mercredi 1 avril 2020
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Capture d'écran de l'émission "Sept à Huit" sur TF1 consacrée à l'affaire Joël Le Scouarnec, en septembre 2019 (Crédit photo: TF1).
Capture d'écran de l'émission "Sept à Huit" sur TF1 consacrée à l'affaire Joël Le Scouarnec, en septembre 2019 (Crédit photo: TF1).

Comment les gendarmes ont enquêté sur le chirurgien Joël Le Scouarnec, visé par près de 200 plaintes pour abus sexuels

Ce mardi 25 avril 2017, les gendarmes de la Charente-Maritime ne le savent pas encore, mais leurs investigations vont les mettre sur les traces de celui qui est désormais soupçonné d’être le pédocriminel le plus actif jamais arrêté par la justice française, le chirurgien Joël Le Scouarnec.

Ce jour-là, la mère d’une petite fille de six ans pousse la porte de la brigade de Jonzac. Sa fillette vient de lui confier une histoire très inquiétante à propos de leur drôle de voisin. Marie (*), la fillette, a expliqué à sa mère avoir vu le “zizi” du voisin. Puis, devant les enquêteurs, l’enfant ajoute que ce dernier lui a demandé d’enlever sa culotte. Trois ans plus tard, le voisin, le chirurgien Joël Le Scouarnec, va comparaître à partir de ce vendredi 13 mars pour des viols et des attouchements sur quatre fillettes, deux nièces, une patiente et donc la voisine.

Palais de justice de Saintes (Crédit photo: Cobber17).
Palais de justice de Saintes (Crédit photo: Cobber17).

Son procès devant la cour d’assises de la Charente-Maritime ne devrait pourtant être qu’un triste préambule judiciaire. La justice a en effet estimé à 349 le nombre de victimes potentielles. Près de 200 d’entre elles ont déposé plainte. Joël Le Scouarnec, par la voix de son avocat, Me Thibaut Kurzawa, a fait savoir qu’il s’inscrivait dans une démarche de soin “pour tenter de comprendre son attirance envers les jeunes personnes”.

Lire aussi: Un pédophile belge recherché depuis 2009 interpellé par les gendarmes sur l’île de Ré

Joël Le Scouarnec déjà condamné

En ce printemps 2017, après avoir enregistré la plainte à Jonzac, les gendarmes se renseignent. Un élément les inquiétent. Le mis en cause n’est pas un inconnu. Le chirurgien, âgé de 67 ans, a en effet déjà été condamné il y a douze ans dans le Morbihan pour détention d’images pédo-pornographiques. C’était, là encore, des gendarmes qui avaient mené l’enquête. Sa carte bancaire avait été enregistrée sur un site pédo-pornographique russe. Par le jeu de la coopération internationale policière, c’est le FBI américain qui avait rapporté aux enquêteurs français la transaction douteuse. La justice le condamnera à 4 mois de prison avec sursis pour la détention de ces images, mais sans interdiction d’exercer.

Il y a suffisamment d’éléments inquiétants pour que les gendarmes interpellent le chirurgien. Puis ce 2 mai 2017, ils débarquent en force pour une perquisition à son domicile. La visite est fructueuse. Les gendarmes mettent la main sur plusieurs disques durs, cachés sous son matelas. L’exploitation de ces supports numériques leur donnent le tournis. Ils y découvrent plus de 300.000 fichiers pédopornographiques, dont 650 vidéos, et des comptes-rendus minutieux tenus par le prédateur.

Journaux sordides

Le parquet de Lorient supervise désormais cette partie de l’enquête, disjointe du volet de Jonzac. Face à l’ampleur de ce dossier, la direction générale de la Gendarmerie a mis en place une cellule nationale d’enquête, pilotée par la section de recherches de Poitiers en charge de l’affaire, assistée par leurs camarades du groupement de gendarmerie du Morbihan, département où sont domiciliées de nombreuses victimes potentielles. La procureure de Lorient, Laureline Peyrefitte, saluera au cours d’une conférence de presse, à la fin de l’année, “l’exploitation rigoureuse de la part des gendarmes” des journaux du chirurgien.

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Deux répertoires informatiques sont regardés de près par les enquêteurs. Leurs noms parlent d’eux-mêmes. Dans “Vulvette” et “Quequette”, le chirurgien note les noms de 200 filles et garçons, hospitalisés entre 1984 et 2006, avec des commentaires relatifs à des actes sexuels. “14 mai, 10 h 20. Quand je suis entré dans celle [la chambre] de N., j’ai eu l’agréable surprise de la trouver seule, écrit ainsi le chirurgien, selon le récit fait par le quotidien Le Monde. J’y suis donc retourné pour en profiter. J’ai découvert son bas-ventre, prétextant de savoir si elle avait toujours des brûlures en faisant pipi.”

Pour les gendarmes, la stratégie du médecin est claire. Le chirurgien tenterait de faire passer ses attouchements pour des gestes professionnels. Il ciblerait des patients très jeunes, peu susceptibles de s’en souvenir. Pour la défense, il s’agit au contraire de la simple description de fantasmes sans passage à l’acte. L’enquête préliminaire devrait se poursuivre durant tout le premier semestre 2020, avant d’envisager l’ouverture d’une information judiciaire. Quant à la cour d’assises de la Charente-Maritime, elle rendra son verdict sur le premier volet de l’affaire Le Scouarnec ce mardi.

GT.

(*) Nous avons changé son prénom pour protéger son anonymat.

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