vendredi 29 mai 2020
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Des gendarmes mobiles, le samedi 20 avril 2019 (Crédit photo:GT/L'Essor).
Des gendarmes mobiles, le samedi 20 avril 2019 (Crédit photo:GT/L'Essor).

Déontologie, maintien de l’ordre: ce qui peut être amélioré chez les gendarmes

Qu’est-ce qui peut-être amélioré en matière de déontologie ? Voilà la question posée par Emmanuel Macron à la Place Beauvau à la mi-janvier à propos du maintien de l’ordre. Le chef de l’État vient de demander  aux gendarmes et policiers des ″propositions pour améliorer la déontologie” des forces de l’ordre accusées de violences dans la gestion des manifestations.

Officieusement, les gendarmes estiment n’être pourtant concernés qu’à la marge par la commande présidentielle. Croc en jambe, coups au visage d’un manifestant suspecté de violences ou tir de lanceur de balle de défense à quasi bout portant. Ces images qui ont suscité l’émoi mettent toutes en cause, à tort ou à raison, des policiers. ″La Gendarmerie n’est pas vraiment concernée par cette demande″, dit à L’Essor un officier général d’active. ″La Gendarmerie se trouve une nouvelle fois mise sur la sellette pour des causes relevant du comportement de policiers″, remarque de son côté un haut gradé à la retraite.

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Travaux en cours

La demande présidentielle n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Des évolutions concernant la doctrine du maintien de l’ordre et les méthodes ont été engagées en décembre 2018. Elles se sont poursuivies dans le cadre de travaux lancés en juin 2019 par le ministre de l’Intérieur. Parallèlement en mars 2019 puis en avril 2019 de nouvelles dispositions ont été prises, remarque un fin connaisseur du sujet. Il s’agit de simplifier les règles de déclaration de manifestation. Le but? Une amélioration des mesures préventives et répressives afin de mieux prévenir les violences commises par certains contestataires. Il s’agit de mieux prévenir ce que les spécialistes appellent aussi l’imbrication, celle des casseurs dans les manifestations.

Les travaux en cours devraient déboucher prochainement sur un nouveau schéma national du maintien de l’ordre. Un général d’armée (2S), Jean-Régis Véchambre, est associé comme expert à ces travaux. Selon cet ancien officier de Gendarmerie, “il paraît difficile de faire mieux en termes de principes éthiques et déontologiques”. “La question est plutôt de savoir comment faire en sorte que ceux-ci soient appliqués, ajoute-t-il. Leur application stricte constitue une absolue nécessité. Et leur non-application a toujours imposé des sanctions rapides.” Interview de ce spécialiste.

Lire aussi: “Tout a changé” : le témoignage d’un gendarme mobile après un an de Gilets jaunes

L’Essor: Où en est-on dans le maintien de l’ordre en France?

Le général Jean-Régis Véchambre
Le général Jean-Régis Véchambre

Jean-Régis Véchambre: les forces de l’ordre considèrent les manifestants, y compris violents, comme des concitoyens. Mais c’est une éthique contraire qui est mise en œuvre par les black-blocs et d’autres groupes, dont certains issus des banlieues ou de l’ultra-gauche. Ces derniers désignent policiers et gendarmes comme des ennemis à agresser. Leurs modes d’action sont illégaux et la violence, les destructions et le vol des méthodes revendiquées. Leur enjeu permanent est la délégitimation de l’action des forces de l’ordre.

Cela passe par le biais notamment de la dénonciation de violences policières. Ils sont passés maître dans l’art de provoquer des emballements médiatiques qui en font des victimes. Ces groupes sont ceux qui mettent véritablement en danger la liberté d’expression dans notre pays. Ensuite, il faut constater un paradoxe pour le moins questionnant, celui qui vise à réduire sans cesse la force légitime et à considérer avec indulgence des mouvements ou manifestations qui ne s’inscrivent pas dans la légalité. Dans ce contexte, les forces de l’ordre n’ont pas d’autres choix que l’exemplarité absolue. Elles doivent éviter de tomber dans les pièges des contestataires. Le contexte impose aux membres des forces engagées une force morale considérable et une longanimité à toute épreuve.

Quel constat faites-vous?

Gardes républicains mobiles à cheval dans les années 1930 à Paris (Photo : cliché LCPC éditions Xavier Richer)
Gardes républicains mobiles à cheval dans les années 1930 à Paris (Photo : cliché LCPC éditions Xavier Richer)

Au début du XXème siècle avec la création de la garde républicaine mobile puis après 1968, la réponse a été la professionnalisation. Mais la gendarmerie mobile a vu paradoxalement son format diminuer de 23 escadrons entre 1982 et aujourd’hui. Elle a ainsi perdu une capacité d’engagement à terre de 3.200 hommes. Or, les effectifs professionnels sont la condition principale d’un rapport de force dissuasif évitant le recours à la force.

Le rapport est passé de 3 à 7 gendarmes pour un manifestant violent ou simplement résistant passif. Ce rapport est de 2 à 4 en Allemagne, pays cité en exemple par des sociologues dans sa gestion du maintien de l’ordre. Cette déprofessionnalisation pose question car il est plus difficile d’entraîner régulièrement et dans la durée des unités à la polyvalence plus accentuée.

L’Allemagne est-elle un modèle à suivre?

chien de gendarmerie
Photo d’illustration (S.D/L’Essor).

Oui, leur modèle est inspirant. Je peux vous citer quelques aspects intéressants à retenir. Effectifs importants et dotation en radio individuelle garantissant l’auto contrôle, par exemple. Mais aussi la généralisation des fourgons pompes qui contrairement à l’emploi des gaz autorisent une vraie discrimination entre les manifestants.

Il y a également les tenues à visibilité moins offensive. Ou encore l’emploi des chiens que la Gendarmerie a adoptée. Enfin, on peut noter l’accompagnement des manifestants et l’encadrement des cortèges. Il y a un dialogue continu avec les organisateurs et les manifestants. Et ce y compris pour la dislocation prévue ou anticipée.

Ces mesures empêchent-elles les casseurs de parasiter les manifestations ?

Partiellement. L’enjeu est d’abord d’empêcher les casseurs de parvenir dans les manifestations. Et s’ils y sont, de les cantonner et les isoler dans le cortège. On a vu récemment quelques manœuvres réussies à Paris sur ce mode. Le second, chacun s’y accorde aujourd’hui, consiste à entrer dans une manoeuvre globale. Il s’agit d’identifier les fauteurs de trouble. Et de rassembler des preuves permettant de les confondre puis de les interpeller.

drone NX110
Drone NX110 de la société Novadem

Les compétences et capacités doivent être développées en ce domaine. Y compris dans une approche plus professionnalisée! L‘emploi des drones, des caméras de vidéosurveillance ou mieux encore de caméras professionnelles n’en est qu’à ses débuts. Leur emploi, comme on commence également à le voir, vise à montrer les images de la violence déployée par les fauteurs de troubles. Ce sont des images que les médias eux-mêmes sont empêchés de produire. Il s’agit bien en réalité de délégitimer l’action illégitime et de relégitimer la mission protectrice du droit d’expression qui incombe aux forces de sécurité.

4 Commentaires

  1. Michel

    Bonjour,
    Je lis “rapport de force dissuasif évitant le recours à la force ” , ça c’était avant puisque les escadrons sont maintenant engagés à 3 pelotons au lieu de 4 . Le problème de dissolution des unités n’en est pas un, c’est maintenant que l’on envoie les hommes en sous-effectif au charbon pour soit disant donner les repos. ( J’aurai plutot tendance à y voir l’intérêt économique )

  2. DREVON

    Soyons sérieux. Aujourd’hui en dehors de celles organisées et bien encadrées par les syndicats , les manifestations que l’on pourrait qualifier d’improvisées sont l’occasion , pour une frange non négligeable de notre société de plus en plus violente , de se défouler soit contre les représentants de l’état que sont les forces de l’ordre soit contre les biens leur but ultime étant d’instaurer l’anarchie.Face à ces débordements la seule réponse que les responsables apportent c’est le “désarmement” des institutions qui maintiennent notre démocratie sous prétexte d’une illusoire paix sociale. C’est d’ailleurs le même problème que l’on rencontre face à la montée de l’islamisme radical qui voudrait nous imposer la charia. . On a supprimé des unités spécialisées, puis interdit les grenades OF suivi des F 4 et l’on met en cause l’utilisation des LBD dés lors que quelques individus ont été blessés alors qu’ils auraient du quitter les lieux après les sommations réglementaires. C’est certes regrettable pour eux . Alors que faire ? En priorité renverser cette mentalité pusillanime et montrer une détermination en mettant les fauteurs de troubles devant leurs responsabilités. “Vous prenez le risque de vous confronter aux forces de l’ordre ou de détruire des biens alors acceptez -en les conséquences y compris physiques” . ” Vous trouvez malin de ramasser une grenade alors que vous savez très bien que le moindre pétard de fête peut vous arracher une main s’il explose”. D’ailleurs on voit déjà de beaux esprits critiquer la grenade qui va remplacer la F 4. N’oublions pas que seule une République forte peut nous éviter l’instauration d’un régime qui porterait atteinte à nos libertés. Et arrêtons de comparer nos méthodes et nos doctrines – qui semblent reconnues dans d’autres pays- avec ce qui se passe ailleurs . Les mentalités sont souvent très différentes et les suites données contre des fauteurs de troubles bien plus rigoureuses.
    Général (2s) J.L DREVON
    Ancien commandant de la 3éme LGM et de la LGMIF.

  3. GRADLON

    Sur le fait que la gendarmerie soit mise en cause dans les violences essentiellement causées par des policiers nous n’entendons pas du tout la haute hiérarchie taper du poing sur la table
    Il est vrai que étoiles au firmament et avancement obligent
    Silence assourdissant du côté de la porte parole de la gendarmerie également
    De la part d’un officier supérieur en retraite

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