vendredi 2 octobre 2020
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L'Assemblée nationale (Photo d'illustration L'Essor).

Attentats de 2015 : remise mardi du rapport de la commission d’enquête parlementaire

Quelque 190 entretiens, 200 heures d’auditions, de multiples déplacements dans Paris et hors de France : après six mois de travaux, la commission d’enquête parlementaire sur l’action de l’Etat face aux attentats de janvier et novembre 2015 rend mardi son rapport, dont les conclusions sont très attendues.

Quatre ministres, ceux de la Justice (Jean-Jacques Urvoas), de l’Intérieur (Bernard Cazeneuve), de la Défense (Jean-Yves Le Drian) et de l’Aide aux victimes (Juliette Méadel) ont été entendus. Les directeurs de tous les services de renseignement ont été questionnés par les trente députés de la commission. Tout comme le préfet de police de Paris, Michel Cadot, et le procureur de Paris, François Molins. Une soixantaine d’auditions ont eu lieu, dont une partie à huis clos.  Renseignement, justice, forces de sécurité… les services impliqués dans ces attaques, qui ont fait au total 147 morts et 516 blessés, se sont expliqués sur leur action. Et leurs ratés.

Devant la commission, les avocats des victimes ont qualifié le travail de l’antiterrorisme français de “bricolage”. Frappé de “dysfonctionnements”, celui-ci souffre d’un manque de coopération criant, ont-ils affirmé. Notamment au sein des service des renseignement, selon certains observateurs. “Les personnes impliquées dans les attentats du 13 novembre sont les mêmes que celles de l’affaire (Mohamed) Merah”, qui avait tué sept personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012, a dénoncé Me Samia Maktouf. Sans toutefois que la menace ait été perçue.

Des défaillances

“Alors que nous réagissons parfois dans des séquences très scindées, séparées, les jihadistes, eux, ont le sens du message, du temps long”, a commenté son confrère, Me Patrick Klugman. “Fabien Clain, qui a revendiqué l’attentat du Bataclan, est lié organiquement à Mohamed Merah; son beau-frère, Sabri Essid, est apparu dans des vidéos diffusées en France, assistant à une décapitation commise par un enfant qui semble être son fils, a-t-il expliqué. Visiblement, quelque chose n’a pas été compris.”

La répartition des compétences entre le GIGN et le Raid 

Les députés se sont aussi intéressés aux unités d’intervention, dont la répartition des compétences fait question. Le GIGN, groupement d’intervention de la gendarmerie nationale, a-t-il été laissé de côté alors que ses hommes étaient postés à proximité du Bataclan le 13 novembre au soir pour des questions de compétence territoriale, Paris et les zones urbaines étant du ressort de la police et donc de la BRI et du Raid?

Ce même Raid a-t-il failli lors de l’assaut de Saint-Denis le 18 novembre, durant lequel le Belge Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats, a été tué? Quelque 1.200 balles avaient été tirées par ses hommes, quand un seul pistolet a été retrouvé côté jihadistes. Et quid de la cavale de Salah Abdeslam, autre homme-clé des attentats du 13 novembre alors qu’il avait été contrôlé par la gendarmerie française et laissé libre alors qu’il rentrait en Belgique le lendemain des attaques?

“Le parcours de Coulibaly démontre des carences”

Les manquements du renseignement pénitentiaire ont aussi été soulignés. Amédy Coulibaly, tué le 9 janvier 2015 durant une prise d’otage sanglante dans une supérette casher, était connu pour ses sympathies jihadistes. Il est pourtant resté sans surveillance à sa sortie de prison, a regretté le rapporteur de la commission, le député PS Sébastien Pietrasanta. “Le parcours de Coulibaly démontre des carences de notre part. Il nous faudra y remédier”, lui a sobrement répondu le garde des Sceaux. Les victimes ont vertement critiqué leur prise en charge devant les parlementaires.  “Cafouillages” pour les uns, “atroce impréparation” pour les autres, délais “inadmissibles”…

“Nous ne sommes ni des procureurs, ni des juges, nous n’accusons, ni ne jugeons”, avait précisé lors de l’ouverture de la commission d’enquête son président, le député LR Georges Fenech. “L’objectif est d’établir la vérité et d’en tirer des propositions pour que le gouvernement prenne les dispositions qui s’imposent”, avait-il poursuivi.

Une précédente commission avait produit en juin 2015 un rapport sur les filières jihadistes. Sa principale recommandation, la création d’un registre européen des passagers aériens, a finalement été adoptée par Bruxelles le 14 avril, soit dix mois plus tard. Entretemps, le même groupe jihadiste avait frappé la capitale belge, tuant 32 personnes.

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