samedi 23 mars 2019
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Le boxeur de la passerelle s'en prenant à un gendarme (Capture d'écran vidéo Le Parisien).
Le boxeur de la passerelle s'en prenant à un gendarme (Capture d'écran vidéo Le Parisien).

La défense maladroite de Christophe Dettinger, condamné à 30 mois de prison (compte-rendu d’audience)

Le palais de justice de Paris (Crédit photo: GT/L’Essor).

Mis à jour avec la condamnation du boxeur à 22h30

Son procès était attendu par les gendarmes. Plus d’un mois après les coups portés sur la passerelle Senghor, la 23e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris s’est penchée à coups de ralentis et d’arrêts sur image sur l’affaire Christophe Dettinger ce mercredi 13 février. Ce père de famille de 37 ans est jugé pour des violences sur deux gendarmes mobiles de l’escadron 24/5 de Grenoble.

Lire aussi sur L’Essor : Devant le tribunal, les regrets de l’ancien boxeur Christophe Dettinger

L’affaire, vidéos à l’appui, avait fait le tour du web en quelques heures, ce samedi 5 janvier lors de l’acte VIII des Gilets jaunes. Caméras de vidéosurveillance, vidéastes amateurs et journalistes : toute la France découvrent “la violence extrême” de Christophe Dettinger, selon les mots de Me Morel, l’avocat de l’association professionnelle Gendarmes et citoyens. “La République n’est pas un ring”, s’indigne le juriste.

Les spécialistes du noble art l’ont aussitôt reconnu sur les images. Habitués à le voir dans les salles de boxe, ils voient évoluer l’ancien champion du monde sur un nouveau terrain de jeu, la passerelle Senghor. Le “Gitan de Massy” frappe d’abord un gendarme au sol, puis il s’attaque dans un enchaînement de directs et de crochets à un second militaire.

Pour ces violences en réunion ayant entraîné une incapacité temporaire de travail supérieure à huit jours sur personne dépositaire de l’autorité publique, Christophe Dettinger encourt une peine de sept ans d’emprisonnement. Le parquet demandera pour ces violences trois ans d’emprisonnement dont un an avec sursis et mise à l’épreuve et le maintien en détention du gilet jaune. Il sera finalement condamné à 30 mois de prison aménageable en semi-liberté, dont 18 mois de
sursis avec mise à l’épreuve.

Les vidéos examinées image par image

Ce mercredi après-midi, les vidéos des violences défilent sur un écran géant, placé au-dessus de la présidente. Avocats, assesseurs et le public décortiquent les deux scènes, image par image, vidéo après vidéo. Un exercice capital pour la défense : contrairement à ses premières déclarations sur Facebook, l’ancien boxeur explique aujourd’hui à l’audience avoir voulu protéger des Gilets jaunes de coups de matraque.  “Il a voulu réparer une injustice, et en a commis une autre“, résume son avocat, Me Henri Leclerc. “Ce n’est pas de la violence gratuite“, abonde Me Laurence Léger.

Le tribunal tente en vain de faire coïncider ces déclarations avec les images. Sur cette passerelle, l’ancien boxeur assure avoir défendu une dame aux cheveux roses. A la barre, cette jeune femme de 37 ans originaire de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), en première ligne sur la passerelle, confirme avoir été frappée par un mobile. La défense produit d’ailleurs une photo où l’on verrait un coup de pied d’un gendarme contre la manifestante.

Chacun se fera son opinion. Quand on voit la photo, cela m’étonnerait que ça soit son pied”, commente, dubitative, la présidente de la chambre correctionnelle, Sabine Raczy. Quant à la vidéo produite à l’audience, elle montre seulement la manifestante tomber à terre. Impossible d’affirmer qu’un gendarme l’aurait frappée et poussée. Le contraire, une bousculade initiée par des gilets jaunes tentant de traverser la Seine en direction de l’Elysée, semble tout autant vraisemblable.

Même sans le son, la salle d’audience respire le brouhaha enfumé de la passerelle Senghor. Les trois avocats de Christophe Dettinger et ceux des parties civiles se regroupent autour de la présidente pour examiner les images. Celle-ci finit par déclarer forfait. “On a passé les images cinquante fois, on ne voit pas les coups” de la part de gendarmes, conclut-elle.

La suite, elle, est connue et ne souffre d’aucune contestation. Le gendarme mobile Cédric est tiré en arrière et roué de coups au sol. La vidéo montre un second militaire qui chute en arrière, ses pieds touchant la gilet jaune aux cheveux roses. Une ruade, note Me Thibault de Montbrial, peut-être à l’origine des blessures constatées par un médecin sur la jeune femme.

Ce geste, je le regrette, je n’aurais pas dû taper, j’aurais dû juste pousser. Quelle image ai-je donné ?”, se lamente Christophe Dettinger. “C’est bien de vous inquiéter de votre image, mais moi je m’inquiète aussi des forces de l’ordre blessées physiquement”, rétorque aussitôt le substitut du parquet, Benjamin Chambre.

Un seul des deux gendarmes présents

Seul un deux militaires blessés, celui qui sera blessé peu après par une série de directs et de crochets, est présent à Paris ce mercredi. “Mon camarade n’est pas venu à l’audience car il est toujours en rééducation, il a encore du mal à marcher, explique Pierre A., en tenue de cérémonie, à propos du militaire roué de coups au sol. Il a de grosses séquelles, surtout au genou.” A l’heure actuelle, on ne sait pas encore si Cédric, à la carrière en suspens, pourra reprendre le service à l’issue de son premier arrêt de travail, fixé au 18 février.

Les explications besogneuses de Christophe Dettinger ne semblent convaincre ni la présidente ni le parquet. “Même à l’issue de ces coups, vous n’allez pas voir cette dame que vous êtes censé protéger, note le substitut du parquet. Et vous avez le temps de ramasser un téléphone portable par terre”, celui du gendarme victime des coups. La révélation, pour l’accusation, du vrai visage de l’ancien boxeur : pas un justicier mais un pilleur.

L’observation met en difficulté l’employé communal qui tente depuis trois ans – un espoir désormais vain – d’intégrer la réserve de la Gendarmerie. “Nous ne voulions pas être parqués, esquive Christophe Dettinger. Les gendarmes auraient pu se mettre directement au début de la passerelle.” Projectiles divers, bombes agricoles, bouteilles en verre : les images projetées à l’audience donnent pourtant un autre son de cloche des incidents.

Le quai Anatole-France, ouvert, permettait d’ailleurs à la manifestation de continuer son cheminement, remarque la présidente. “J’ai été irresponsable”, admet Christophe Dettinger. “Mais toutes les manifestations sont faites pour que les Gilets jaunes aillent à l’erreur“, poursuit le boxeur qui considère que le dispositif de maintien de l’ordre n’était pas assez fourni.

Les gendarmes qui ont fait face à cette foule ont été remarquables”, observe au contraire le substitut Chambre dans ses réquisitions. “Christophe Dettinger s’étonne même de ne pas avoir reçu plus de coups de matraque: c’est parce qu’un comportement professionnel a été tenu”, ajoute-t-il.

L’analyse des gendarmes

La seconde série de violences met encore plus en difficulté l’ancien boxeur. Les images, issues d’une vidéo du Parisien, montrent des gendarmes qui reculent en se protégeant avec leur gazeuse. Le gendarme mobile agressé expliquera ne pas avoir utilisé sa matraque avant les coups donnés en riposte à Christophe Dettinger, alors que ce dernier avance avoir été choqué par les matraques des gendarmes mobiles.

“Pourquoi frappez vous ce gendarme?” demande la présidente Raczy.

“C’est celui qui était devant moi. Si ses autres collègues avaient eu plus de courage”, tente Christophe Dettinger, en s’envasant dans ses explications.

Puis l’ancien boxeur poursuit. “Quand on est en colère, ça ne s’arrête pas. Cela s’arrête quand je ne me fais plus agresser”. Des explications qui agacent la magistrate. “Comment pouvez vous vous sentir agressé par quelqu’un qui recule ? On a l’impression que le gendarme est sonné“, souligne-t-elle au contraire.

Lire aussi sur L’Essor: Procès de l’ex-boxeur : les deux gendarmes blessés sur la passerelle veulent que la justice fixe “une ligne rouge”

A froid, les gendarmes de l’escadron 24/5 estiment avoir eu beaucoup de chance. Un militaire aurait pu être poussé dans le fleuve, risquant alors la noyade avec le poids de l’équipement. “Cela a renforcé notre cohésion : nous avons vu que face à ces violences, nous pouvons compter sur nos camarades à notre gauche ou à notre droite“, analyse le gendarme mobile blessé présent à l’audience, Pierre A..

Gabriel Thierry

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Un commentaire

  1. Niout

    La sanction prononcée contre ce voyou est à mon avis disproportionnée à la violence déployée. -“Qui peut le moins peut le plus…!”. C’eût été justifié et totalement équitable que la Justice soit bien plus ferme et ses amendes encore plus dissuasives.
    Par contre, il faut féliciter l’Héroïque victime qui a eu le courage pour ses camarades, d’affronter en public leur bourreau. Ainsi il a fait montre d’une dignité exemplaire, d’une volonté énorme en affirmant sa légitimité sa détermination. Ce militaire a surtout fait montre d’un sens aigu de ses valeurs humaines. En grande tenue avec fierté en toute dignité dignité, il a fait face à l’ignoble bestialité d’un vaurien qui n’aura hélas de ce moment solennel, ni honte ni fierté ni remords. Bravo à vous Camarades Gendarmes..!

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