mardi 2 juin 2020
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Bérénice Tabourel en mission à Paris (Crédit photo: Gendarmerie nationale).
Bérénice Tabourel en mission à Paris (Crédit photo: Gendarmerie nationale).

Comment cette jeune femme s’est fait une place dans l’univers très masculin de la gendarmerie mobile

Quand Bérénice Tabourel, une jeune femme de 24 ans, intègre à sa sortie d’école en avril 2017 l’escadron de gendarmerie mobile 28/1 de Drancy, cela fait seulement deux ans que les femmes ont réussi à mettre un pied dans la gendarmerie mobile.

Bérénice Tabourel, une jeune femme qui a intégré la gendarmerie mobile (Crédit photo: Sylvain Auffret).
Bérénice Tabourel (Crédit photo: Sylvain Auffret).

La jeune femme a confié à L’Essor son retour d’expérience sur ces deux années riches chez les “moblots”. Un témoignage précieux, à quelques jours de la journée internationale des droits des femmes, pour toutes celles qui réfléchissent à s’engager dans la gendarmerie mobile, une subdivision d’arme restée longtemps un bastion masculin.

“En intégrant un milieu aussi masculin, je savais que je serai attendue au tournant, explique la jeune femme de 24 ans. Pour moi c’était un challenge.”

Quand Bérénice Tabourel arrive à Drancy, elles ne sont en effet que deux femmes pour une centaine de collègues masculins. “On se sentait regardées, on attendait de nous plus que des hommes, rapporte-t-elle aujourd’hui. Surtout en sport, il fallait être au même niveau, faire le même nombre de pompes, de tractions. Mais j’ai toujours été très sportive, cela s’est très bien passé.” Le plus difficile ? “J’ai toujours eu mon franc-parler. Là, il fallait se faire tout petit, c’était compliqué. Il fallait se retenir de répondre à des réflexions sur une de mes collègues. Il y avait des critiques sur le fait qu’elle était moins sportive.”

“Nous avons pu faire nos preuves”

La jeune femme, attirée par cet univers synonyme de voyages, s’envole tout d’abord pour trois mois en Guyane. Les marches de plusieurs heures dans la jungle avec un équipement lourd mettent tout le monde d’accord. “Nous avons pu faire nos preuves”, commente sobrement Bérénice Tabourel. Une troisième femme rejoint l’escadron de gendarmerie mobile, puis encore deux autres à leur retour.

Les gendarmes mobiles rejoignent ensuite l’opération d’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. L’occasion, au contact d’autres escadrons, de faire de l’évangélisation sur la présence des femmes en mobile. “Il y a eu des discussions avec d’autres unités qui attendaient des femmes. Certains n’en voulaient pas: ils demandaient à mes collègues comment les choses se déroulaient.” Les collègues de la jeune gendarme rassurent alors leurs camarades.

L’escadron est ensuite affecté à des missions de transfèrement judiciaire de détenus. Puis, comme les autres unités, le 28/1 est plongé dans le chaudron des Gilets jaunes. L’escadron est mobilisé pour l’épisode très mouvementé du 1er décembre autour de l’Arc-de-Triomphe. La gendarme mobile constate alors que les émeutiers ne font pas de distinction de genre. “Nous étions insultées comme les hommes”, remarque-t-elle.

Lire aussi: Qui est la gendarme mobile devenue la Marianne des réseaux sociaux?

“Des garçons ont changé d’avis”

En interne, Bérénice Tabourel estime également ne pas avoir bénéficié d’un traitement de faveur de la part de sa hiérarchie. “Certains hommes disent que c’était le cas, nuance-t-elle toutefois. Mais les mois passent et les mentalités vont évoluer. “Des garçons, au départ contre la présence de femmes en mobile, ont finalement changé d’avis”, note Bérénice Tabourel.

Ce qui n’était pas gagné au départ. La jeune femme doit en effet affronter les préjugés. “J’étais vue comme une petite princesse car j’avais participé à des concours de Miss plus jeune.” Une information facilement accessible via les réseaux sociaux et le moteur de recherche Google. Mais la jeune femme fera mentir les clichés. “Des gradés ont finalement avoué eux-mêmes que j’étais loin d’être superficielle”, indique-t-elle.

Impératifs de service

Bérénice Tabourel a gagné sa place à force de ténacité. Pourtant, après un déplacement à Tahiti, sa plus belle expérience, elle choisit de prendre un congé sans solde. Elle prépare actuellement un diplôme d’éducatrice sportive. “Je n’ai pas arrêté parce que c’était trop dur, précise-t-elle. Mais à cause des impératifs de service: je n’avais plus de temps.” Week-ends qui sautent, éloignement de sa Normandie et de ses proches… La jeune femme décide de changer de voie et de quitter la gendarmerie mobile.

“Quand j’ai annoncé mon futur départ, certains m’ont dit que c’était du gâchis, que j’allais le regretter, après tous ces efforts d’intégration, rapporte-t-elle. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas. On verra par la suite. Et puis je peux toujours revenir.” Mobile un jour, mobile toujours?

Sylvain Auffret

Un commentaire

  1. maurice

    Bon courage a elle et toutes ses sœurs d’armes , ce n est pas un métier facile , mais tellement beau , plein d’ouvertures , d’horizons de connaissance pour moi qui l’est fait pendant 33 ans je suis fier d’avoir fait ce métier pour moi le plus beau , bonne chance a toutes

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