mardi 20 avril 2021
Accueil / A la Une / Comment Cécile Vincent, ex-officière de Gendarmerie, s’est reconvertie dans la maroquinerie punk végane

Comment Cécile Vincent, ex-officière de Gendarmerie, s’est reconvertie dans la maroquinerie punk végane

Officière de Gendarmerie depuis 2007, Cécile Vincent a choisi à l’été 2020 de se mettre en disponibilité pour lancer “Senza”, son entreprise de maroquinerie végane. Du sabre d’officier à l’aiguille de couture, L’Essor l’a rencontré dans son atelier en Normandie. Portrait.

Cécile Vincent, officière de Gendarmerie en disponibilité, a créé son entreprise de maroquinerie végane dans le Calvados, en Normandie. (Photo: LP/L'Essor)
Cécile Vincent, officière de Gendarmerie en disponibilité, a créé son entreprise de maroquinerie végane dans le Calvados, en Normandie. (Photo: LP/L’Essor)

C’est plutôt rare: le hobby de cette gendarme est devenu son métier. Au début, il s’agissait essentiellement d’une occupation en parallèle de la Gendarmerie. “Je faisais un peu de couture pour moi et mes proches. C’était l’occasion de laisser s’exprimer ma créativité à travers le dessin, les tissus…” Ses inspirations sont multiples: punk, rock, gothique, rebelle ou encore witchy, un style lié à l’univers de la sorcellerie. “C’est un peu moi, lance Cécile Vincent, le sourire aux lèvres et quelques reflets roses dans ses cheveux coupés courts. J’aime beaucoup les choses décalées. C’est comme ça que j’ai toujours été, bien qu’étant gendarme, où je respectais les codes de l’Institution sans problème.”

Le déclic végan

À la même époque, elle devient végétarienne. Un déclic qui va impacter sa passion dont certains attraits sont contraires à ses convictions. “Je ne me voyais pas travailler du cuir.” Elle entame alors des recherches sur des matières alternatives. “Bien sûr, il y a le simili cuir. Mais ça n’est pas très qualitatif et surtout, c’est un dérivé du pétrole.” Un choix donc impensable pour celle qui est également engagée pour l’environnement. “J’ai ensuite découvert qu’il existait des matières naturelles, faites à base de fibres végétales issues de feuilles d’ananas, de cactus, voire de café et même de pommes.” De bonne augure dans une région dont c’est la spécialité!

Cécile Vincent, officière de Gendarmerie en disponibilité, a créé son entreprise de maroquinerie végane dans le Calvados, en Normandie. (Photo: LP/L'Essor)
Cécile Vincent, officière de Gendarmerie en disponibilité, a créé son entreprise de maroquinerie végane dans le Calvados, en Normandie. (Photo: LP/L’Essor)

La première carrière de Cécile Vincent avait débuté en 2005. Elle rejoint alors l’École des officiers de la Gendarmerie nationale (EOGN) après six années de droit à Aix-en-Provence, d’où elle est originaire. Titulaire d’un diplôme d’études spécialisées en lutte contre les délinquances et les déviances, elle ressort de l’EOGN deux ans plus tard, et prend son premier commandement dans une communauté de brigades des Ardennes. Trois ans plus tard, la lieutenante arrive dans la Meuse où elle devient officier adjoint renseignement. Après cinq années à ce poste, changement de région pour l’officière qui prend la tête de la compagnie de La Rochelle. Devenue cheffe d’escadron, elle rejoint ensuite la Normandie, avec son mari, également officier de Gendarmerie. C’est là qu’émerge l’idée de se lancer dans la couture.

Mise en disponibilité

Mais ce n’est qu’il y a environ un an, alors qu’elle rencontre des problèmes de santé, que la cheffe d’escadron songe sérieusement à passer à autre chose. “La Gendarmerie, c’est très bien, mais on voit malheureusement souvent la face la plus sombre de la société.” Elle décide alors d’entamer les démarches de mise en disponibilité pour lancer son entreprise de maroquinerie végane. Une procédure qui passe à la fois par la réalisation d’un dossier, mais également –s’agissant de la création d’entreprise– par une validation en commission de déontologie de la Gendarmerie. Objectif, vérifier notamment si l’activité dans laquelle veut se lancer le demandeur ne risque pas de porter préjudice à l’Institution et ne découle pas directement des activités qu’il a pu exercer. “J’étais plutôt confiante. Mon activité n’a en effet pas grand chose à voir avec la Gendarmerie!”

Une dizaine de mois plus tard, la nouvelle arrive. Accord obtenu, tant pour la création d’entreprise que pour la mise en disponibilité. Un statut qui prend effet dès le mois d’août 2020, et qui court sur cinq ans, renouvelables une fois. “A l’issue des dix ans, il faut faire un choix. Soit on revient, soit on quitte définitivement la Gendarmerie.”

Elle se lance donc officiellement et à temps plein dans la conception de produits de maroquinerie végane. “Pour le moment des sacs et des pochettes.” Des produits faits main, réalisés en séries limitées et numérotés. Mais l’ex-gendarme désormais artisane, qui travaille entourée de ces deux fidèles chihuahuas, n’exclut pas non plus d’élargir sa gamme avec des colliers pour chiens. Côté business, elle envisage aussi de passer à une production un peu plus conséquente.

Exemples de sacs végans créés par Cécile Vincent dans son atelier de maroquinerie implanté à Bayeux, en Normandie. (Photo: LP/L'Essor)
Exemples de sacs végans créés par Cécile Vincent dans son atelier de maroquinerie implanté à Bayeux, en Normandie. (Photo: LP/L’Essor)

Lire aussi: Reconversion: les règles du jeu ont changé

Le respect comme valeur phare

Pour le moment, l’essentiel de sa clientèle provient du bouche-à-oreille et des réseaux sociaux. Senza, le nom de son entreprise, est déjà présente sur Facebook, YouTube et même Pinterest. Mais c’est surtout sur Instagram qu’elle s’exprime le plus. Avec des clientes locales, mais également du sud de la France et même du Luxembourg, elle a réalisé des premières semaines “très satisfaisantes”. Elle fait en outre partie d’un mouvement sur la mode éthique et végane “qui garantit une production respectueuse des animaux, de la planète et des êtres humains”.

C’est donc un profond désir de respect qui anime l’officière. Cécile Vincent est d’ailleurs engagée pour celui des femmes. Lorsqu’elle était encore en activité dans l’Arme, elle faisait ainsi partie du conseil d’administration de l’association des Femmes de l’Intérieur. Un engagement que l’on retrouve encore aujourd’hui sur les murs de son atelier, installé à Bayeux, dans le Calvados. Au-dessus de son bureau, figure ainsi une reproduction de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée en septembre 1791 par l’écrivaine Olympe de Gouges.

Loïc Picard

Crowdfunding campaign banner

3 Commentaires

  1. Gordon

    Ex OFFICIER pas OFFICIERE. Cette écriture inclusive est stupide. Merci

    • LIENARD

      Tout à fait d’accord avec vous…

    • Bernard-Marie CHANTREAULT des GUILDARES

      Et pourquoi pas ” officier” de gendarmerie, même pour une femme?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.