lundi 23 novembre 2020
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Eric Emeraux (Capture d'écran du clip “Young, wild, and free” / Youtube).

De la traque des criminels à l’écriture et à la musique, le parcours iconoclaste du gendarme Eric Emeraux

PORTRAIT – Qui est donc Eric Emeraux? Le colonel, qui vient de partir de l’Arme, affiche de nombreuses cordes à son arc.

Tennis blanches aux pieds, le guitariste est accoudé à la rambarde de la jetée. Devant lui, des promeneurs passent, qu’on imagine vacanciers, ici, près de Pise en Italie. Le musicien, Matthias Ka (un alias), gratte quelques accords puis sourit d’un air complice à la caméra. C’est le décor du clip vidéo “Young, wild, and free”. Et surprise: le guitariste n’est autre qu’un célèbre gendarme multicartes, le colonel (ER) Eric Emeraux.

L’un des plus célèbres limiers de l’Arme, ancien patron de l’Office central de de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), affiche un CV étonnant. Alors qu’il vient de quitter la Gendarmerie, le grand public découvre les multiples facettes de ce militaire également compositeur, écrivain, et désormais conférencier. Des jobs reliés par le même fil conducteur. “J’ai toujours considéré la création comme un axe majeur de mes fonctions, explique-t-il attablé à la table de petit-déjeuner de son hôtel parisien. Tout se nourrit mutuellement.” Et de préciser qu’il apprécie cette citation attribuée au père fondateur du taoïsme, Lao Tseu: “Créer, non posséder ; oeuvrer, non retenir ; accroître, non dominer”.

Lire aussi: Génocidaires et semeurs de haine dans le viseur de l’OCLCH

Une carrière complète pas loin des étoiles

A 56 ans, Eric Emeraux vient tout juste de raccrocher le képi. Brillante, sa carrière a pourtant commencé par un échec au concours de l’école de commerce de Dijon. Ce grand gaillard originaire des Vosges s’engage alors, par amour des cimes, dans l’école militaire de haute-montagne de Chamonix. Suivent quelques années dans les chasseurs alpins. Puis, après avoir vécu de près un accident de montagne, il choisit de bifurquer vers le secourisme via la Gendarmerie. D’abord donc en intégrant un peloton de Gendarmerie de haute-montagne (PGHM), une voie toute tracée.

Puis, le jeu des affectations aidant, Eric Emeraux quitte la montagne pour enseigner à l’école des officiers de Melun. La fin de son parcours sera fortement teintée de judiciaire avec le commandement de la section de recherches de Montpellier. Et enfin la direction d’un office central après un détour par Sarajevo comme attaché de sécurité intérieure. Cette carrière bien complète aurait d’ailleurs pu mener l’officier supérieur aux étoiles. Mais le gendarme a laissé passer l’Ecole de guerre par passion du concret. “J’ai besoin d’être projeté sur le terrain, de voir comment cela tourne et comment trouver des solutions pour que ça aille mieux, quitte à être en dehors des clous”, rappelle-t-il.

Les multiples vies d’Eric Emeraux

Iconoclaste, Eric Emeraux mène de front plusieurs vies. Côté musique, tout a commencé au collège militaire d’Autun, où il commence la guitare. Le jeune Emeraux, inspiré par AC/DC, Trust ou encore Téléphone, répète frénétiquement une vingtaine d’heures par semaine avec ses amis du groupe Nada. Son amour pour la musique, mis au second plan au début de sa carrière militaire, refera surface au PGHM. “Il y avait d’autres secouristes qui grattaient”, se souvient-il. Eric Emeraux rachète guitare et ampli. Mais se prend finalement de passion pour l’informatique musicale. “Un outil bien adapté à ma situation: ce qui m’intéressait le plus, c’est de composer”, indique-t-il.

Du rock, l’officier bascule vers la musique électronique. A Sarajevo, il jouera même brièvement au DJ pour la petite communauté française locale, même s’il laisse volontiers les platines à son fils, également tombé dans le virus de la musique. Sur ce terrain de jeu là, ses partenaires s’appellent Loic Penillo, producteur, ou Anton Wick. Sans compter de belles rencontres, comme avec la star de foot Eric Abidal. Avec de jolis résultats à la clé: sur Spotify, Eric Emeraux a clôturé l’année 2019 avec près de 85.000 auditeurs. Ses trois titres les plus écoutés sont “Honey”, “What you make it” et “Miracle”

Vendu à plus de 8.000 exemplaires

Mais plus que la musique, c’est l’écriture qui fait aujourd’hui courir Eric Emeraux. L’ancien officier est en pleine promotion de son nouveau livre, “La traque est mon métier”. Le livre est un succès. L’éditeur a compté déjà plus de 8.000 ventes. Un ouvrage écrit comme un polar, où Eric Emeraux ouvre les coulisses de son ancienne unité à travers quatre dossiers (Bosnie, Rwanda, Liberia et Syrie). Sa connaissance intime du crime nourrit aujourd’hui sa prose. Sans la Covid-19, il avait prévu d’aller au Cambodge pour nourrir une adaptation en projet pour la télévision d’une intrigue autour des criminels de guerre et de leur traque. Une reconversion préparée il y a bien longtemps. A l’époque où il était professeur à Melun, Eric Emeraux s’était déjà plongé dans une formation sur l’écriture scénaristique. 

La nouvelle vie d’Eric Emeraux, désormais installé dans une maison de la vallée du Rhône, va révéler toutes les facettes de cet instinctif qui aime laisser les choses venir à lui. “Quand j’arrivais sur une scène de crime, j’étais une éponge, ce qui a toujours un peu dérouté les personnes avec qui j’ai travaillé”, s’amuse l’ancien officier, devenue une star des conférences. Ce mercredi d’octobre, l’officier présente ainsi son livre aux étudiants parisiens de la faculté libre de droit, d’économie et de gestion. L’occasion pour le gendarme de s’interroger sur la nature humaine: comment des personnalités ordinaires peuvent-elles se muer en criminels de guerre? “On peut facilement transformer quelqu’un en tueur, ce qui est important, c’est comment ne pas devenir ce tueur”, analyse-t-il. Parole de spécialiste.

GT.

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Un commentaire

  1. Tres bel article, qui fait bien decouvrir ce camarade qui laisse des traces @

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