jeudi 24 septembre 2020
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L'un des derniers Compagnons de la Libération Edgard Tupët-Thomé lors d'une cérémonie aux Invalides, le 19 juin 2012. (Photo: Michel Pourny)
L'un des derniers Compagnons de la Libération Edgard Tupët-Thomé lors d'une cérémonie aux Invalides, le 19 juin 2012. (Photo: Michel Pourny)

Décès d’un des quatre derniers Compagnons de la Libération

L’un des quatre derniers Compagnons de la Libération vient de partir. Edgard Tüpet-Thomé, parachutiste de la France Libre, avait fêté son centième anniversaire le 19 avril. Il résidait depuis plusieurs années à l’Institution nationale des Invalides (INI) où il s’est éteint ce mercredi matin.

Désormais, il ne reste plus que trois membres de cet ordre prestigieux créé il y a 80 ans par le général de Gaulle. Un ordre qui a compté 1.038 membres.

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Hubert Germain, officier légionnaire à Bir Hakeim a eu 100 ans le 6 août. De même que Daniel Cordier, le 10 août, ancien secrétaire de Jean Moulin unificateur de la Résistance. Le troisième Compagnon, Pierre Simonet, artilleur de la France Libre, fêtera ses 99 ans au mois d’octobre.

Le 28 janvier, Edgar Tüpet-Thomé avait reçu les insignes de grand’croix de la Légion d’honneur des mains de Hubert Germain.

Evadé après la bataille de Dunkerque

Selon sa notice biographique sur le site de l’Ordre de la Libération, Edgard Tupët nait le 19 avril 1920 à Bourg-la-Reine, près de Paris. Après l’obtention de son baccalauréat, il poursuit ses études à l’Ecole supérieure de Théologie de Reims. N’ayant pas la vocation, il choisit en octobre 1938, de s’engager en devançant l’appel au 8e Régiment de Zouaves à Mourmelon.

Il participe comme sergent aux attaques en Lorraine dès septembre 1939 puis en Belgique en mai 1940. Il prend part à l’évacuation de Dunkerque, son unité protégeant l’embarquement du corps expéditionnaire britannique. Fait prisonnier le 4 juin à Dunkerque, il s’évade le 10 juin au cours de son transfert vers l’Allemagne.

Au lendemain de l’armistice, n’acceptant pas la défaite, Edgard Tupët tente vainement de quitter la France pour rejoindre les Forces françaises libres. Démobilisé en septembre 1940, il trouve un emploi à Clermont-Ferrand et entre par hasard en contact en novembre 1940 avec Roger Warin du réseau Ronald dont il devient l’un des adjoints. Il est chargé de repérer des terrains d’atterrissage clandestins.

L’un des premiers militaires du BCRA

En mars 1941, Roger Warin établit une liaison directe avec l’état-major de la France libre à Londres. Le 1er avril 1941, Edgard Tupët devient l’un des tout premiers engagés militaires secrets dans les Forces françaises libres. Il exécute des missions de liaison.

Envoyé par Roger Warin en Grande-Bretagne, il quitte la France en août 1941, traverse l’Espagne et, via le Portugal et Gibraltar, rejoint l’Angleterre où il fait un rapport sur les activités du groupe. Sous le pseudonyme d’Edgard Thomé, il est affecté à l’état-major particulier du général de Gaulle et suit une instruction parachutiste et l’entraînement du Bureau des Opérations aériennes (BOA). En Angleterre en novembre 1941, il retrouve Roger Warin, alias Wybot, qui est parvenu à s’évader de France et se voit chargé d’une mission en France par le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA, services secrets de la France libre).

Parachuté le 9 décembre 1941 dans la région de Châteauroux, il se blesse à la tête lors de l’atterrissage. Il devient chargé de mission, responsable des opérations aériennes et de la branche Action du réseau “Ali-Tir”.

En raison des blessures reçues six mois plus tôt, il doit quitter la France pour pouvoir se soigner. Le 29 mai 1942, lors d’une opération Lysander, Tupët-Thomé regagne l’Angleterre.

Affectation dans les paras de la France libre

Promu lieutenant, il bénéficie d’une convalescence puis, à son retour à Londres, demande son affectation dans une unité combattante. En novembre 1942, il quitte l’Angleterre pour le détachement d’instructeurs commando de Saint-Pierre-et-Miquelon. Quelques mois plus tard, en février 1943, il rejoint le Bataillon des Antilles où il commande la 2e compagnie qu’il entraîne jusqu’en juillet 1943.

En août 1943, le lieutenant Tupët-Thomé rejoint le 4e Bataillon d’infanterie de l’Air (4e BIA) à Camberley (Grande-Bretagne). Il obtient son brevet parachutiste le mois suivant.

Faits d’armes exceptionnels

En janvier 1944, il commande en second de la 2e compagnie du 3e BIA, devenu en juillet 1944, le 3e Régiment de chasseurs parachutistes (3e RCP). Avec le 3e RCP, il remplit, début août 1944, une première mission parachutée dans la région de Daoulas (Finistère). Avec 12 hommes, il attaque une Kommandantur et ses 60 hommes, tue 12 Allemands, fait 40 prisonniers, repousse une attaque ennemie et libère Daoulas.

Lire aussi: Les combats dans le Finistère et la libération de Brest en 1944

Il attaque ensuite la garnison allemande de Landerneau, lui inflige de lourdes pertes et libère la ville. Il rejoint alors la 6e Division blindée américaine pour laquelle il exécute plusieurs missions de reconnaissance.

Edgard Tupët-Thomé est parachuté une deuxième fois le 27 août 1944 dans le Jura. Il attaque et prend Clerval (Franche-Comté) qu’il défend avec 50 hommes contre 27 chars et voitures blindées ennemis. Une trentaine d’Allemands sont tués, un char détruit. Il rejoint ensuite la 7e Armée américaine et, affecté à un groupe de reconnaissance divisionnaire, se distingue notamment à Arches lors du passage de la Moselle. Le 23 septembre 1944, il ramène sous des feux de mortiers un soldat américain blessé dans ses lignes.

Parachuté une troisième fois en Hollande le 7 avril 1945, il effectue avec sa section forte de 15 hommes de nombreuses attaques sur les voies de communication infligeant à l’ennemi de sérieuses pertes en hommes et matériels.

Démission de l’armée en 1945

En 1945, il démissionne de l’armée et entame une longue carrière dans le privé.

Ce grand soldat était également titulaire de la Croix de Guerre 39/45 avec six citations, ainsi que de l’Ordre de l’Empire britannique et de la Military Cross.

PMG

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