jeudi , 17 juin 2021

Base aérienne d'Istres. Gendarmerie de l'air. Surveillance depuis les points haut de Istres sur les points sensibles. (Photo d'illustration/ Gendarmerie nationale).

Comment les gendarmes surveillent les mouvances ultra

Le patron du service de renseignement de la Gendarmerie, le général de brigade Patrick Henry, vient de dévoiler aux députés de la commission de la défense les méthodes de la sous-direction de l’anticipation opérationnelle pour surveiller les mouvances ultra.

Un sujet d’autant plus important que les gendarmes ont eux-mêmes été directement victimes, comme à Saint-Just, d’individus radicalisés. “Nous sommes particulièrement vigilants car ce phénomène touche de plein fouet la zone de compétence de la Gendarmerie, remarque Patrick Henry, le 31 mars dernier, dans une audition à huis-clos qui vient d’être publiée sur le site de l’Assemblée nationale. Dans certains départements de France profonde singulièrement, nous constatons des implantations préoccupantes, plus ou moins légales, de mouvances ultras.”

Lire aussi: La radicalisation du tueur de Saint-Just, Frédérik Limol

Mais qui sont ces extrémistes violents d’ultra-gauche ou d’ultra-droite qui inquiètent les gendarmes? Les premiers commencent à être bien connus des militaires. La mouvance a été pointée du doigt, à tort ou à raison, dans les incendies qui ont frappé l’Isère, dont des véhicules de gendarmes. Ces derniers surveillent également depuis plusieurs années la création de zones à défendre, les fameuses ZAD. La plus connue, celle de Notre-Dame-des-Landes, avait en effet entraîné une mobilisation particulièrement intense. Depuis l’abandon du projet d’aéroport, le dossier le plus sensible est celui de la contestation du projet d’enfouissement nucléaire à Bure.

“Qu’il s’agisse d’une retenue d’eau, d’un nouvel aéroport en Loire-Atlantique ou du stockage de déchets nucléaires, ces projets donnent lieu à des contestations initialement légales, remarque Patrick Henry. Mais qui pour certaines basculent dans la radicalité et la violence. C’est essentiellement le fait de l’ultra-gauche qui, en dépit de sa structure horizontale, est très organisée et dont le projet idéologique peut conduire à des troubles à l’ordre public et à des violences.”

A Notre-Dame-des-Landes (Photo/GF/PressPepper).

Des incendies d’antenne 5G

Exemple avec ces appels, au printemps dernier, à s’attaquer aux antennes téléphoniques relais de cinquième génération. Ce qui a conduit, selon Patrick Henry, “à quelque 150 atteintes à des bâtiments publics et à des antennes du réseau mobile 5G”. Autant de symboles, selon cette mouvance, “d’une société de surveillance ou d’un projet capitaliste à dénoncer”, explique le général. Il note que cet appel à l’action directe a entraîné des répercussions importantes pour les habitants de Limoges et Marseille. Ceux-ci ont en effet été privés pendant plusieurs jours de moyens de communication. Une situation qui peut avoir des conséquences importantes quand on veut, par exemple, appeler les services de secours.

La mouvance ultra-gauche jouit d’une solidarité internationale, notamment au plan européen. La surveiller est pour nous une priorité.

Patrick Henry

Toutefois, toutes les dégradations d’antenne 5G ne sont pas à mettre au crédit de l’ultra-gauche. Même si la mouvance pourrait avoir joué un rôle moteur. Par exemple, l’enquête sur l’incendie d’une antenne-relais dans le Jura avait révélé le profil complotiste d’un des suspects. Une mouvance, comme celle des survivalistes, qui regroupe “toutes sortes de personnes”. “Certaines les rejoignent par idéologie ou curiosité, note Patrick Henry. D’autres peuvent s’y trouver embarquées parce qu’elles sont vulnérables. Comme dans les cas des dérives sectaires, le traitement le plus efficace est judiciaire.”

Résultat: les gendarmes ont une méthode éprouvée. Ils recherchent une première infraction. Par exemple une affaire de fraude, d’abus de faiblesse ou de confiance, ou encore une agression sexuelle. Un fait qui permettra au enquêteurs d’investiguer. “Quand cela ne donne rien, nous nous attachons à approfondir nos renseignements pour essayer de prévenir tout passage à l’action violente, car de tels projets existent, poursuit Patrick Henry. Certains survivalistes et complotistes cherchant à échapper à toute forme de surveillance, la zone de compétence de la gendarmerie est particulièrement concernée.”

L’utra-droite, une mouvance très organisée

Enfin, l’ultra-droite est la troisième grande mouvance que les gendarmes surveillent. Une frange “très organisée”, relève Patrick Henry. Qui oblige les militaires à “recourir parfois aux techniques de renseignement en milieu fermé”. “C’est d’autant plus délicat que ses membres sont souvent fascinés par les armes et que l’armement caractérise leur idéologie extrémiste, ajoute le général de brigade. Il peut en résulter un lien avec certains survivalistes. Il convient de noter que ces personnes utilisent toutes les voies administratives qui leur permettent d’être armées légalement, en se déclarant chasseurs ou tireurs sportifs, et aussi tous les moyens illégaux pour acquérir des armes, parfois automatiques.”

Résultat: une mouvance beaucoup plus pernicieuse à détecter que les zones à défendre, par exemple. Une radicalisation surveillée de très près car elle peut attirer des agents en poste. Mais, poursuit aussitôt Patrick Henry, il ne faut pas exagérer ce risque. Toutefois, la Gendarmerie a pris les devants en instaurant une cellule de suivi au sein du cabinet patron des gendarmes. Et chaque groupement a un référent radicalisation.

Nous essayons de déceler ces comportements au plus tôt.

Patrick Henry

Quand l’idéologie extrémiste d’un gendarme pose problème, l’Institution a plusieurs options pour régler le problème. D’abord le mettre en cause pénalement. La méthode la plus pratique, selon Patrick Henry, qui permet de se séparer “sans état d’âme” du militaire. Une voie choisie en concertation avec les parquets, et en interaction avec la DGSI, “très vigilante au sujet des ultras”. “Si cela n’est pas possible, nous nous attacherons à traiter la question par la voie disciplinaire ou statutaire”, conclut-il.

GT.

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