jeudi 12 décembre 2019
Accueil / A la une / Favier, un grand chef s’en va
Le général Favier salue Jean-Pierre Virolet en arrivant au congrès de l'UNPRG d'Obernai. Il y avait plaidé pour un rapprochement des associations de la Gendarmerie. (Photo: MG/L'Essor)
Le général Favier salue Jean-Pierre Virolet en arrivant au congrès de l'UNPRG d'Obernai. Il y avait plaidé pour un rapprochement des associations de la Gendarmerie. (Photo: MG/L'Essor)

Favier, un grand chef s’en va

 

Il a tenu à annoncer lui-même son départ devant les 250 cadres opérationnels de la Gendarmerie qu’il commandait depuis plus de trois ans.

Le général Denis Favier, 57 ans, quittera le 1er septembre le commandement des 96.000 gendarmes en laissant une forte empreinte. Après une brillante carrière de 33 ans dans l’Arme, marquée par sa proximité avec ses subordonnés et un grand sens politique.

« Je voulais vous dire toute la fierté qui a été la mienne de commander à des femmes et des hommes dont la vocation première est l’engagement au service des autres et le dévouement à la mission », a déclaré Denis Favier, visiblement ému, sous les applaudissements nourris.

« Dans mon commandement, j’ai souhaité donner encore plus de souffle à cet élan en ouvrant grand les portes aux capacités d’innovation, d’initiative, à l’extraordinaire richesse humaine que recèle notre gendarmerie pour la faire entrer de plain-pied dans le XXIème siècle », a-t-il écrit sur son blog publié peu après.

« Nous avons beaucoup avancé ensemble sur ce chemin, fait face à de nouveaux défis parfois redoutables. Notre maison est aujourd’hui solide, respectée, bien ancrée dans notre dispositif de sécurité et de défense, en ordre de bataille dans la lutte contre les menaces qui pèsent sur la sécurité de notre pays et de nos concitoyens », a-t-il assuré.

« C’est aussi avec une très grande confiance dans l’avenir de notre maison, conclut-il, que je me prépare à transmettre cette flamme dont j’ai eu l’honneur d’être le dépositaire» au major général, Richard Lizurey, 57 ans, « pressenti par le ministre de l’Intérieur pour me remplacer ». Bernard Cazeneuve avait en effet fait le déplacement à la DGGN en fin de matinée et annoncé aux cadres de l’Institution qu’il proposait le général de corps d’armée Lizurey pour succéder au général Favier, ainsi que le général de division Christian Rodriguez, 52 ans,  actuellement conseiller Gendarmerie dans son cabinet, pour succéder au major général.

Proche de ses hommes

Durant sa carrière, Denis Favier apprécie par dessus tout le contact direct avec ses hommes :  au milieu de ses hommes du GIGN en décembre 1994 à Marignane ; « tarponné » (parachuté) en Mer Rouge lors de la libération des otages du Ponant en avril 2008 ; menant au plus près l’opération de traque des frères Kouachi près de Dammartin en janvier 2015 ; hélitreuillé deux mois plus tard sur les lieux du crash de l’Airbus de la Germanwings :

Il sait aussi s’imposer et se faire respecter dans les plus hautes sphères de l’Etat pour défendre, en fin stratège, « toute la place mais rien que la place » de la Gendarmerie au ministère de l’Intérieur. Il n’hésite pas non plus à aller sur les plateaux de radio et de télévision pour défendre le sous-officier, auteur du jet de grenade qui a tué Rémi Fraisse à Sivens en octobre 2014.

Né le 18 mai 1959 à Lons-le-Saunier (Jura), grand et mince, passionné de montagne, la voix douce qui sait se faire persuasive, Denis Favier est un brillant saint-cyrien sorti dans la “botte” à la 4e place de sa promotion. Après Saint-Cyr, il choisit la mobile pendant quatre ans, revient  à Saint-Cyr pour deux ans comme instructeur, et retrouve le terrain comme commandant de la compagnie de Saint-Gaudens.

En juin 1992, le capitaine Favier prend le commandement du GIGN, unité prestigieuse créée en 1974 par Christian Prouteau. Son arrivée à Satory passe mal parmi les sous-officiers de l’unité qui dénoncent dans une lettre interne le fait que leur nouveau chef ne soit pas passé, comme ses prédécesseurs, par le poste d’adjoint de l’unité d’élite.

Pendant plusieurs mois, ses subordonnés lui battent froid. Denis Favier est formé “à la dure” par des sous-officiers qui ne lui feront aucun cadeau mais deviendront ensuite ses meilleurs soutiens.

Deux ans plus tard, le commandant Favier mène l’assaut du GIGN, le 26 décembre 1994 sur l’aéroport de Marignane, pour délivrer les 173 passagers et membres d’équipage de l’Airbus d’Air France otages d’un commando islamiste. Juché sur l’une des trois passerelles, au milieu de ses hommes, il pénètre par la porte avant droite de l’appareil pour mener à bien ce qui reste la plus importante libération d’otages jamais réalisée à bord d’un avion.

Il quitte en 1997 le GIGN pour le Collège interarmées de défense (Ecole de guerre) avant un poste de chargé de mission au service des ressources humaines de la DGGN. Commandant du groupement de Haute-Savoie (2000-2003), il retourne à la DGGN pour diriger le bureau du personnel officier (2003-2007) où se décident les carrières. Il participe alors activement à la réflexion sur la réorganisation des unités d’élite – Groupe d’intervention (GIGN), Escadron parachutiste (EPIGN) et détachement de Gendarmerie au Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) – fondues en 2007 en une seule force qui garde le nom de GIGN. Là encore, le rôle de Denis Favier sera déterminant pour faire accepter cette réforme aux membres des trois unités rassemblées en une seule force. Une unité de 400 hommes et femmes, unique en Europe, capable de neutraliser un forcené en douceur, de négocier une prise d’otages de ressortissants français à l’étranger, de stopper un go-fast de cannabis sur une route ou de faire face aux frères Kouachi en janvier 2015.

En août 2007, il prend le commandement du nouveau GIGN avec les deux étoiles de général de brigade. Il devient général de division (trois étoiles) en décembre 2010. Promu général de corps d’armée (quatre étoiles) en avril 2011, il dirige la région de Gendarmerie d’Ile-de-France pendant un an avant de rejoindre le cabinet de M. Valls, puis de prendre la tête de la Gendarmerie en avril 2013.

A voir également

Affaire Adama Traoré

Affaire Adama Traoré: sa soeur va être mise en examen pour diffamation

La sœur d’Adama Traoré, mort dans des circonstances controversées en juillet 2016, va être mise en examen pour diffamation publique.

7 Commentaires

  1. LIONEL QUEVAL

    Un homme bien pour les missions “du bien”….quel exemple…Pourquoi ne pas poursuivre …

  2. Bricler

    BONNE RETRAITE MON Général et surtout profitez en bien !!!! Très sincèrement

  3. Merci infiniment mon général, en son temps je me suis permis un courrier à Hollande afin que ce dernier évite de s’en prendre à vous suite aux évènements de Sivens et je ne regrette rien. Je vous souhaite une agréable retraite, je ne dirai pas paisible car je vous sais sportif et aventurier donc je ne doute pas un instant de la manière dont vous emploierez ce temps. Je sais aussi que vous serez là derrière nous à suivre notre Arme que nous aimons tous.
    A vous et tous vos proches soyez heureux.
    Très respectueusement mon général
    Joani SIMON (Adj MM en retraite)

  4. UNE GRANDE CARRIERE, UN GRAND BONHOMME CERTES……. MAIS IL LUI A MANQUE LE SERVICE
    EN BRIGAGE / EN TANT QU ANCIEN J AI TOUJOURS CONSIDERE QUE CELUI QUI N A PAS ETE IMPREGNE
    DE L AMBIANCE DES CONTRAINTES D UNE BRIGADE ( sur le plan professionnel et familial) FER DE LANCE
    DE LA GENDARMERIE NE LA CONNAIT PAS A FOND

  5. GAIDIER

    Merci, mon général. Avec le Major Général LIZURAY que j’ai côtoyé, je vous compte parmi les meilleurs de nos Chefs. Je ne vous dirais pas bonne retraite car vous êtes en disponibilité, un peu comme moi Major de réserve, mais je vous adresse tous mes respects. Vous avez été un vrai “Chef”.

  6. MERLIN, Paul

    Merci mon Général, pour tout ce que vous avez apporté à la “Gendarmerie” et à ceux qui la composent…
    Chaque chef marque son empreinte avec plus ou moins de signification, mais la vôtre restera sans nul doute, la plus précieuse pour tous ceux qui vous ont estimé… Heureuse retraite à vous avec ceux qui vous sont chers…
    Très respectueusement…
    MERLIN, Paul

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *