mardi 18 juin 2019
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Un gendarme du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L'Essor).
Un gendarme du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L'Essor).

Comment les gendarmes font face à une cybercriminalité toujours plus massive

Le colonel Nicolas Duvinage, le chef du C3N (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Le colonel Nicolas Duvinage, le chef du C3N (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Entre les forces de l’ordre spécialisées sur le numérique et leurs cousins des stupéfiants, il faudra peut-être imaginer un nouveau traducteur automatique du style de “Google Translate”. Les premiers s’alarment des ventes croissantes de drogues illégales via des plateformes logées sur le “Darknet” ? Les seconds n’y voient qu’une myriade de “petits crapauds”, des petits dealers de proximité ayant opéré leur transformation numérique, peu susceptibles d’intéresser des services spécialisés concentrés sur les réseaux structurés.

Mais pour le colonel Nicolas Duvinage, le chef du Centre de lutte contres les criminalités numériques (C3N) de la Gendarmerie, ces plateformes de ventes en ligne anonymes abritent bien de gros poissons. 

“Des trafiquants internationaux, qui manipulent des quantités astronomiques de stupéfiants, y font de la vente au détail en animant une dizaine, une vingtaine de comptes de vendeurs”, observe-t-il.

Les ventes opérées, de quelques dizaines d’euros pour quelques grammes de stupéfiants, sont généralement bien en dessous du radar des forces de police. Pourtant, quand les services enquêteurs font l’addition des ventes, les résultats sont vertigineux. Depuis 2016, le C3N, le fer de lance de l’institution dans ce domaine avec ses 38 militaires, travaille sur une belle affaire. Le groupe criminel visé par cette enquête est soupçonné d’avoir réalisé en un an environ 5.000 transactions pour un chiffre d’affaires de trois millions d’euros.

Une criminalité massive

La casquette du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L'Essor).
La casquette du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L’Essor).

Cette affaire ne ressemble pas au tout-venant de la cybercriminalité : en 2017, 70% des plaintes recueillies par la Gendarmerie dans ce domaine (5.300 en tout par mois pour un préjudice cumulé en 2017 de 230 millions d’euros) relèvent de l’escroquerie. Mais elle illustre la difficulté de la tâche qui attend les services enquêteurs à cause du caractère massif des phénomènes de cybercriminalité.

“Nous avons énormément de victimes avec un préjudice compris entre 0 et 100 euros”, souligne Nicolas Duvinage. Quelques clics de souris suffisent à des escrocs pour lancer une arnaque visant des habitants de Paris, Brest, ou Béziers, qui déposeront peut-être autant de plaintes éparpillées sur le territoire.

Isolément, ces affaires risquent d’être reléguées au second plan. Ensemble, elles représentent des dossiers de poids que les enquêteurs ne peuvent ignorer. La Gendarmerie a mis au point une arme pour améliorer sa vue. Son outil de collecte et d’analyse du renseignement doit lui permettre d’identifier des phénomènes et des modes opératoires criminels. Un exemple de fraude émergente ? Celle du faux support technique, identifiée avec la plateforme Acyma d’assistance aux victimes.

Lire aussi sur L’Essor : Cinq affaires de cybercriminalité marquantes en 2017 pour les gendarmes et les policiers

Les gendarmes ont une autre piste pour lutter contre les phénomènes de délinquance massifs. Ils travaillent ainsi au développement d’un outil d’aspiration de sites internet, (le scrapping) couplé avec de l’intelligence artificielle. L’idée est de s’appuyer sur l’IA pour reconnaître automatiquement des images d’armes à feu ou par exemple de photos pornographiques permettant ensuite l’identification de contenus pédopornographiques réprimés par la loi.

L’appui des équipes de terrain

Un gendarme du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L'Essor).
Un gendarme du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L’Essor).

Pour faire face à ce “défi de la masse”, la Gendarmerie veut faire encore plus travailler ensemble les services centraux et les équipes de terrain. Les premiers, très spécialisés, doivent être à la pointe de la technologie. Quant aux seconds, ils doivent être encore plus formés pour “leur donner de meilleurs réflexes”, “améliorer la qualité de l’accueil dans les brigades sur ce type de contentieux” et aider au “traitement des enquêtes”, énumère Nicolas Duvinage. Le réseau d’enquêteurs spécialisés ou sensibilisés de la Gendarmerie forme un ensemble de 3.500 gendarmes.

Un objectif qui passe notamment par la diffusion d’outils gratuits ou peu onéreux chez les gendarmes. Du côté du haut du spectre, c’est surtout sur le plan de la loi que le C3N attend du nouveau. Les cybergendarmes espèrent que le projet de loi de réforme de la procédure pénale soit l’occasion d’étendre le champ d’application de l’enquête sous pseudonyme sur internet. Un outil “essentiel, très efficace”, utilisé aujourd’hui pour des affaires de trafic d’armes, de pédopornographie ou de stupéfiants.

Nous ne pouvons pas l’utiliser en matière de faux documents,  de faux diplômes… Nous aimerions que cela soit assoupli, explique Nicolas Duvinage. Nous ne pouvons utiliser ces techniques, dans le cas d’un piratage ou de vente d’un outil de piratage que si ce dernier est commis en bande organisée et visant l’Etat : or, les cas d’espèces sont beaucoup plus nombreux.” Un trou dans la raquette qui devrait donc être prochainement bouché.

Gabriel Thierry

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