lundi 24 février 2020
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Le lieutenant-colonel Jean-Charles Metras (Crédit photo: capture d'écran Aisne info).
Le lieutenant-colonel Jean-Charles Metras (Crédit photo: capture d'écran Aisne info).

Comment l’affaire Pilarski a emporté l’officier Jean-Charles Métras

INFO L’ESSOR – Le patron des gendarmes de l’Aisne, le lieutenant-colonel Jean-Charles Métras, va rejoindre ce lundi 17 février sa nouvelle affectation. Il devient chargé de projet au commandement de la gendarmerie d’outre-mer (CGOM). L’officier supérieur était en difficulté depuis le début de l’affaire Pilarski.

L’annonce du départ de Jean-Charles Métras avait déjà fuité dans la presse, notamment chez nos confrères de L’Union. Mais on ignorait jusqu’ici ses nouvelles fonctions à venir. L’officier supérieur est remplacé dans l’Aisne par le colonel Gilles Isabelle. Ce dernier était jusqu’ici chef du bureau des recours et de la protection fonctionnelle. Le lieutenant-colonel Métras se trouvait depuis quelques mois sur la défensive. En cause? La révélation de sa présence, à titre personnel et en famille, à la chasse à courre du Rallye La Passion. A distance de la meute de chiens Poitevin et des veneurs conduits par Sébastien van den Berghe, sa participation serait restée inaperçue sans un sanglant fait divers.

Lire aussi: Mort d’Elisa Pilarski : la section de recherches d’Amiens dessaisie de l’enquête

Elisa Pilarski (Crédit photo: Page de soutien Facebook animée par son compagnon Christophe).
Elisa Pilarski (Crédit photo: Page de soutien Facebook animée par son compagnon Christophe).

Ce 16 novembre 2019, une jeune femme enceinte de 29 ans, Elisa Pilarksi, décède dans d’atroces circonstances. La cause de sa mort en forêt de Retz ? Des morsures de chiens. Depuis, plusieurs thèses s’affrontent dans cette affaire. Pour Christophe le compagnon d’Elisa, la jeune femme serait morte en tentant de protéger son chien Curtis de la meute de la chasse à courre. Une accusation vivement contestée par les chasseurs. Au contraire, les enquêteurs s’interrogent sur le rôle de Curtis. Ce puissant croisé entre un whippet et un patterdale-terrier de 18 kilos a déjà mordu une bénévole du refuge de Beauvais où il est sous réquisition.

“Ramener de la sérénité” après l’affaire Pilarski

Pour la direction générale, la mutation de Jean-Charles Métras loin de l’Aisne doit permettre de “protéger l’officier et de ramener de la sérénité dans la conduite du groupement”. Il était en effet compliqué de maintenir le commandant sur place. La raison? “Le battage médiatique autour de cette affaire”, précise-t-on au fort d’Issy-les-Moulineaux, le siège de la direction générale. L’histoire dramatique a été en effet abondamment couverte par la presse et commentée sur les réseaux sociaux. La page Facebook lancée par le compagnon d’Elisa Pilarksi est ainsi suivie par près de 45.000 internautes. Pour autant, précisent les gendarmes, le départ de Jean-Charles Métras de l’Aisne “n’est pas du tout une sanction disciplinaire”.

Le changement de poste du lieutenant-colonel ressemble pourtant bien à une mutation sanction. Certes, son départ était déjà prévu pour cet été. Mais l’officier quitte un groupement à forte activité. Et les contours flous de son nouveau poste lui donnent bien des airs de placard. Pas sûr d’ailleurs que Jean-Charles Métras reste longtemps à ce poste. Sur le réseau social professionnel Linkedin, l’intéressé annonce souhaiter “mettre à votre service l’expérience et les compétences de manager que la Gendarmerie m’a permis de forger pendant 20 ans”. “Dirigeant engagé, il me tarde désormais d’ouvrir un nouveau chapitre de vie professionnelle, confiant dans le leadership que je saurai déployer dans la conduite de vos projets”, ajoute-t-il.

Amateur de chasse

Réunion d'information des chasseurs de l'Oise souhaitant faire partie du dispositif Chasseurs vigilants mis en place par le groupement de gendarmerie départementale. (Photo: M. GUYOT/ESSOR)
Réunion d’information des chasseurs de l’Oise souhaitant faire partie du dispositif Chasseurs vigilants mis en place par le groupement de gendarmerie départementale. (Photo: M. GUYOT/ESSOR)

L’officier brillant, passé par Saint-Cyr et l’école de Guerre, ancien attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France au Maroc, avait jusqu’ici de bons résultats à mettre en avant. Exemple avec le dispositif Diane, mis en place dans l’Aisne en 2019 par cet amateur de chasse. Signée entre préfecture, Gendarmerie et fédération locale de chasse, cette convention prévoyait un échange d’information pour lutter contre l’insécurité en milieu rural, “en ciblant en particulier les atteintes aux milieux naturels et à la biodiversité”, expliquait alors le groupement. Un partenariat monté en épingle après la mort atroce d’Elisa Pilarksi comme la preuve d’une connivence entre gendarmes et chasseurs.

L’affaire repose la question des limites à respecter pour un responsable local. “Le poste de commandant de groupement est sensible, mais les officiers sont préparés à ces situations”, note un général en deuxième section. “Rien n’interdit cette participation à la chasse à courre, relève un autre ancien haut gradé. Un commandant n’est tenu qu’à l’observation de la loi”. Mais, ajoute-t-il, “même si on a le droit de le faire, il ne faut pas le faire”. Et cet officier général de confier ce jugement personnel: “Quand on est commandant de groupement, on ne suit pas une activité qui relève de la maltraitance”. La présence de l’officier interpelle d’autant plus que les pro et antichasse s’écharpent depuis quelques années aux abords des forêts. Apparaître auprès d’une partie dans ce type de conflit laisse ouverte la voie aux interrogations sur une supposée partialité.

“Déjà des mésententes”

Toutefois, selon nos informations, c’est moins la participation de l’officier à la chasse à courre que ses prises de parole qui auraient joué contre lui. Le commandement local est bien autonome en matière de communication. L’exercice est cependant toujours regardé de près. Enfin, l’officier connaissait “déjà des mésententes avec la direction générale”, observe le premier ancien haut gradé cité plus haut. Un officier général d’active évoque, lui, “des problèmes de discipline” sans plus de précisions.

Lire aussi: Mort d’Elisa Pilarski: le chef des gendarmes de l’Aisne s’explique

Illustration (SD/L’Essor).

Pas forcément bien vu, Jean-Charles Métras a pourtant réagi comme attendu dans cette affaire. Selon nos informations, le commandant de groupement aurait bien informé l’autorité judiciaire de sa présence à la chasse à courre. L’enquête de flagrance du chef d’homicide involontaire par agression de chien avait été confiée à la section de recherches d’Amiens… Qui dépend du groupement de région et de la cour d’appel, sans lien hiérarchique avec le groupement de l’Aisne dirigé par Jean-Charles Métras. La justice a-t-elle voulu faire ceinture et bretelles pour évacuer tout soupçon de partialité? Les gendarmes seront finalement dessaisis au profit de la direction interrégionale de police judiciaire de Lille.

L’information judiciaire contre X du chef “d’homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement résultant de l’agression commise par des chiens” est désormais suspendue à des résultats d’expertises. Des échantillons ont été prélevés sur 67 chiens en tout. Les 62 chiens de l’association du Rallye La Passion, dont les 21 de la meute, et les 5 du couple Pilarski. Les résultats des analyses ADN, menées par le laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux, sont très attendus.

Gabriel Thierry.

9 Commentaires

  1. Tomana

    Soutient au Lt-Colonel et je constate encore que nos généraux ont toujours le petit doigt sur la couture et pas à côté…….Dommage pour un Chef.

    • Philippe

      Lorsqu’on a l’honneur d’intégrer la Gendarmerie Nationale, on a l’obligation d’être irréprochable car pour être respecté, il faut être respectable ! Les gendarmes ne peuvent intervenir pour rétablir l’ordre public lors des chasses à courre et y participer même en temps que suiveur. Circonstance aggravante, ce gendarme est un officier et qui plus est, il était le patron des gendarmes de l’Aisne lors des faits. Je souhaite que cet officier soit écarté de toute responsabilité susceptible d’engager la crédibilité de l’institution et ceci jusqu’à la fin de sa carrière. Mon avis n’est pas conditionné par l’affaire Pilarski, je n’ai pas accès au dossier et ne connaissant pas tous les tenants et aboutissants, je m’interdit tout commentaire à ce sujet.

  2. casimir

    Inutile de préciser que de nombreux étoilés n’ont été que se gentils toutous à leurs différents maîtres qu’ils ont pu servir durant leur carrière…
    Même en deuxième section…on assume toujours pas à s”exprimer à visage découvert !!

  3. Soussin

    Je soutiens cet officier. Sa passion lui a coûté son poste. Les grands chefs ont décidé. Garde à vous….Si chez nos camarades policiers ….ils pratiquaient de même, ils n’y aurait plus de commissaires dans les villes. Idem pour certaines administrations. Quant au desaisissement de la SR, pourquoi n’avoir pas co saisi les 2 services?,,

  4. le misanthrope

    France Info nous annonce aujourd’hui que les prélèvements aux fins de détermination de l’ADN des chiens suspectés n’ont pas encore été transmis par la justice au laboratoire agréé faute de moyens financiers. Coût de l’opération, environ 100 000 euros.
    No comment.

    • BABA

      Dernière info. Le parquet n’a pas l’intention de poursuivre les investigations sur les ADN des chiens. Trop chers! Bravo la justice. Les chasseurs vont pouvoir enfin respirer. Quelle honte. Notre société part vraiment à la dérive.

  5. benoit d'eimar de jabrun

    Que cet officier soit emporté par cette affaire est malgré tout insupportable. Dès le début de l’affaire il a signalé sa présence ,en famille, et sans d’aucune façon être impliqué dans la chasse.
    Bonne chance pour la suite

  6. En tant qu’ ancien officier de gendarmerie je pense que la présence de ce commandant de groupement à cette chasse n’était pas judicieuse. Il a manqué de jugement et de recul car dans ce genre d’activité tout peu arriver et vu le contexte entre les anti et pro chasseurs il aurait du faire preuve d’ une meilleure analyse.
    Son départ du groupement vis à vis des autorités administratives et judiciaires est parfaitement justifié car il met en porte à faux la Gendarmerie nationale toute entière. Il est probable également que cet écart n’était pas le seul non plus d’après les explications données par la hiérarchie laquelle a pris cette mesure réfléchie.

    • christiane MURAT

      les propos de” Ossent”sont parfaitement clairs et sereins
      merci monsieur de vous exprimer avec cette franchise!!

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