mardi 24 novembre 2020
Accueil / A la Une / En pleine crise du coronavirus, la question du confinement déchire les gendarmes
Le Conseil d'Etat (MG/ESSOR)
Le Conseil d'Etat (MG/ESSOR)

En pleine crise du coronavirus, la question du confinement déchire les gendarmes

Nouvel épisode sur la question du confinement des gendarmes dans leur logement en caserne. Une association de gendarmes a attaqué en justice sans succès, la consigne du directeur général demandant aux militaires de demeurer confinés dans le logement qui leur a été concédé par nécessité absolue de service.

Comme partout en France, les gendarmes de la compagnie de Palaiseau mettent en place des contrôles du respect du confinement lié à la pandémie de coronavirus Covid-19. (Photo L.Picard / L'Essor)
Comme partout en France, les gendarmes de la compagnie de Palaiseau mettent en place des contrôles du respect du confinement lié à la pandémie de Covid-19. (Photo L.Picard/L’Essor)

La structure, Eunomie, qui compte plusieurs gendarmes dans ses rangs, avait en effet saisi, ce mardi 31 mars, le Conseil d’Etat par le biais d’un référé liberté. Elle a été déboutée dans la soirée par la juridiction administrative. Celle-ci a estimé qu’il n’y avait aucune urgence particulière, la consigne du directeur général ouvrant droit à des dérogations à l’obligation de confinement en cas de motifs impérieux. Sur le fond, le Conseil d’Etat juge que les directives contestées “ne portent pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit des gendarmes au respect de leur vie privée et familiale”.

Demande de suspension des ordres du patron des gendarmes

Dans sa requête, l’association Eunomie ne demandait pas moins que la suspension des ordres du directeur général, Christian Rodriguez. Ce dernier avait appelé les gendarmes à rester confinés, quand ils sont en permission, repos ou quartier libre, dans leurs logements concédés par nécessité absolue de service. Une consigne justifiée, expliquait-il, par le fait que le domicile des gendarmes est la caserne.

Tous les militaires ne vivent pas pourtant dans les logements concédés. En temps normal, la hiérarchie tolère ces entorses à la règle. Pour eux, la nouvelle consigne de confinement est donc synonyme de jours mornes dans un logement souvent pas équipé, loin de leurs familles, et parfois même sans eau chaude ou électricité. Soit, pour l’association Eunomie, dont plusieurs gendarmes sont membres, une  “atteinte grave et manifestement illégale au droit des militaires au respect de leur vie privée et familiale”. Un argument que l’on retrouve dans la requête présentée au Conseil d’Etat.

Lire aussi: Confinement: l’avertissement de Christian Rodriguez aux gendarmes

La juridiction administrative n’a pas retenu cette lecture des textes. A ce sujet, l’article L4145-2 du code de la défense rappelle que les gendarmes “sont soumis à des sujétions et des obligations particulières en matière d’emploi et de logement en caserne”. Deux décrets relatifs aux officiers et sous-officiers précisent également ces devoirs. Ils mentionnent notamment l’obligation d’occuper les logements qui leur sont concédés par nécessité absolue de service.

Tensions internes

Déjà connue des gendarmes pour son attaque juridique sur le temps de travail, la nouvelle action de l’association va faire grincer des dents dans la Gendarmerie. Ses détracteurs ne manqueront pas de remarquer que la requête a été lancée alors que l’Arme doit faire face à la crise du Covid-19, et qu’elle étale sur la place publique un différent révélateur de tensions internes.

Lire aussi: “Que fait dans l’Arme ce gendarme qui s’attaque au temps de travail?”

Le général d'armée Christian Rodriguez (Capture d'écran Linkedin).
Le général d’armée Christian Rodriguez (Capture d’écran Linkedin).

Face à cette polémique, le directeur général Christian Rodriguez a dû défendre en personne ses ordres sur l’intranet de l’Arme! Il avait été interpellé notamment par l’un des gendarmes de l’association Eunomie. Nous avons eu copie du fil du forum privé consacré cette discussion. Le patron des gendarmes y rappelle les raisons de ce confinement. Ce dernier vise avant tout la protection de la population et l’endiguement du virus. L’officier général déplore également de la mauvaise foi dans le questionnement sur cette consigne. Il rappelle aussi que la question du logement est un sujet sensible pouvant en effet créer des frictions entre militaires. Dernier point et non des moindres, le directeur général souligne le devoir d’exemplarité des gendarmes envers les citoyens.

Réactions

Ce débat vif et quelque peu déroutant entre commandement et subordonnés a suscité des réactions contrastées. Des gendarmes regrettent ainsi la perte de temps alors que la crise sanitaire frappe de plein fouet l’Hexagone. D’autres rappellent simplement qu’en tant que militaires, ils obéissent avant tout aux ordres.

Mais certains personnels s’interrogent ouvertement sur la consigne de confinement. Exemple avec ce gendarme laissant sa femme seule, en télétravail, avec leurs deux enfants. Sa famille vit dans un logement en dehors de la caserne. Pour le moment, écrit le militaire, il vit bien dans son logement concédé. Mais, prévient-il, si sa compagne l’appelle à l’aide, il ne sacrifiera pas sa famille à l’Arme.

Après quinze premiers jours de confinement, le gouvernement a annoncé un prolongement de deux semaines. Les spécialistes qui conseillent les autorités ont déjà prévenu. Ils estiment qu’il faudra six semaines de confinement en tout pour juguler la pandémie de coronavirus.

GT.

Crowdfunding campaign banner

9 Commentaires

  1. Fred

    Les gendarmes peuvent répondre à cette enquête sur l’état du logement proposé aux militaires: https://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/social-grande-enquete-nationale-condition-militaire-logement-213450

    Ces gendarmes qui font leur boulot sans aucun équipement est un scandale d’État:
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2020/03/24/le-ministere-de-l-interieur-20984.html

  2. Jms

    Il faut une situation inédite comme celle qui se déroule actuellement pour que ressurgissent le problème du N À S. Retraité depuis 15 ans et commandant d’unité, j’ai connu certaines tensions liées à ce problème. Attention pour la Gendarmerie… Si Bercy se penche encore cette nécessité, il n’est pas sûr que les personnels en ressortent gagnants. Nous n’aurons plus de crédibilité face aux camarades policiers dont certains veulent notre disparition. Quant à la situation de certains militaires, il y a toujours une solution. Que chaque échelon face preuve de solidarité et de clairvoyance.

    • Eric

      Tous ces gens qui ont signé un engagement dans l institution doivent se regarder dans la glace et se questionner sur le sens du mot devoir avant de mettre en avant leurs droits… Ils est toujours surprenant de constater que beaucoup ont signé leur contrat d engagement sans le lire…….S ils veulent vivre hors caserne et hors d’un milieu qu’ils rejettent, qu ils partent en police… Le prestige n est pas vraiment le même… Ou qu’ils quittent l’arme. Ils pourront ainsi s’épanouir au sein d’un lieu de vie qu’ils auront choisi……Quant a certaines associations, elles font bien plus de mal que bien aux personnels qu’elles prétendent représenter.

    • Naoned 46

      Bien sur
      Si comme je l’ai dit déjà des logements concédés sont indignes il y en a beaucoup qui répondent aux normes
      Malgré cela certains ne les occupent au prétexte de raisons diverses comme le manque de liberté ou d’intimité,le fait que le conjoint ne s’y habitue pas etc
      Cela étant tous ces gens sont en infraction par rapport à leur statut quelquefois avec la complicité de leur hiérarchie qui ,c’est connu ,ne commande plus ( excusez moi pour ce gros mot ) mais manage
      Aussi à Bercy d’en tirer les conséquences au moins pour la Départementale et tant pis pour les dégâts en ce qui concernera la recherche de logements dans les unités périurbaines
      Bon courage à moins que vous ne basculiez dans la maison d’à côté mais ne vous méprenez pas l’herbe n’est pas toujours plus verte
      Adieu à la polyvalence des tâches que vous connaissez et bonjour à la spécialisation comme la sécurité publique ,la présentation des interpellés à lOpj ,la circulation etc
      Et les Patrons de service sont souvent plus exigeants que les cadres que vous avez

  3. JANOT

    Bonjour, cadre déchirement entre gendarmes EUNOMIE/DG vous évoquez la consigne du DG, mais qu’y a t- il d’écrit dans ce message, est-il suffisamment explicite et ne laisse-t-il pas la porte ouverte à interprétation? S’il est précis, inattaquable, alors un ordre n’est pas contestable nous sommes militaires, c’est exécution, sinon cela remet en cause le principe même de la militarité, du commandement (quel que soit le niveau et le type d’ordre), en un mot cela peut aller très loin.

  4. JeanMich

    Bonjour,
    je pense qu’il ne faut pas tout mélanger et qu’il ne faut pas rester aveugle devant une situation particulière qu’est celle que nous vivons à l’heure actuelle. Le Gendarme de terrain court un risque non négligeable et s’adonne à sa mission sans rechigner, tous les jours, suivant les très (trop) nombreuses directives données quotidiennement ; le Gendarme fait son travail et il le fait bien à mon sens ; il n’est pas non plus une machine et sous son uniforme, il reste un être humain, vit sa vie en tant qu’Homme, en tant que mari, père ; il serrait bien que dans de moments pareils, cela soit pris entièrement en considération. Tout le monde serait gagnant et la cohésion serait renforcée, j’en suis sûr. Je nous souhaite à tous bon courage pour les jours à venir. Continuons à rester prudents !

  5. claude 34

    Pauvre France , ta gendarmerie fout le camp.
    Lire un article comme celui-ci fait réfléchir le clampin moyen qui se fait contrôler au bord de la route …
    Le gendarme est un homme (comme j’ai pu le lire plus haut) mais il est surtout un MILITAIRE , et il me semble que cet état est de plus en plus mis de côté ,et c’est dommage vis à vis de ceux , et il y en a qui ont encore la foi en leur métier.
    En fait , un peu de courage . Si le port de l’uniforme est trop difficile à vivre , alors , il faut le quitter .

  6. Mathieu

    La militarité de la gendarmerie ne repose que sur le fait que celle-ci reste corvéable.
    Le gendarme prend tellement de décisions pour celle-ci et contre sa famille, que lorsqu’on lui impose de vivre dans un logement insalubre, il se doit de ne pas l’imposer à sa famille.
    Doit-il ramener sa famille dans son CLNAS au risque de véhiculer le virus?
    Pourquoi respecter un ordre tellement peu réfléchi alors que la gendarmerie ne respecte même pas ses militaires, en les logeant avec dignité ?
    À l’heure où le jour de carence est gelé, d’autres solutions s’offre à lui pour conjuguer au mieux vie de famille et santé psychologique.
    La gendarmerie ? Simple taff.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.