mardi 20 avril 2021
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Enquête IFOP pour L’Essor : le moral des gendarmes en baisse

Une nouvelle étude menée par l’Ifop pour L’Essor de la Gendarmerie révèle que les gendarmes, toujours aussi fiers de l’être, sont moins satisfaits de leur situation professionnelle. Une majorité d’entre eux disent avoir peur dans le cadre de leurs missions. Cette étude note que les gendarmes estiment que le comportement du colonel Arnaud Beltrame est conforme aux valeurs de la Gendarmerie. Voici l’analyse de l’Ifop.

Pour la troisième fois en moins de deux ans, l’Ifop a mené, pour L’Essor, une enquête nationale auprès d’un échantillon représentatif des gendarmes. Cette nouvelle vague fait apparaître un malaise grandissant auprès d’une partie des gendarmes, lié à un sentiment de défiance croissant vis-à-vis des responsables politiques, à un manque de moyens chronique, et à des conditions de travail jugées de plus en plus difficiles. Néanmoins, une amélioration est ressentie dans la qualité des relations entre gendarmes et Français, de novembre 2016 à avril 2018.

Un niveau de satisfaction général toujours majoritaire, mais en forte baisse

Si les gendarmes restent majoritairement satisfaits de leur situation professionnelle (62 %), on note pourtant une dégradation importante de cet indicateur (-10 points).

Une légère amélioration des relations avec les Français et un sentiment de fierté unanime

Une majorité (58 %) de gendarmes considèrent que les relations avec la population se sont dégradées au cours des dernières années.

Mais il faut noter que cet indicateur connaît une baisse de 3 points et que, parallèlement, 12 % des personnes interrogées estiment au contraire que les relations sont meilleures (+ 3 points). Le sentiment d’amélioration des relations est particulièrement élevé chez les réservistes (22 %), les volontaires (17 %), les officiers (29 %) et les gendarmes sous contrat (27 %).
Dans le même temps, le sentiment de fierté d’être gendarme reste parfaitement stable et quasi unanime (93 %), 64 % des personnes interrogées déclarant même être “très fières” d’être gendarmes.

Le sentiment d’une déconnexion profonde entre pouvoirs publics et gendarmes

L’enquête permet par ailleurs de hiérarchiser ce que les gendarmes considèrent comme les principales causes des problèmes d’insécurité en France, et de suivre les évolutions de ce classement sur une année par rapport à la vague d’avril 2017. On constate d’abord un sentiment de distanciation croissante entre représentants politiques, institutions judiciaires et forces de l’ordre.

Ainsi, les deux premières causes d’insécurité en France, selon les gendarmes, sont “le refus de la classe politique de regarder la réalité en face” (79 % + 2 points) et “des réponses judiciaires peu ou pas adaptées” (77 %).

Avant tout autre facteur, les gendarmes estiment donc que les problèmes d’insécurité découlent, en France, d’une incapacité des pouvoirs publics à poser le bon diagnostic et à apporter les bonnes solutions. Ce résultat traduit assurément un sentiment de défiance important de la part des gendarmes vis-à- vis des responsables politiques français, qu’ils estiment coupés des réalités du terrain.
Dans un second temps, les gendarmes déplorent un manque d’autorité et de respect du droit dans certains quartiers (76 %, – 6 points) ou parmi les jeunes générations (72 %, + 3 points).

On comprend ici que les forces de l’ordre sont attachées, d’une part, au maintien de l’ordre républicain dans l’ensemble du territoire national comme garantie d’une plus grande sécurité, et, d’autre part, à la transmission de valeurs qu’ils jugent cruciales.

Les personnes interrogées sont ensuite de plus en plus nombreuses à regretter un manque de moyens pour la Police et la Gendarmerie (69 % + 9 points) et la justice (67 %), ce qui peut faire écho aux revendications exprimées lors des manifestations de policiers en septembre 2017.

Les facteurs culturels préférés aux facteurs économiques pour expliquer l’insécurité
Ce n’est qu’en fin de classement qu’apparaissent les facteurs culturels ou économiques de l’insécurité.

On observe à ce titre une très forte croissance des facteurs culturels au détriment des facteurs économiques :

ainsi, 52 % des gendarmes pensent que l’insécurité est liée à l’échec de l’intégration des personnes issues de l’immigration – soit une progression de 10 points en 1 an –, alors que seulement 23 % des personnes interrogées retiennent “le chômage de masse des jeunes” comme facteur explicatif – contre 41 % en avril 2017, soit une chute de 18 points. De même, la poursuite des flux migratoires alimente l’insécurité pour 60 % des gendarmes (+4 points).

De fait, les explications « sociales » de l’insécurité semblent de moins en moins crédibles aux yeux des forces de l’ordre, au profit d’une lecture plus culturelle et plus communautaire des enjeux sécuritaires.

Une très forte identification aux valeurs incarnées par Arnaud Beltrame

L’enquête a enfin permis d’interroger les gendarmes au sujet des attaques de Trèbes et de l’acte du lieutenant-colonel Beltrame, qui a trouvé la mort après avoir pris la place d’une femme retenue en otage par le terroriste.

Pour la quasi-totalité des gendarmes, le comportement du lieutenant-colonel est conforme à l’esprit de leur institution : 90 % pensent qu’Arnaud Beltrame incarne les valeurs de la Gendarmerie, partagées par tous les gendarmes, et 76 % estiment que le sacrifice de sa propre vie est inhérent au métier de gendarme.

Lire aussi sur L’Essor :  L’Essor relance son enquête sur le moral des gendarmes

De fait, les explications « sociales” de l’insécurité semblent de moins en moins crédibles aux yeux des forces de l’ordre, au profit d’une lecture plus culturelle et plus communautaire des enjeux sécuritaires.

 

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