vendredi 20 septembre 2019
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Jean Cuene-Grandidier en 2008 lors de son 95e anniversaire (Photo DR).

Décès du dernier survivant de la plus grande évasion collective de la Seconde Guerre Mondiale

Jean Cuene-Grandidier, dernier survivant de la plus grande évasion collective de prisonniers durant la Seconde Guerre mondiale, est décédé le 2 novembre à son domicile à Paris (Ve) à l’âge de 103 ans, a annoncé sa famille.

Ses obsèques seront célébrées mardi après-midi en l’église Saint-Nicolas des Alluets-le-Roi (Yvelines).

Né le 22 juin 1913 à Belfort, Alsacien d’origine, le lieutenant Jean Cuene (il y ajoutera  après la guerre, celui de Grandidier, son nom dans la Résistance) est fait prisonnier durant la campagne de France au printemps 1940.
Avec près de 5.000 sous-officiers et officiers français, il est interné dans l’oflag XVII-A d’Edelbach, un village autrichien à une centaine de km au nord-ouest de Vienne.

Dans le camp, la vie des détenus est rythmée par les appels, les distributions du repas, de courrier et de colis. C’est à l’intérieur de ces colis, envoyés par les familles depuis la France occupée, qu’un groupe de prisonniers va réussir à faire venir, dissimulées dans des saucissons, des pièces pour fabriquer une caméra. A la moindre alerte, elle est alors camouflée dans un dictionnaire évidé à l’intérieur.

Dès lors, l’équipe de cinéma de l’oflag XVII-A va filmer, à l’insu des gardiens, la vie des prisonniers dans les baraquements et dans les cours du camp, une prouesse unique dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, un film de 26 minutes « Sous le manteau » sera monté et diffusé de 1954 à 1956 dans les 1.500 cinémas français d’alors en première partie avant le film principal. Il connaîtra un grand succès populaire.

Mais l’équipe de cinéma ne se contente pas de filmer les conditions de détention des Français de l’oflag XVII-A et leurs rares moments de détente. Elle va aussi fixer sur la pellicule les préparatifs d’une évasion sans précédent. Début 1943, les prisonniers entreprennent la construction d’un tunnel de 90 mètres passant sous l’enceinte de barbelés.

Là encore, les prisonniers font preuve d’ingéniosité pour éclairer le chantier souterrain,  le ventiler et pour camoufler les gravats.

Finalement, le 18 septembre 1943, pendant la nuit, 132 prisonniers, munis de faux papiers et porteurs de vêtements civils, se glissent dans le tunnel en deux vagues. La très grande majorité sera reprise. Seuls six d’entre eux, dont Jean Cuene-Grandidier, parviendront à retrouver définitivement leur liberté jusqu’à la fin de la guerre.

Situation de l'oflag XVII-A (Carte Jean-Louis Vernier / Wikipédia).
Situation de l’oflag XVII-A (Carte Jean-Louis Vernier / Wikipédia).

Cette évasion collective, la plus importante du conflit, va rendre fou furieux Heinrich Himmler, le ministre de l’Intérieur du IIIe Reich.  Le Reichsführer SS donne l’ordre de fusiller désormais tous les prisonniers évadés et repris. En mars 1944, 76 soldats américains et britanniques s’évadèrent d’un stalag en Pologne. 73 furent repris, dont 50 furent fusillés. Cette évasion fut immortalisée par le film de John Sturges « La Grande évasion » (1963).

Après son évasion de l’oflag XVII-A, Jean Cuene-Grandidier réussit à vivre pendant six mois à Vienne avec de faux papiers en se faisant passer pour un Français volontaire du Service du travail obligatoire.

Avec sa fausse carte d’identité, établie sous le nom de Jean Larousane (anagramme de « On les aura ! »), parvint à obtenir une permission exceptionnelle pour raisons familiales et un billet aller-retour Vienne-Paris. Dans le train, il voyagea en première classe avec des officiers allemands car il parlait couramment allemand. L’un lui proposa même à l’arrivée du train à Paris de l’emmener dans sa voiture.

Le lieutenant Cuene-Grandidier ne rentra évidemment pas à Vienne au titre du STO. Il réengagea à la Libération au 1er Bataillon de chasseurs alpins et retourna à Vienne au titre des troupes d’occupation après la fin de guerre.

Jean-Cuene-Grandidier était commandeur de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945 (quatre citations) et de la médaille des évadés.

Pierre-Marie GIRAUD

 

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