jeudi 29 octobre 2020
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Bertrand Cavallier (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Bertrand Cavallier (Crédit photo: GT/ L'Essor).

Evolution des grenades en dotation en Gendarmerie : le général (2S) Cavallier livre ses réflexions

Sollicité par L’Essor, le général (2S) Bertrand Cavallier, spécialiste du maintien de l’ordre, ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne), s’interroge dans cette tribune sur l’évolution des grenades en dotation.

Les grenades de maintien de l'ordre employées dans la Gendarmerie et la Police (Crédit photo: GT/L'Essor).
Les grenades de maintien de l’ordre employées dans la Gendarmerie et la Police (Crédit photo: GT/L’Essor).

La Gendarmerie nationale est entrée dans une nouvelle phase de renouvellement des ses dotations en grenades. La liste des grenades utilisables pour le maintien de l’ordre est définie par le code de sécurité intérieure (art R.211-16 à D.211-20). On compte ainsi 4 types en dotation au sein de la Gendarmerie: des grenades lacrymogènes (MP7 et CM6) ; des grenades à effet lacrymogène, sonore et de souffle (GLI F4) ; des grenades à effets instantanés assourdissants et lacrymogènes (GM2L) et des grenades de désencerclement (DMP).

Lire aussi sur L’Essor : Une nouvelle génération de grenades pour remplacer la contestée GLI F4

La grenade offensive a été retirée de la Gendarmerie, à la suite des évènements de Sivens de 2014. Il est à noter que cette mesure, prise dans un contexte politique particulier, est problématique quant à la capacité de la gendarmerie à couvrir, conformément à sa vocation, l’ensemble des missions qui lui sont dévolues, y compris de défense. En d’autres termes, d’agir sur l’ensemble de l’arc de la crise. Ce retrait, sur fond de désarmement général – à l’exception notable des Psig Sabre – est révélateur de la contraction progressive de la gendarmerie, selon un phénomène qui l’éloigne toujours plus de son modèle initial de force armée.

Discours de maturité

La grenade GLI F4 est en cours de remplacement par la grenade GM2L. Cette munition de 56 mm est présentée comme étant à double effets instantanés assourdissant (157 décibels) et lacrymogène. Ce remplacement est accompagné d’un argumentaire visant à mettre en avant le moindre danger de la GM2L par rapport à la GLIF4. Deux points sont mis en exergue, d’une part l’absence d’éclat vulnérant, du fait de l’emploi de plastique polyéthylène élastomère dans sa composition, d’autre part l’abandon de l’explosif brisant en lui substituant un dispositif pyrotechnique déflagrant/détonant (la dispersion du CS est assurée par une charge pyrotechnique déflagrante).

Notre Dame des Landes
Barricades constituées de bouteilles de gaz à Notre Dame des Landes Gendarmes mobiles à Notre-Dame-des-Landes (Photo d’illustration Gendarmerie Nationale)

Si l’on doit saluer la volonté de limiter les dommages pouvant être causés par une munition, il est cependant important de bien poser le cadre, et de tenir un discours de maturité. Ces équipements qu’ils soient répertoriés sous le vocable de moyens de force intermédiaire ou d’armes à feu (Art R 211-16, D 211-17 du CSI), comme je l’avais rappelé sur France Info, le 23 mai dernier, présentent de toute évidence des risques. Mais il faut impérativement resituer leur emploi dans le contexte d’affrontements avec des éléments très hostiles, disposant de toute une gamme de moyens pouvant blesser très sérieusement, voire provoquer la mort de membres des forces de l’ordre. Sans évoquer bien évidemment l’impératif premier de mettre fin à des troubles.

Ces équipements, dont l’emploi est strictement encadré d’un point de vue juridique (proportionnalité, simultanéité…), restent indispensables. Leur usage mérite donc d’être maintenu et les risques induits doivent être assumés par les autorités politiques, compris par la justice et connus des acteurs médiatiques.

S’agissant de la GML2, retenons quelques données simples à comprendre. Dès lors qu’une munition produit une forte intensité sonore, celle-ci est associée à un phénomène de souffle, c’est à dire de compression de l’air. Il en ressort des risques de lésions auditives pour ceux qui sont à proximité immédiate de la munition lors de sa détonation/déflagration. Par ailleurs, toute composition pyrotechnique peut causer des lésions cutanées, musculaires, osseuses… Il en de même pour cette nouvelle grenade. Dans un autre registre, l’absence de produit explosif stricto sensu permet de lever des restrictions pour le conditionnement, le stockage, ainsi que pour le transport maritime, aérien et transfrontalier, ce qui présente un avantage certain. Concernant la grenade à main de désencerclement (GMD), également répertoriée sous le nom de DMP (dispositif manuel de protection), elle permet la projection de 18 galets en caoutchouc lors de son explosion et un effet sonore de plus de 155 décibels. On parle d’effet combiné : dispositif de désorientation (effet assourdissant) et arme à impact cinétique. Elle contient une charge explosive constituée de TNT.

Confrontations de plus en plus violentes

Au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier en Dordogne. Photo d'illustration M.G/L'Essor).
Au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier en Dordogne. Photo d’illustration M.G/L’Essor).

Son emploi, qui peut être indispensable en cas d’isolement de personnels par des groupes très violents, est très régulé dans la Gendarmerie. Elle présente des risques bien identifiés. Cependant, testée en condition réelle au Centre national d’entrainement des forces de Gendarmerie, avant sa mise en dotation, elle a révélé que, sous réserve d’être utilisée au ras du sol (principe d’utilisation), les dommages se limitaient à des ecchymoses. Par ailleurs, le fait que son bouchon allumeur soit d’un retard de 1,5 seconde limite quasi totalement la possibilité de la ramasser après lancement. Pour autant, le risque d’entailles liées à la projection de pièces métalliques (éléments du bouchon allumeur) ou en plastique dur (composition du cylindre central indispensable pour permettre la montée en pression) est certes minimisé mais ne peut être totalement écarté.

Un nouvel appel d’offres aurait été lancé par les services du ministère de l’Intérieur pour renouveler les stocks de cette munition, sans en modifier les caractéristiques premières. Dans un contexte opérationnel caractérisé par des confrontations de plus en plus violentes, tant dans le cadre du rétablissement de l’ordre que de la sécurité du quotidien, il est capital de permettre aux gendarmes et policiers de pouvoir accomplir leurs missions de protection des personnes et des biens, et de garantie de la paix publique. Il est tout aussi essentiel de leur donner les capacités de pouvoir mieux assurer leur propre protection. Les questionnements sur les matériels, sur fond de surenchère constante de certains acteurs, notamment supra nationaux, doivent continuer de relever d’une réflexion concrète et équilibrée.

Bertrand Cavallier.

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