samedi 23 mars 2019
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Détail de l'affiche du film L'Intervention, sur le GIGN à Djibouti (DR)
Détail de l'affiche du film L'Intervention, sur le GIGN à Djibouti (DR)

Film sur le GIGN à Loyada: un bon film d’action mais peu conforme à la réalité

C’est l’histoire d’une bande de potes aux cheveux longs, habillés en civil, qui passent leur temps à se chambrer. Ce sont aussi cinq gendarmes du GIGN naissant. Ils vont réaliser l’exploit de libérer une trentaine d’enfants, détenus en otages dans un bus à Loyada, à la frontière entre Djibouti et la Somalie, il y a 43 ans. L’histoire de ces gendarmes – un peu hippies et plutôt rétifs à la discipline – est fausse mais l’opération de Loyada est bien vraie.

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Cet exploit, en février 1976, sera marqué par la mise en œuvre, pour la première fois dans l’histoire des unités d’intervention, du tir coordonné. Une technique, mise au point par Christian Prouteau créateur du GIGN deux ans plus tôt, qui consiste à appliquer un tir simultané au fusil de précision par plusieurs tireurs qui font feu en même temps pour neutraliser plusieurs malfaiteurs ou terroristes.

31 enfants otages dans le bus

L'affiche du film L'Intervention, sur le GIGN à Djibouti (DR)
L’affiche du film L’Intervention, sur le GIGN à Djibouti (DR)

Le 3 février 1976, un bus de ramassage scolaire avec 31 enfants – de 5 à 12 ans – de militaires français et un chauffeur appelé du contingent, est détourné par des militants indépendantistes du Front de libération de la Côte des Somalis dans le centre de Djibouti, alors dernière colonie française. Le véhicule est emmené à 15 km de Dibouti, à la frontière avec la Somalie, puis immobilisé dans le no man’s land entre les deux pays. Un enfant est relâché. Une assistante sociale rejoint volontairement les enfants dans le bus.

Le lendemain dans l’après-midi, les cinq preneurs d’otages installés dans le bus sont tués en même temps par les gendarmes du GIGN qui tuent ensuite deux autres terroristes. La Légion donne l’assaut  vers le bus, en direction des positions somaliennes, soutenue par des automitrailleuses légères. Les otages seront libérés mais deux fillettes seront tuées, cinq enfants, le conducteur du bus et l’assistance sociale seront blessés.

De grandes libertés avec la réalité

La technique du tir coordonné est longuement détaillée dans le film “L’intervention” de Fred Grivois, actuellement sur les écrans. Pour le reste, le film prend de très grandes libertés avec la vraie histoire de cette opération qui allait faire connaître le GIGN. Un parti pris assumé par le réalisateur qui avoue avoir ainsi voulu dramatiser encore davantage son film.

Ainsi, les puristes de la chose militaire ont remarqué que les uniformes de la Légion étrangère – qui a eu un rôle essentiel dans la résolution de la crise, rôle passé sous silence dans le film – dans ne sont pas du tout conformes. Par ailleurs, après le tir simultané, les cinq gendarmes du GIGN – neuf dans le film – affrontent à eux seuls et victorieusement la centaine de soldats somaliens massés à la frontière.

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Les hommes du GIGN engagent en outre l’opération sans ordre tandis qu’un agent de la CIA participe au tir coordonné. Enfin, depuis le bus, une institutrice – américaine – fait le coup de feu contre les soldats somaliens. Des scènes du film qui ne correspondent absolument pas à la réalité des faits. Christian Prouteau, le GIGN et le direction de la Gendarmerie n’ont d’ailleurs pas souhaité être associés ou apporter leur soutien à ce film.

Des victimes qui se sentent oubliées

Des anciens otages, réunis dans l’association “Les oubliés de Loyada” ne tiennent pas trop rigueur aux auteurs du film de ces libertés prises avec la réalité. Par la voix de son président Paul Vitani, dont le petit frère et la petite sœur ont été pris en otage à Loyada, ils regrettent surtout de ne pas pouvoir être reconnus comme victimes. Après les faits, dit Paul Vitani, les familles n’ont pas eu de suivi psychologique. Le ministère de la Défense ne les a jamais contacté. Un des anciens otages s’est suicidé.

Paul Vitani rappelle que la loi de 2012 qui prévoit de porter la mention  “victime du terrorisme” sur l’acte de décès – comme c’est la cas actuellement pour près de 120 personnes – ne s’applique pas aux victimes du terrorisme avant 1982. Il relève également que la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, décernée depuis juin 2018 à 165 personnes, ne peut être remise pour des attentats commis avant 2006.

Les membres de l’association ont rencontré, courant septembre 2018, le président de la République Emmanuel Macron. Selon Paul Vitani, le président leur a donné un accord de principe pour la pose d’une plaque aux Invalides à Paris et d’une autre à l’ambassade de France À Djibouti.

P-M.G

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