dimanche 27 septembre 2020
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Les gardes républicains dans la cour du palais de l'Elysée. (MG/L'Essor)
Les gardes républicains dans la cour du palais de l'Elysée. (MG/L'Essor)

Comment les policiers pourraient donner leur avis sur les nominations des gendarmes au GSPR

En deux recommandations, les sénateurs de la commission des Lois du Sénat vont-ils remettre en cause l’équilibre fragile qui régit les relations entre Gendarmerie et Police à l’Elysée? La commission d’enquête sur l’affaire Benalla conclut en effet sa traque des dysfonctionnements susceptibles d’affecter les services chargés de la sécurité du président de la République avec deux propositions qui pourraient avoir des conséquences pour les gendarmes de l’Elysée.

La première propose de “réaffirmer la compétence exclusive des membres des forces de sécurité” et de “formaliser les règles et procédures de recrutement“. Quant à la seconde, elle préconise de “maintenir la responsabilité organique du ministère de l’Intérieur sur le groupe de sécurité de la Présidence de la République” (GSPR).

Une manière pour le Sénat de donner son avis sur la réforme en cours de la sécurité de l’Elysée. Ce chantier sensible est piloté deux gendarmes, les généraux Eric Bio-Farina, le commandant militaire de l’Elysée, et Lionel Lavergne, le chef du GSPR. Ils planchent depuis le mois d’avril 2018 sur la réunion de leurs deux unités au sein d’une unique direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR).

Le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, qui avait lancé ce projet, avait assuré que la future entité serait “exclusivement constituée de fonctionnaires de Police et de Gendarmerie“. Une parole qui ne suffit pas visiblement aujourd’hui aux sénateurs, interpellés par la présence d’Alexandre Benalla, alors chargé de mission à l’Elysée, dans le groupe de travail chargé de travailler sur ce dossier.

Avis du chef du service de la protection

Le colonel Lionel Lavergne (Capture d'écran Assemblée nationale).
Le colonel Lionel Lavergne (Capture d’écran Assemblée nationale).

Les sénateurs recommandent plus précisément de prévoir l’avis du chef de service de la protection sur les nominations des gendarmes du GSPR, une unité déjà sous sa direction. Le service de la protection relevant de la Police nationale, cela revient-il à donner un droit de veto des policiers sur le recrutement des gendarmes affectés à la sécurité du chef de l’Etat?

Non, assurent les sénateurs dans leur rapport. “La transmission d’une telle information constituerait un garde-fou contre toute tentative de contournement du cadre réglementaire, mais n’emporterait aucune conséquence en termes de gestion administrative des personnels militaires, qui demeurerait de la compétence de la direction générale de la Gendarmerie nationale“, expliquent-ils.

Le sujet est pourtant sensible à l’Elysée, où les relations entre policiers et gendarmes sont parfois fraîches. L’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007, avait entraîné le départ immédiat des gendarmes du GSPR. Cinq ans plus tard, les militaires avaient fait leur retour. Seul bémol : l’alternance attendue dans le commandement avait tardé entre la commissaire divisionnaire Sophie Hatt et Lionel Lavergne, alors colonel.

Lire aussi sur L’Essor: L’amer quinquennat des gendarmes de l’Elysée

Si les sénateurs proposent de donner un droit de regard au chef du service de la protection, c’est à cause d’un seul recrutement chez les gendarmes. Un ancien membre du GIGN, qui a servi au sein du groupe pendant treize ans, a travaillé à la protection du candidat Emmanuel Macron. Ce militaire, devenu agent de sécurité privée, à la retraite, est alors le “siège” (officier de sécurité qui se tient à la droite du chauffeur du véhicule, emportant la personnalité à protéger et dirigeant le dispositif) du futur président. Après l’élection de ce dernier, l’ancien du GIGN rejoindra la protection du chef de l’Etat via le GSPR.

Démenti

GSPR-Logo Photo d'illustration (L'Essor).
Photo d’illustration (L’Essor).

Son arrivée interpelle les élus de la Chambre haute, qui tentent au cours de leurs auditions de mettre en lumière l’influence d’Alexandre Benalla, alors chargé de mission à la présidence de la République, sur le recrutement au sein du GSPR. Les élus se demandent si le sulfureux garde du corps d’Emmanuel Macron, à l’image du recrutement suggéré au général Bio-Farina de l’ancien réserviste Vincent Crase, n’a pas favorisé l’entrée de proches dans ce service capital pour la sécurité du chef de l’Etat.

La piste du coup de pouce d’Alexandre Benalla sera démentie par le général Lionel Lavergne. “Comme je connaissais personnellement cette personne, je n’ai pas eu besoin de M. Benalla pour qu’elle soit réintégrée afin de servir au sein d’un groupe composé exclusivement de fonctionnaires de police ou de la Gendarmerie“, expliquera-t-il aux sénateurs. Il y a cependant une difficulté statutaire avec ce sous-officier: il a dépassé la limite d’âge (maximum 48 ans) pour servir au sein du groupe. Or l’usage veut que les gendarmes retenus au sein du GSPR proviennent du GIGN. Le problème sera contourné en intégrant le sous-officier au sein de la sécurité Elyséenne par le biais du commissionnement, c’est-à-dire sous contrat, au grade de major.

Une façon de faire qui n’a pas eu l’aval des sénateurs. Pour ces derniers, ce recrutement “n’a pas été fait dans les respect des règles habituellement applicables au GSPR“. Et, assurent-ils, il révèle “les limites du cadre réglementaire applicable” au service de protection rapprochée.

Gabriel Thierry

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Un commentaire

  1. Niout

    Le professionnalisme habituel des gendarmes a été balayé par le copinage coupable d’un chef. L’incompétence et l’amateurisme de deux “baltringues” suffisent à porter ombrage sur tous les personnels du GSPR. Le colonel Lavergne porte en partie la responsabilité de ce scandale. Pour garantir l’honneur de servir de ses honnêtes collaborateurs, il doit être remplacé ou démissionner…!

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