vendredi 29 mai 2020
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Félicien Kabuga, 84 ans, est soupçonné d'être le grand argentier du génocide rwandais en 1994. (PH: IRMCT)
Félicien Kabuga, 84 ans, est soupçonné d'être le grand argentier du génocide rwandais en 1994. (PH: IRMCT)

Comment une petite équipe de gendarmes a arrêté l’un des grands organisateurs du génocide rwandais

INFO L’Essor – D’un côté, l’un des grands organisateurs du génocide rwandais en cavale depuis 25 ans. De l’autre, une petite équipe de gendarmes tenaces qui n’ont jamais renoncé. Arrêté samedi, Félicien Kabuga, 84 ans, soupçonné d’être le grand argentier du génocide dans ce petit pays d’Afrique centrale en 1994 (800.000 morts Hutus et Tutsis modérés), va rejoindre le Tribunal pénal international pour le Rwanda à La Haye. Pour un procès très attendu par les familles des victimes.

“Hora fugit, stat jus” (le temps passe, le droit demeure). La devise latine figure sur l’écusson de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH). Plus d’un quart de siècle a passé mais les gendarmes de l’office ont toujours traqué Félicien Kabuga. Créé il y a sept ans, L’OCLCH reste le benjamin des 14 offices centraux du ministère de l’Intérieur, dont 4 relèvent de la direction de la Gendarmerie. C’est aussi le plus petit puisqu’il ne compte qu’une vingtaine d’hommes et de femmes. Quinze gendarmes et quatre policiers pour suivre actuellement 145 dossiers. Des crimes commis de l’Argentine à l’Asie, en passant par l’Afrique et le Proche Orient.

Grand argentier du génocide rwandais

La mission de l’OCLCH tient en une phrase: lutter contre l’impunité des plus grands criminels présents ou ayant leur résidence habituelle en France. Et les traquer sans relâche avec la justice internationale et la coopération des polices. Un schéma appliqué pour Félicien Kabuga.

Cet octogénaire veuf et père de onze enfants, est considéré comme le grand argentier du génocide rwandais. Il a en effet financé la création et l’armement des milices Interahamwe à l’origine de la plupart des massacres commis d’avril à juillet 1994. Il a également financé la radio-télévision Mille Collines, ce média qui a appelé aux tueries. Après son départ du Rwanda, il continue à organiser et à armer les maquis hutus qui, depuis le Congo-Kinshasa, luttaient contre le régime de Kagamé.

Très vite recherché par la justice internationale, Félicien Kabuga se joue des frontières. Sous son vrai nom ou sous de faux noms, il séjourne en Allemagne, en Belgique, au Kenya ou en Suisse. A l’aide de son trésor de guerre et de la complicité active de ses enfants qui brouillent les pistes. Dès qu’il se sent repéré, il fuit dans un autre pays. D’autant plus insaisissable que ce discret grand-père à l’air paisible sait passer inaperçu. Il est pourtant visé par un mandat d’arrêt émis par les juges du Mécanisme international, une structure qui exerce les fonctions des tribunaux pénaux internationaux. Une notice rouge d’Interpol demande à tous les services de police dans le monde de l’interpeller. Les Etats-Unis promettent même une prime de 5 millions de dollars pour sa capture.

La traque s’accélère

Il y a deux mois, courant mars, la traque s’accélère en France. L’OCLCH, qui n’a pas oublié Félicien Kabuga, travaille alors sous l’égide du parquet général de Paris et du procureur du Mécanisme international. La police fédérale belge et la police métropolitaine de Londres alertent l’OCLCH. Félicien Kabuga se cache en région parisienne sous un faux nom. Plusieurs de ses enfants, qui participent à sa cavale, sont mis sur écoutes. Les enquêteurs profitent du confinement dû à la crise sanitaire pour tirer le fil et remonter vers Kabuga. Tous les éléments recueillis convergent vers un appartement d’Asnières-sur-Seine.

Vendredi 15 mai bingo! Les gendarmes obtiennent la fausse identité sous laquelle se cache Félicien Kabuga dans cet appartement. La dernière phase de l’opération “955”, en référence à la résolution 955 de l’ONU en 1994 créant le Tribunal international pour le Rwanda, est lancée. Les enquêteurs ne veulent pas le laisser d’échapper. Le lendemain à 6h30, l’heure du laitier, les gendarmes arrêtent en douceur Félicien Kabuga. Celui-ci décline rapidement sa véritable identité confirmée par l’ADN. Présenté dans la foulée au Parquet, il rejoint le soir même la prison de la Santé. En attendant d’être remis -sans doute dans deux ou trois mois- au procureur du Mécanisme international pour être jugé à La Haye (Pays-Bas).

Lire aussi: Les gendarmes de l’OCLCH ont arrêté ce matin l’un des fugitifs les plus recherchés au monde !

Prochaine augmentation des effectifs

Ce mardi en fin de matinée, le directeur de la Gendarmerie Christian Rodriguez, le directeur des opérations et de l’emploi Hubert Bonneau et le sous-directeur de la police judiciaire Jean-Philippe Lecouffe ont longuement rencontré les enquêteurs. Les trois officiers généraux ont passé près de trois heures avec les personnels de l’OCLCH, boulevard Davout. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait inscrit à son agenda un déplacement à l’OCLCH. Il ne s’y est finalement pas rendu pour “raisons personnelles“, selon les informations de L’Essor.

L’OCLCH devrait voir ses effectifs passer très prochainement à une trentaine de personnels. Le colonel Eric Emeraux, qui dirige l’office depuis trois ans, quittera son poste cet été pour prendre sa retraite. Il publiera à la rentrée, chez Plon, “La traque est mon métier”.

PMG 

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