jeudi 13 août 2020
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Confinement: au cœur des contrôles avec les gendarmes de l’Essonne (reportage)

Quarante-huit heures après le début du confinement général imposé par la pandémie de coronavirus Covid-19, nous avons suivi mercredi 18 mars 2020 des opérations de contrôles menées par les gendarmes de la compagnie de Palaiseau. Sur la journée, plus de 600 personnes et véhicules ont été contrôlées.

C’est une journée clémente qui s’annonce en Essonne. Plus de 15°C et un soleil généreux. Une belle journée de printemps comme on les aime. Tous les ingrédients sont réunis pour songer à une petite balade, un barbecue entre amis ou encore une partie de sports en plein air. Pourtant, chacun doit rester chez soi. Cette règle est répétée à longueur de journée par le gouvernement et les autorités sanitaires. Affichée sur les panneaux publicitaires des communes, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Difficile de ne pas y être confronté. Malgré tout, certains décident de passer outre les recommandations. Ce mercredi, ils sont encore nombreux à circuler, se réunir, se promener pour rompre la promiscuité de l’isolement.

Opérations d’envergure et refus d’obtempérer

Située aux portes de Paris, la compagnie de Gendarmerie de Palaiseau voit passer chaque jour plusieurs dizaine de milliers de personnes. D’autant que des axes majeurs comme les autoroutes A10 et A6 ou encore les routes nationales N118 et N20 la traversent. Elle compte également sur son territoire d’importants pôles industriels, universitaires et de recherche. Pour cela, elle a mis en place deux dispositifs de gestion des événements, diurnes de 7h à 23h et nocturnes le reste du temps.

Le lieutenant-colonel Nicolas Parra, commandant la compagnie de Gendarmerie de Palaiseau, coordonne les opérations de contrôles depuis le terrain. (Photo L.Picard / L'Essor)
Le lieutenant-colonel Nicolas Parra, commandant la compagnie de Gendarmerie de Palaiseau, coordonne les opérations de contrôles depuis le terrain. (Photo L.Picard / L’Essor)

Sur le secteur couvert par la circonscription essonnienne, une douzaine de contrôles fixes sont ainsi organisés chaque jour sur les points clés identifiés. De nombreuses patrouilles “volantes” réalisent également des contrôles aléatoires. L’ensemble de la manœuvre est coordonné par le lieutenant-colonel Nicolas Parra, commandant la compagnie de Palaiseau. “Nous avons débuté les contrôles dès la mise en place du confinement, lundi, précise l’officier. Dans les premières 48h, même si nous restions pédagogues, les unités ont essuyé plusieurs refus d’obtempérer. Il s’agit bien souvent d’individus que nous connaissons déjà défavorablement.” Tous ont pu être rattrapés et ont fait l’objet d’une verbalisation, voire d’un placement en garde à vue dans les cas les plus graves.

Lire aussi: 100.000 policiers et gendarmes, une amende portée à 135 euros… Ce qu’il faut savoir sur les mesures de confinement

Les gendarmes du Psig Sabre de Palaiseau participent aux contrôles du respect du confinement. (Photo L.Picard / L'Essor)
Les gendarmes du Psig Sabre de Palaiseau participent aux contrôles du respect du confinement. (Photo L.Picard / L’Essor)

Pédagogie, souplesse et verbalisation

 

C’est au niveau du récent carrefour du “Christ de Saclay” que nous assistons à un premier contrôle. Sur place, une dizaine de gendarmes effectuent des contrôles systématiques des véhicules et personnes. “L’axe et un des plus fréquenté du secteur”, confirme le lieutenant Arnaud Plisson, à la tête de la communauté de brigades de Gif-sur-Yvette. Des opérations y sont menées plusieurs fois par jour en fonction des flux. “Nous sommes pour le moment dans une phase pédagogique. Nous agissons avec souplesse pour ces premiers jours. Mais nous n’hésitons plus à verbaliser en cas d’abus.”

En plus des véhicules, piétons et cyclistes font également l'objet de contrôles par les gendarmes. (Photo L.Picard / L'Essor)
En plus des véhicules, piétons et cyclistes font également l’objet de contrôles par les gendarmes. (Photo L.Picard / L’Essor)

Dans sa ligne de mire également, les cyclistes, très nombreux à avaler le bitume cet après-midi là. “Ils se cachent derrière la pratique d’un exercice physique pour faire des sorties de 40 ou 50 km. Ce n’est pas ce que prévoit le décret, qui précise que le déplacement doit être bref et à proximité immédiate du domicile”, rappelle le lieutenant. La fédération de cyclisme a d’ailleurs communiqué en ce sens auprès de ses adhérents. Outre la menace de la contravention, Arnaud Plisson évoque aux cyclistes qu’il contrôle les risques d’accident et le poids que pourrait représenter leur prise en charge pour les services d’urgences, déjà débordés par la crise pandémique en cours. Un argument auquel Jacques, cycliste septuagénaire, est sensible. Direction la maison pour lui, convaincu par la pédagogie du gendarme.

La plupart des automobilistes contrôlés sont quant à eux en règle. Ils disposent de l’attestation individuelle, couplée au justificatif professionnel en cas de besoin. Parmi eux, des artisans, des personnels soignants, un pompier volontaire qui rejoint sa caserne ou encore le responsable d’un supermarché. Seul 5 à 10% ne respectent pas les mesures. Un jeune homme d’une vingtaine d’années pensait lui rejoindre ses amis pour profiter du beau temps. Pas de contravention pour lui, mais un avertissement. Il fera finalement demi-tour pour regagner son domicile après une mise en garde des gendarmes du Psig de Palaiseau qui participent au contrôle.

Repérages des contrevenants depuis les airs

Un hélicoptère de la section aérienne de la Gendarmerie de Vélizy-Villacoublay survole la zone en appui des gendarmes qui assurent des contrôles du respect du confinement lié à la pandémie de coronavirus Covid-19. (Photo L.Picard / L'Essor)
Un hélicoptère de la section aérienne de la Gendarmerie de Vélizy-Villacoublay survole la zone en appui des gendarmes qui assurent des contrôles du respect du confinement lié à la pandémie de coronavirus Covid-19. (Photo L.Picard / L’Essor)

Dans le ciel, un hélicoptère EC-135 de la section aérienne de la Gendarmerie de Vélizy-Villacoublay appuie les gendarmes. Équipé d’une puissante caméra, il permet de repérer depuis les airs les éventuels attroupements et rassemblements anormaux. Exemple avec ce groupe d’une dizaine de personnes signalé sur le terrain de pétanque d’un village à proximité. L’information est transmise par radio au Charlie Charlie, le lieutenant-colonel Parra, avec lequel l’équipage est en liaison permanente. L’officier envoie immédiatement une patrouille sur place.

L’aéronef permet également d’estimer le trafic routier afin de réorienter les contrôles en temps réel. Ainsi, en fin de journée, une nouvelle opération est mise en place sur la route nationale 20. L’axe traverse l’Essonne du nord au sud, en reliant Paris à Étampes et inversement. Il est un des plus fréquenté du département. Et pour l’occasion, les gendarmes mettent en place une déviation afin de contrôler chaque véhicule. L’opération, qui avait déjà eu lieu dans la matinée, ne durera qu’une demi-heure pour ne pas saturer le trafic. Malgré cela, lors du départ des gendarmes, la file de voitures et de camions s’étendait sur près de 2 kilomètres.

En fin de journée, les gendarmes de la compagnie de Palaiseau contrôlent les automobilistes sur la RN20. (Photo L.Picard / L'Essor)
En fin de journée, les gendarmes de la compagnie de Palaiseau contrôlent les automobilistes sur la RN20. (Photo L.Picard / L’Essor)

Lire aussi: Covid-19 – le “maximum” des gendarmes mobilisés

De la prévention à la répression

Comme souvent lors d’opérations de contrôles d’envergures, les gendarmes ont d’abord effectué des actions de prévention. Tant sur les routes que sur les réseaux sociaux où la Gendarmerie de l’Essonne est d’ailleurs très active. Mais quand elles ne suffisent plus, il faut passer à l’étape suivante. “Il faut que les gens comprennent qu’à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, ils peuvent faire l’objet d’un contrôle. Nous occupons le terrain pour que les règles de confinement soient respectées. Les enjeux sont trop importants.”

Prudence donc. Car si mercredi, le mot d’ordre était la pédagogie, avec une démarche explicative sur les attestations obligatoires et les mesures de confinement, les militaires ont toutefois averti que dès le lendemain, ils passeraient aux amendes pour les contrevenants.

Loïc Picard

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6 Commentaires

  1. Julesdenface

    Comme toutes les zones de non-droit, les lois de la République ne s’y appliquent que lors de reportages aux petits oignons.
    La réalité de l’Essonne, c’est ça:
    http://www.leparisien.fr/essonne-91/ile-de-france-le-recit-des-policiers-menaces-jusque-dans-leur-vie-privee-temoignent-02-07-2019-8108292.php

    Et c’est la cas dans 1 000 “quartiers” en France:
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/coronavirus-dans-les-quartiers-populaires-l-incomprehension-face-aux-mesures-de-confinement_6034060_3224.html

  2. Mila

    Deux poids, deux mesures.
    Les amendes peuvent pleuvoir sur les citoyens normaux qui vont travailler la peur au ventre.
    Pour les autres, c’est l’impunité pour ne pas mettre le pays à feu et à sang:
    https://www.lepoint.fr/societe/j-en-ai-rien-a-foutre-du-confinement-24-03-2020-2368508_23.php

  3. Georges Servais

    …//… “L’opération, qui avait déjà eu lieu dans la matinée, ne durera qu’une demi-heure pour ne pas saturer le trafic.
    Malgré cela, lors du départ des gendarmes, la file de voitures et de camions s’étendait sur près de 2 kilomètres.”…//..

    Créer 2 kilomètres de bouchons sans compter les kilomètres de ralentissement avant.
    Opération qui avait déjà eu lieu.

    C’était du jamais vu.
    Aujourd’hui c’est fait.
    Un Lt Col l’a gravé dans les anales de la Gendarmerie.

    Comment concevoir qu’un grill pain à 5 barrettes puisse mettre en œuvre à plusieurs reprises un tel bordel sur un “axe majeur structurant dimensionnant” comme il le dit sans qu’un hiérarchique mette le holà ?

    Cela me dépasse. Je n’y crois pas.

    Je n’ose même pas imager la hargne rentrée désormais persistante envers tous représentants de la Gendarmerie qu’ont pu ressentir ces citoyens déjà stressés par leur vie complétement chamboulée en quelques heures lorsqu’ils se sont trouvés pris dans la nasse et qu’au bout du bout, ils se sont rendus compte que c’était des képis qui les avaient figés et ce juste pour voir un p’tits bouts de papiers.

    Un autre monde, une autre planète.
    C’est affolant.

  4. Fabrice

    Les émeutes de 2005 ont terrorisées les autorités françaises. Les ordres ont été passés:
    https://www.marianne.net/societe/dans-les-cites-le-confinement-va-inevitablement-faire-monter-la-violence

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