut

  7. Minimir43

    Un citoyen à droit à son image, de même qu’un gendarme ou un policier qui agit dans la vie courante. Aussi s’il est filmé déjeunant dans un fastfood, il me semble qu’il peut adresser la parole au filmeur et lui rappeler que comme tout citoyen il à un droit à l’image. Lui indiquer brièvement que la loi s’applique à toutes personnes et que la diffusion est soumise à autorisation. Éventuellement sans ostentation et sans commentaire ou intervention, faire simplement une photo avec son smartphone de celui qui filme devrait avoir un effet dissuasif sur l’auteur des images tant sur le champ qu’ultérieurement…

  8. Isabelle GIMENEZ

    … je reste toujours sidérée devant autant de violences gratuites au quotidien et devant les réponses pénales qui ne sont pas toujours à la hauteur de celles-ci.. qu’attend-t-on pour les durcir et les appliquer… je reste reconnaissante à l’égard des forces de l’ordre qui font un métier dur et qui doivent faire face à des provocations et des violences quotidiennes… elles sont là pour protéger les citoyens, alors qu’attend-t-on pour flouter les visages afin de préserver leur sécurité et celles de leurs familles.. on marche sur la “tête” en France…

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