lundi 30 novembre 2020
Accueil / A la Une / Décès de Daniel Cordier, l’un des deux derniers Compagnons de la Libération
Cérémonie du 18 Juin au Mont Valérien en 2017 JUIN
Daniel Cordier, assis et coiffé d'un panama, entre Fred Moore (décédé en septembre 2017) à sa droite et Claude Raoul-Duval (décédé en 2018) et Hubert Germain à sa droite, le 18 juin 2017 lors de la cérémonie du 18 Juin au Mont Valérien (photo PMG/L'Essor)

Décès de Daniel Cordier, l’un des deux derniers Compagnons de la Libération

Daniel Cordier, 100 ans, l’un des deux derniers Compagnons de la Libération, s’est éteint chez lui à Cannes vendredi après-midi. Il ne reste donc plus qu’un seul Compagnon en vie, Hubert Germain, 100 ans également, lieutenant de la Légion étrangère à Bir Hakeim.

A son décès, Hubert Germain rejoindra le caveau qui attend le dernier Compagnon dans la crypte du Mémorial de la France combattante au Mont Valérien. Crée il y a tout juste 80 ans par le général de Gaulle, l’Ordre de la Libération compte 1.038 hommes et femmes, 18 unités militaires et 5 villes.

Lire aussi: Décès de Pierre Simonet l’un des trois derniers Compagnons de la Libération

Daniel Cordier, secrétaire perpétuel de Jean Moulin

Secrétaire de Jean Moulin pendant onze mois, Daniel Cordier aura passé une grande partie de sa vie à défendre sa mémoire. Notamment avec une biographie monumentale de plusieurs milliers de pages.

Toujours d’une élégance raffinée, l’oeil malicieux, d’une grande modestie et d’une exquise courtoisie, Daniel Cordier maniait l’humour avec délicatesse. Cet éternel jeune homme se protégeait en hiver dans une grande écharpe de laine et se coiffait d’un feutre. Comme Jean Moulin sur la célèbre photo.

Dans son bureau, au premier étage de sa villa au-dessus d’Antibes, il relisait il y a une dizaine d’années les épreuves de ses livres face à cette photo de Jean Moulin.

Le dernier grand témoin de la Résistance

Daniel Cordier restera le dernier grand témoin de la Résistance, à travers sa propre biographie (“Alias Caracalla”, Gallimard, 2009). Sans oublier sa participation à d’innombrables documentaires sur cette période.

Il a nourri ses ouvrages des archives du Bureau central de renseignements et d’action de la France Libre (BCRA). Ainsi que de ses recherches dans les archives allemandes et britanniques. Ses ouvrages devinrent au fil des ans, l’une des grandes références sur la Résistance.

Daniel Cordier, au Delville Camp (Angleterre) en juillet 1940, après qu'il ait rejoint la Légion française. (Photo: Ordre de la Libération)
Daniel Cordier au Delville Camp (Angleterre), en juillet 1940, après qu’il ait rejoint la Légion française. (Photo: Ordre de la Libération)

Révolté par le discours de Pétain du 17 juin 1940

Daniel Bouyjou–Cordier (noms de son père et de son beau-père), naît le 10 août 1920 à Bordeaux (Gironde) dans une famille de négociants. “Fervent” militant maurrassien et “antisémite“, comme il le disait, il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il entend à la radio l’annonce de demande d’armistice du maréchal Pétain le 17 juin 1940.

Révolté, il rassemble 16 volontaires et embarque le 21 juin à Bayonne sur un navire belge qui atteint Falmouth le 25 juin.

Il s’engage alors dans la “Légion de Gaulle” le 28 juin 1940. Le jeune aspirant est finalement affecté à l’été 1941 au service Action du BCRA où il va suivre pendant un entraînement spécial (sabotage, radio, atterrissages et parachutages).

Parachuté en France occupée, le 26 juillet 1942

Parachuté près de Montluçon, le 26 juillet 1942, comme radio et secrétaire de Georges Bidault, il rencontre, le 1er juin à Lyon, pour la première fois “Rex” (Jean Moulin). Celui-ci lui propose alors de devenir son secrétaire. Ce n’est d’ailleurs qu’en octobre 1944 à Paris qu’il apprendra que “Rex” était Jean Moulin! Le délégué du Comité national français l’engage alors pour organiser son secrétariat à Lyon. En mars 1943, Daniel Cordier dirige à Paris, selon les directives de Jean Moulin, son secrétariat de zone nord.

“Pendant onze mois, jusqu’à l’arrestation de Caluire, le 21 juin 1943, j’ai vu Jean Moulin plusieurs fois par jour, quatre jours par semaine en moyenne”, avait-il raconté. Après Caluire, il poursuit ses missions jusqu’au 21 mars 1944. Pourchassé par la Gestapo, Daniel Cordier s’évade par les Pyrénées, parvient à gagner l’Angleterre fin mai 1944. Il devient alors le chef de la section des parachutages d’agents du BCRA.

Intégré en octobre 1944 à la Direction générale des études et recherches (DGER) –qui a pris la suite en France du BCRA–, Daniel Cordier dépouille, avec Vitia Hessel les archives du BCRA. Ce travail aboutira à la rédaction par Stéphane Hessel, du Livre blanc du BCRA.

Un grand collectionneur d’art contemporain

Il démissionne de la DGER après le départ du général de Gaulle en janvier 1946 pour se consacrer à la peinture, à laquelle il avait été initié par Jean Moulin. Il commence alors une très importante collection d’art contemporain. 

En 1956, il ouvre une galerie d’art à Paris et à New York jusqu’en 1964. Dans sa galerie parisienne, il recueillera le futur chanteur Hervé Vilard, 14 ans, qui a fugué de l’orphelinat. Il deviendra le tuteur d’Hervé Villard, qui a connu le succès avec la chanson “Capri, c’est fini”.

De 1972 à 1989, Daniel Cordier fera don au Centre Georges-Pompidou de 515 tableaux modernes (Brassaï, Dubuffet, Hartung…). Il était par ailleurs un grand amateur d’art primitif océanien. Sa villa d’Antibes portait d’ailleurs le nom de “Rapa Nui“, premier nom de l’Ile de Pâques.

Une colossale biographie de Moulin

La vie de l’amateur d’art va une nouvelle fois basculer en octobre 1977. Aux “Dossiers de l’écran” (sur Antenne 2) le grand résistant Henri Frenay présente Jean Moulin comme un sous-marin du PCF dans la Résistance. Présent sur le plateau, Daniel Cordier peine à défendre son ancien patron. De témoin, il va alors se faire historien et abandonner son métier de marchand d’art.

Avec un soin constant –”maniaque” diront ses détracteurs– Daniel Cordier écume archives privées et publiques. Il traque aussi des documents inédits pour faire litière des accusations contre Jean Moulin. “Je suis prêt à tous les débats mais je veux que l’on m’apporte des preuves”, expliquait-il en 1989, lors de la parution des deux premiers tomes de sa colossale biographie en six tomes (“Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon“, JC Lattès).

Très discret sur sa vie privée, il avait révélé son homosexualité il y a quelques années.

L’une de ses dernières apparitions publiques avait eu lieu à l’Elysée lors de l’investiture d’Emmanuel Macron, le 14 mai 2017. Très ému, Daniel Cordier s’était longuement entretenu avec le nouveau président qu’il avait soutenu publiquement.

Pierre-Marie Giraud

Crowdfunding campaign banner

Un commentaire

  1. monique thibault

    Ce sont des femmes et des hommes comme tous ces résistants que nos professeurs et instituteurs devraient donner en exemple à nos jeunes. ELLES et EUX ont montré à des générations ce qu’était LA LIBERTE et non pas des caricatures qui font tuer des victimes innocentes uniquement par idéologie. MERCI à ELLES et EUX. Qu’ils reposent en PAIX

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.