lundi 28 septembre 2020
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Photo d'illustration (GIGN).
Photo d'illustration (GIGN).

Des sous-officiers du GIGN, force et faiblesse de l’unité

Gendarme du GIGN devant le véhicule Sherpa de l’unité d’élite. Photo d’illustration (M.GL’Essor).

Unité reconnue par ses pairs dans le monde entier, le groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) reste 44 ans après sa création le plus belle vitrine de la Gendarmerie. Une vitrine pourtant régulièrement mise en cause par des propos venus de l’intérieur de l’unité. Le 23 février, ce sont des sous-officiers du GIGN – sans doute des anciens –  qui ont mis en cause anonymement, dans les colonnes du Monde, le général Hubert Bonneau, ancien patron de l’unité (2014-2017), actuellement directeur de la sécurité diplomatique au Quai d’Orsay.

Ces sous-officiers se réfèrent à l’intervention du GIGN à Dammartin-en-Goelle, face aux frères Kouachi, le 9 janvier 2015, auteurs de la tuerie à Charlie Hebdo 48 heures plus tôt. Selon Le Monde, ces sous-officiers décrivent un “commandant dépassé, le gilet pare-balles ouvert, le casque de travers et qu’il a fallu asseoir avec un verre d’eau”. Le Monde cite ces sous-officiers qui racontent une “intervention brouillonne lors de laquelle de nombreux officiers ont failli”. L’un d’eux assure ainsi que “Dammartin, c’était un cirque. On aurait du conduire cette opération à 40 personnes maximum mais là, on était plusieurs centaines” – le GIGN comptait alors au total quelque 380 hommes et femmes – tout le GIGN était là, surtout ceux qui n’avaient rien à y faire”.

Méconnaissance de la complexité

Dans un communiqué publié quelques heures après la sortie du Monde, la direction de la Gendarmerie affirme que ce récit “au-delà des attaques personnelles indignes qu’il comporte, méconnait la complexité d’une telle opération après deux jours de traque et d’autres évènements terroristes concomitants”. 

Les sous-officiers du GIGN historique d’avant la réorganisation de 2007 et ceux de la force d’intervention du nouveau GIGN jouent un rôle central dans la vie de l’unité. Non seulement pour leurs qualités physiques et morales qui leur ont valu de décrocher leur brevet et de participer avec succès à des opérations délicates. Leur allant et leur courage leur ont permis de réussir la libération des 173 personnes détenues par un commando islamiste à bord d’un Airbus d’Air France, le 26 décembre 1994 à Marignane. Un exploit pour ce qui reste la plus importante libération d’otages dans un avion jamais réalisée dans le monde.

En avril 2010, le major général Jacques Mignaux et Denis Favier, patron du GIGN (Crédit/M. GUYOT/ESSOR).
En avril 2010, le major général Jacques Mignaux et Denis Favier, patron du GIGN, lors de l’inauguration de la nouvelle caserne de l’unité (Crédit/M. GUYOT/ESSOR).

Ces sous-officiers de “l’inter” se sont forgés, au fil des années, la réputation de militaires solides, pêchus, très bien entraînés et décorés pour leurs nombreux faits d’armes. Mais également connus comme des cabochards face à des officiers qui n’ont pas toujours leurs états de service. Denis Favier, figure tutélaire des gendarmes et directeur de la gendarmerie (avril 2013-août 2016) en sait quelque chose. En juin 1992, il est nommé à la tête du GIGN. Il commandait auparavant la compagnie de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Mais, pour les sous-officiers de l’unité, il souffre du péché originel car il n’est pas déjà passé par le GIGN. Du coup, les sous-officiers dénoncent son arrivée dans une lettre interne et lui battent froid pendant des semaines, sinon des mois. Deux ans et demi plus tard, Denis Favier, au milieu des sous-officiers lors de l’assaut contre l’Airbus à Marignane, gagne leur respect.

De retour à Satory en 2007, Denis Favier mène la réforme de l’unité, marquée par la fusion du GIGN, du GSPR et de l’escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale (EPIGN). Une seule entité qui garde le nom de GIGN. Là encore, il faudra toute la persuasion et l’autorité du général Favier pour mener à bien cette réforme. Certains sous-officiers du GIGN historique voient d’un mauvais oeil le fait que les 380 hommes et femmes de la nouvelle unité portent tous le macaron GIGN à l’épaule.

Le Bataclan

Enfin, ce seront encore quelques sous-officiers de la force intervention – qui ont depuis quitté l’unité – qui dénoncent dans des courriers anonymes le fait que deux sections du GIGN soient restées l’arme au pied dans un caserne à 1.500 mètres du Bataclan, le 13 novembre 2015 à Paris, sans être engagées. Cette fois-ci, c’est au commandant d’alors du GIGN, le général Hubert Bonneau d’être la cible de sous-officiers. Car il souffre lui aussi du péché originel puisqu’il vient de l’EPIGN, spécialisé dans la protection, et non de l’intervention.

Le Monde révèle enfin l’arrestation de trois gendarmes de l’unité, le 8 novembre 2017, à la frontière entre l’Espagne et le Portugal, avec le coffre de leur véhicule “chargé de grenades”, puis le recueil de “sept tonnes de munitions et d’explosifs” provenant des “alvéoles” (rangements) de sous-officiers de la force intervention . La direction de la Gendarmerie assure que ces faits, “déjà datés, n’ont pas été cachés et ont fait l’objet d’une procédure judiciaire”. D’une manière générale, la direction de la Gendarmerie a déploré une “rédaction révélant une connaissance partielle de cette unité opérationnelle et une vision partielle des faits”. L’institution “réfute une présentation erronée des évènements eux-mêmes, la caricature de leur interprétation et les attaques personnelles”. Elle s’interroge “en outre sur le crédit qui paraît être donné aux avis d’ex-personnels de cette unité, aujourd’hui en délicatesse avec la Gendarmerie”.

Pierre-Marie Giraud

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