mardi 2 juin 2020
Accueil / A la une / Décès du lieutenant-colonel Jean-Michel Beau, impliqué dans l’affaire des Irlandais de Vincennes
Jean-Michel Beau en septembre 1989, lors de l'émission Apostrophes pour la présentation son livre "L'honneur d'un Gendarme" (photo : Apostrophes)
Jean-Michel Beau en septembre 1989, lors de l'émission Apostrophes pour la présentation son livre "L'honneur d'un Gendarme" (photo : Apostrophes)

Décès du lieutenant-colonel Jean-Michel Beau, impliqué dans l’affaire des Irlandais de Vincennes

Condamné dans l’affaire des Irlandais de Vincennes, puis victime de celle des écoutes de l’Élysée. Le lieutenant-colonel de gendarmerie Jean-Michel Beau est décédé jeudi à Montpellier à l’âge de 76 ans. Sa fille Béatrice a précisé à L’Essor qu’il souffrait d’un cancer du poumon. Ses obsèques se dérouleront dans “l’intimité familiale” lundi à 9h30 au complexe funéraire de Grammont à Montpellier. Son fils Christophe fut également officier de gendarmerie.

En août 1982, alors qu’il doit prendre le commandement de la section de recherches de Paris quatre mois plus tard, Jean-Michel Beau, chef d’escadron, couvre la procédure illégale dans l’arrestation de trois Irlandais à Vincennes. Une opération, menée par la cellule antiterroriste de l’Élysée, qui se révélera un montage. Trois ans plus tard, Jean-Michel Beau sera écouté illégalement par cette même cellule de l’Élysée. Une structure créée par le commandant Christian Prouteau, fondateur du GIGN.

Scandale majeur du premier septennat de Mitterrand

L’affaire des Irlandais de Vincennes, scandale majeur du premier septennat de François Mitterrand, mettra fin à la carrière très prometteuse de Jean-Michel Beau. Il quittera la Gendarmerie avec le grade de lieutenant-colonel en 1988. Et il ne cessera jamais de défendre son honneur. “Broyé par une machination au nom d’une parodique raison d’État”, comme il l’écrira dans son livre “L’honneur d’un gendarme” (1989, Sand).

Jean-Michel Beau naît le 8 septembre 1943 à Troyes. D’un père général de général de division dans l’armée de terre. Et il se destine donc tout naturellement à la carrière militaire. Entré dans l’armée en 1961, il rejoint ensuite la Gendarmerie. En 1971, Il sort vice-major de sa promotion de l’école des officiers de Melun. En même temps, il passe un diplôme de droit. Après plusieurs commandements,  Jean-Michel Beau se voit donc promis à une belle carrière dans  l’Arme.

Promis à une belle carrière

Commandant la compagnie de Chinon (Indre-et-Loire), il est promu chef d’escadron à l’automne 1981. Il devient à 38 ans, l’un des plus jeunes officiers à ce grade. La direction de la Gendarmerie prévoit de le nommer à la tête de la SR de Paris. La plus grosse unité de police judiciaire de l’Arme, compétente sur le ressort de neuf tribunaux d’instance. Pour une prise de fonction le 1er décembre 1982. En attendant, il part comme chef du bureau de la  police judiciaire des unités de la région Ile-de-France à la caserne des Minimes dans le Marais à Paris.

Le 9 août 1982, un attentat antisémite tue six personnes rue des Rosiers. François Mitterrand confie alors à Christian Prouteau la création d’une cellule antiterroriste, installée rue de l’Élysée. Trois semaines plus tard, des gendarmes du GIGN, menés le capitaine Paul Barril, arrêtent à Vincennes trois Irlandais membres d’une branche dissidente de l’IRA. Nous sommes le 28 août 1982. Les arrestations et la saisie d’armes et d’explosifs dans  l’appartement  des trois Irlandais se déroulent vers 18H00. Quelques heures plus tard, un communiqué de l’Élysée annonce que “des arrestations jugées importantes ont été opérées dans le milieu du terrorisme”.

Le lendemain, la Gendarmerie est dessaisie du dossier au profit de la police. Très vite, la justice s’aperçoit que les gendarmes du GIGN, qui ne sont pas OPJ, ont pris quelques libertés avec la procédure. Des libertés prises également par les gendarmes OPJ. Par solidarité, le commandant Beau qui a dirigé le travail des gendarmes OPJ sur place, couvre le capitaine Barril et ses hommes. D’autant plus qu’il restera quelque temps persuadé que cette opération entrait dans la “catégorie des affaires d’État”. Comme il le déclarera en juin 193 dans les locaux de l’Inspection générale de la Gendarmerie. Il dira aussi “assumer seul la pleine et entière responsabilité des ordres de silence qu’il a pu donner” à ses gendarmes OPJ. Les trois Irlandais seront finalement libérés neuf mois après leur arrestation.

“Un chapeau trop grand pour lui”

L’affaire des Irlandais de Vincennes devient vite celle des gendarmes de l’Élysée. Pour le plus grand profit de la Police, inquiète de la place grandissante de la Gendarmerie à l’Élysée. Le 1er décembre 1982, le commandant Beau prend comme prévu la tête de la SR de Paris. Il y restera moins de sept mois. Suspendu de ses fonctions le 10 juin 1983, il sera inculpé  de “subornation de témoins” le 24 août. Une descente aux enfers pour cet officier de Gendarmerie, un “gendarme coiffé d’un chapeau trop grand pour lui”, selon son expression. D’autant qu’il apprendra après l’opération de Vincennes que le capitaine Barril a déposé des armes et des explosifs au domicile des Irlandais. Dès lors, Jean-Michel Beau n’aura de cesse “qu’on le juge en compagnie de ceux qui, au plus haut niveau de l’État et de la hiérarchie ont tiré les ficelles”.

Ce sera chose faite en 1991 alors que Jean-Michel Beau a quitté la Gendarmerie trois ans plus tôt avec le grade de lieutenant-colonel.  Le 24 septembre 1991, le lieutenant-colonel Beau et Christian Prouteau se voient condamnés en première instance à la même peine: quinze mois de prison avec sursis. Jean-Michel Beau pour “subornation de témoins”. Christian Prouteau pour “complicité” du même délit. En janvier 1992, Christian Prouteau obtient la relaxe en appel. Jean-Michel Beau, condamné à un an de prison avec sursis et 6.000 francs d’amende, bénéficie d’une relaxe de peine. Le capitaine Barril échappe à toute poursuit.

Écouté par la cellule de l’Élysée

Mais après l’affaire des Irlandais de Vincennes et son départ de la SR de Paris en juin 1983, Jean-Michel Beau n’en n’a pas fini avec la cellule de l’Elysée. Christian Prouteau craint en effet que celui-ci, désormais dans un placard à la Direction de la protection et de la sécurité du territoire (DSPD, ex-Sécurité militaire) ne parle. Il est alors placé sous écoutes pendant deux ans par la cellule de crainte qu’il ne fasse des révélations à la presse sur l’affaire des Irlandais de Vincennes.  Cette cellule enregistrera les conversations téléphoniques de dizaines de personnes, notamment pour protéger la vie privée de François Mitterrand.

Nouveau scandale de ce premier septennat qui se conclut par un procès. Cette fois-ci victime, Jean-Michel Beau se voit attribuer en appel 5.000 euros de dommages et intérêts, en mars 2007. Ému aux larmes, il assure que “ce jugement, en 24 ans de combat, constitue le premier jour de lumière judiciaire”. Une autre petite lumière s’allumera deux ans plus tard en 2009 avec la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Lire aussi: Jean-Michel Beau fait chevalier de la Légion d’Honneur

Ce week-end, deux journalistes lui rendent hommage sur le blog de Mediapart. Pour Edwy Plenel, directeur de Mediapart, Jean-Michel Beau “incarnait le courage ordinaire de la vérité”. Georges Marion, journaliste (Le Monde) écrit: “Gendarme engagé et formé pour faire respecter la Loi, il ne pouvait comprendre comment des coupables identifiés et localisés pouvaient encore échapper à la justice”.

PMG

Appel à contribution des lecteurs numériques : Je soutiens L'Essor (et son indépendance)

4 Commentaires

  1. Paul

    Les dégâts faits par le personnel politique et leurs nervis sont la plaie des services.
    https://youtu.be/HHiiJCHb1Ko

  2. Niout

    L’ombre noire de son humiliation entâchera longtemps l’image trouble de F Miterrand

  3. Clément

    L’attentat de la rue des rosiers, les terroristes encore vivants vivent paisiblement en Jordanie:
    https://www.nouvelobs.com/societe/20190809.OBS17004/attentat-de-la-rue-des-rosiers-les-services-secrets-francais-avaient-un-pacte-avec-les-terroristes.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *