jeudi 29 octobre 2020
Accueil / A la Une / Attentats de janvier 2015: la gendarme compagne d’un proche d’Amédy Coulibaly à la barre
La déclassification de ces documents permettra aux juges de poursuivre les inverstigations.
Le palais de justice de Paris (Crédit photo: GT/L'Essor).

Attentats de janvier 2015: la gendarme compagne d’un proche d’Amédy Coulibaly à la barre

Son amourette avec un proche d’Amédy Coulibaly, l’un des auteurs des attentats de janvier 2015, a conduit à son renvoi de la Gendarmerie. Mercredi 7 octobre, au procès des attentats devant la cour d’assises spéciale de Paris, Emmanuelle C. est revenue sur cette histoire qui lui a coûté cher.

Âgée de 40 ans, cette mère de trois enfants, est aujourd’hui sans emploi. Il y a cinq ans, la Gendarmerie a radié des cadres cette adjudante, après avoir découvert sa relation avec Amar Ramdani, suspecté d’être l’un des convoyeurs des armes achetées par Amédy Coulibaly auprès du lillois Claude Hermant. Son amant assure lui que ses voyages dans le nord était consacrés uniquement à du trafic de stupéfiants. 

Deux ans plus tôt, en 2013, la militaire, formatrice au fort de Rosny-sous-Bois, dans l’Arme depuis 2001, rencontre Amar Ramdani. Un “bel homme”. “J’étais célibataire depuis un bon moment, c’était quelqu’un de très drôle, quelqu’un sur qui je pouvais compter si j’avais un problème”, explique cette bretonne à la barre. 

Lire aussi: Révocation d’une gendarme, compagne d’un proche d’Amédy Coulibaly

“Je l’aurai su, je ne l’aurai pas fréquenté”

Si Emmanuelle est entendue seulement en tant que témoin, les magistrats et les parties civiles veulent bien comprendre son rôle dans cette affaire. Est-elle juste une femme qui s’est affranchie, par amour, des règles internes ? Comment la gendarme s’est-elle retrouvée aussi proche d’Amédy Coulibaly?

“Est-ce que le fait (qu’Amar Ramdani) a été un délinquant pose problème?”, l’interroge ainsi la cour d’assises spéciale.

“Je n’avais jamais fréquenté des personnes qui avaient des antécédents judiciaires. Pour moi, cela fait partie de mon métier de m’éloigner des personnes qui ont des problèmes avec la justice.”

L’ancien codétenu d’Amédy Coulibaly à Villepinte a justement un casier particulièrement chargé. Il a ainsi écopé d’une peine de sept ans de prison pour le braquage d’une bijouterie. Mais la gendarme l’apprend trop tard, quelques semaines après le début de leur relation. “Je l’aurai su, je ne l’aurai pas fréquenté, se souvient-elle. Je ne me suis pas méfiée, un ancien collègue me l’avait présenté. D’ailleurs, je me suis souviens, je lui ai demandé: c’est quoi le hic, il est trop parfait?” Bien des années plus tard, elle estime que cet homme à femmes a “souvent” profité de son pouvoir de séduction. “C’est tout ce que je peux lui reprocher”, ajoute-t-elle.

Ligne jaune franchie par la gendarme amoureuse du proche d’Amédy Coulibaly

L’amourette de la gendarme va pourtant la conduire à franchir la ligne jaune à plusieurs reprises. Elle consulte illégalement des fichiers de police, le traitement des antécédents judiciaires et le fichier des personnes recherchées. “Je suis une femme et une gendarme, j’ai la double casquette de la curiosité”, explique-t-elle. Et une fois le permis de conduire, à la demande de son amant, dit-elle, pour vérifier son compte de points. Mais la militaire ne s’étonnera pas des différentes lignes téléphoniques de son amant – trois selon elle, 19 selon les enquêteurs, la différence s’expliquant par des appels en mode masqué.

La cour du fort de Rosny (Photo/(MG/L’Essor).

Elle tente enfin de faire parvenir un courrier caché dans une chaussure à son amant détenu. 

“Cela ne fait pas très gendarme”, remarque un assesseur.

“Excusez-moi de rester un être humain, une femme avec des émotions. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. J’étais dans un film de Spielberg.”

Le 10 janvier 2015, Amar Ramdani lui demande s’il doit se rendre à la police. La jeune femme le questionne: a-t-il participé à quoi que ce soit? Son amant répond par la négative. Elle lui conseille alors de ne pas aller voir les autorités, puisqu’il n’a rien à se reprocher. “J’aurais dû lui dire d’aller voir l’a police, confesse-t-elle. La seule chose que je peux vous dire à 100%, c’est qu’Amar Ramdani était sous le choc” quand il a appris l’implication d’Amédy Coulibaly dans les attentats. La gendarme sera suspendue début février avant sa révocation, huit mois plus tard.

Crowdfunding campaign banner

3 Commentaires

  1. Niout

    Autrefois… Oh il n’y a pas cinquante ans non plus, lorsqu’on voulait se marier, on devait déclarer l’identité de la personne qui allait partager sa vie et de sa famille…. rien que çà.!
    En toute discrétion mais avec le sérieux inhérent aux responsabilités professionnelles à venir pour le futur époux, l’enquête était menée scrupuleusement. Suivant les résultats des vérifications la compagne était alors autorisée ou exclue à vivre en caserne et le gendarme était avisé du résultat de la décision.
    Aujourd’hui, ces dispositions semblent moins systématiques et même oubliées….!
    Alors il ne faut s’étonner de ce genre de situation catastrophique qui entache limage de l’Institution, surtout que les candidats gendarmes ne sont plus empreints de la rigueur qu’apportée la formation militaire de base. Mais c’est une autre génération et les valeurs n’ont plus la même importance

  2. DRAILLET

    Effectivement on lâche sur tout, la tenue ,la rigueur, la formation militaire de base (en gros un petit vernis) et même l’enquête de moralité du futur conjoint si j’en crois cette douloureuse affaire .Que va devenir notre pauvre GENDARMERIE dont je suis si fier

  3. MAILLOT

    Je suis retraitée militaire. Dans les années 1965, je voulais me marier. Pour cela, il fallait l’autorisation de l’ armée. Une enquête a été faite. Mon chef de corps m’a informée de résultat de l’enquête. Elle n’était pas défavorable pour que je contracte ce mariage, cependant, il y avait une petite réserve, signalant que mon fiancé était instable. J’ai maintenu mon mariage, heureusement pour moi, quelque temps avant la cérémonie, il n’était plus sûr de vouloir sûr de vouloir ce marier. Bien à contre cœur, nous avons rompu notre projet.
    Bien que douloureuse, je ne regrette pas cette décision.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.