lundi 22 juillet 2019
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Photo d'illustration. Au Forum international de la cybersécurité, à Lille, lors de l'édition 2015. Le capitaine Lionel Prat, expert en criminalistique numérique de l'IRCGN, présente son logiciel d'analyse de métadonnées de photos (Crédit photo: MG/L'Essor).
Photo d'illustration. Au Forum international de la cybersécurité, à Lille, lors de l'édition 2015. Le capitaine Lionel Prat, expert en criminalistique numérique de l'IRCGN, présente son logiciel d'analyse de métadonnées de photos (Photo/MG/L'Essor).

Comment la Gendarmerie s’empare de l’intelligence artificielle

C’est la technologie la plus en vue du moment. Et les techniques de l’intelligence artificielle ne laissent évidemment pas les gendarmes indifférents. “Le monde de demain sera un monde avec et non sans l’intelligence artificielle”, avertit ainsi le colonel Patrick Perrot, l’un des spécialistes de la Gendarmerie sur ce sujet. Le dernier numéro de la revue de la Gendarmerie nationale, paru à la fin du mois d’août 2018, fait le point sur une technologie qui doit permettre aux forces de sécurité intérieure d’exploiter un volume de données inédit.

Ce que savent faire les gendarmes

Le colonel Patrick Perrot. (Photo/JF-Cortot/L’Essor).

Selon Patrick Perrot, le pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale a réussi à développer en interne de nombreuses applications opérationnelles avec l’intelligence artificielle. Elles ont d’abord trait à l’image : reconnaissance d’un locuteur, de texte, faciale, d’une démarche. Elles portent également sur l’anticipation de la criminalité, par exemple les cambriolages. : après une expérimentation dans onze groupement, un outil d’analyse décisionnelle sera déployé sur tout le territoire en 2019.

“Les déclinaisons opérationnelles sont légions car en bref, l’ensemble du spectre pourrait être couvert par l’intelligence artificielle”, assure le colonel. Compréhension et anticipation de la délinquance, optimisation de l’activité des forces de sécurité, lutte contre la radicalisation et sécurité routière devraient ainsi être au menu des gendarmes.

Le domaine prometteur du renseignement criminel

Dans la Gendarmerie, c’est le service central du renseignement criminel qui suit de plus près les progrès liés à l’intelligence artificielle. Ce service a ainsi recruté des ingénieurs spécialisés dans le traitement des données de masse, les data scientist, pour, explique la capitaine Clara Bader, “développer des outils répondant aux besoins des analystes”. Ces derniers, face à l’abondance des données collectées, ont besoin d’applications pour mieux détecter des phénomènes ou enrichir le renseignement.

Par exemple, ces outils doivent permettre de “réaliser des environnements numériques d’individus” ou de ”croiser des données téléphoniques pour effectuer des recoupements”. “L’identification automatique d’entités (numéro de téléphone, nom et prénom, numéro d’immatriculation, etc.) est également l’un des défis majeurs pouvant permettre de diminuer le temps d’intégration des données qui est effectué pour l’heure de manière manuelle par les analystes”, poursuit cette gendarme adjointe au chef du département Recherches du SCRC. Actuellement, environ 60% du temps des analystes est ainsi consacré à la saisie. Un travail fastidieux et chronophage.

Lire aussi sur L’Essor : Les quatre pistes de l’Anacrim du futur

L’acceptation du commandement

La plateforme web d'analyse prédictive testée par la Gendarmerie (Crédit photo: GT/L'Essor).
La plateforme web d’analyse prédictive testée par la Gendarmerie (Crédit photo: GT/L’Essor).

L’utilisation de l’intelligence artificielle devra cependant être acceptée pour être efficace. Les questions du risques pour l’emploi ou la perte d’un leadership humain au profit d’une machine sans âme ne peuvent pas être éludés. La Gendarmerie s’y prépare déjà visiblement. Le comité de prospective du centre des hautes études du ministère de l’Intérieur (CHEMI) a ainsi commandé, au début de l’année 2018, une étude pour faire le point sur les “coefficients d’acceptabilité et de résilience des acteurs de la sécurité intérieure en matière de cartographie prédictive du phénomène criminel”.

Ce travail a été suivi d’un sondage auprès des officiers de Gendarmerie et des commissaires de Police en formation. Ils ont été interrogés sur leur perception vis à vis de l’analyse décisionnelle. Enfin, un appel à projet devrait suivre sur l’encadrement des risques techniques et juridiques des activités de police prédictive et de secours prédictif. Des travaux indispensables pour mesurer le réel impact de la technologie et ses limites.

Gabriel Thierry.

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