mercredi 25 novembre 2020
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Palais de justice
Illustration (MG/L'Essor).

Affaire Traoré: les avocats d’un des gendarmes mis en cause ripostent

Les avocats d’un des trois gendarmes mis en cause dans l’affaire Adama Traoré ripostent. Ils viennent de rappeler leur vision de l’état du dossier, toujours à l’instruction.

Une fresque de Eme Street Art en hommage à George Floyd, à Berlin.
Une fresque de Eme Street Art en hommage à George Floyd, à Berlin.

Cette prise de position attendue par les militaires intervient après une séquence très intense. Dans la foulée de la manifestation organisée le 2 juin contre les violences policières, la famille d’Adama Traoré, décédé en 2016 après son interpellation par des gendarmes dans le Val d’Oise, s’est faite beaucoup entendre. “Mon frère ne pouvait plus respirer, comme George Floyd”, ainsi déclaré l’une des soeurs d’Adama. “Mon frère est mort asphyxié suite au contrôle des gendarmes, il a porté le poids de trois gendarmes sur lui, il a porté 250 kgs sur son corps”, a précisé Assa Traoré, porte-parole de la famille.

Autant d’affirmations qui ont fait réagir les avocats d’un des trois gendarmes mis en cause dans cette affaire. Dans ce dossier à l’instruction, les trois militaires sont sous le statut de témoin assisté pour non assistance à personne en danger. En clair, les trois juges d’instruction, indépendants, ne considèrent pas qu’il y a suffisamment d’éléments pour les poursuivre et les mettre en examen.

Lire aussi: Adama Traoré et George Floyd, deux affaires bien différentes

Quête légitime de la vérité, pas d’une vérité préétablie

Illustration (SD/L’Essor).

“La quête de la vérité est plus que légitime”, écrivent Me Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. Mais, ajoutent-ils, “la quête d’une vérité préétablie ne l’est pas”. “Depuis quatre ans, la famille d’Adama Traoré a fixé le postulat selon lequel les gendarmes étaient responsables de la mort de cet homme. La vérité judiciaire ne les intéresse pas. Les moyens pour parvenir à faire partager ce mensonge sont sans limites. Jusqu’à lyncher sur les réseaux sociaux les acteurs judiciaires, qu’ils soient enquêteurs, juges, experts ou encore avocats.”

Dans un communiqué précis, les deux avocats retracent les dernières heures d’Adama Traoré. Alors qu’un équipage tente d’interpeller son frère, ce 19 juillet 2016, le jeune homme s’enfuit à vélo. Puis il court, avant d’être rattrapé par un gendarme. “Des témoins déclarent que les deux hommes étaient en effort intense, sous une extrême chaleur”, notent les avocats.

Adama Traoré parvient à s’enfuir de nouveau et trouve refuge dans un appartement. Le témoignage de l’occupant de cet appartement est capital. “Les parties civiles n’acceptent pas les déclarations puisqu’il affirme qu’il n’a jamais vu Adama Traoré dans un état pareil, assis devant sa porte et essoufflé”, indiquent les deux avocats. Ce témoin clé doit d’ailleurs être prochainement entendu par les juges.

“Aucun placage ventral”

Le jeune homme s’enroule dans un drap pour se cacher. Trois gendarmes –d’un second équipage– arrivent sur place pour interpeller le jeune homme. “Aucun plaquage ventral n’a jamais été pratiqué sur Adama Traoré, poursuivent les deux avocats. A aucun moment les trois gendarmes n’ont fait peser le poids de leurs corps.”

Les militaires au contraire précisent avoir maîtrisé les jambes par un enroulement pour l’un. Le second s’est emparé des bras. Enfin, le troisième “a procédé au menottage par la technique dite du contrôle dorsal costal”. “L’essoufflement d’Adama Traoré n’a pas alerté les gendarmes dès lors qu’une course poursuite pédestre venait de se dérouler, suivie d’une interpellation lors de laquelle il se débattait, poursuivent les deux avocats. Il ne s’agissait que de la traduction d’un effort”. Arrivés à la gendarmerie de Persan, les militaires placeront le jeune homme en position latérale de sécurité. Il présente en effet des signes de faiblesse avant de décéder.

Depuis, la bataille judiciaire se joue sur le terrain des expertises. Par un curieux retournement des choses, la famille de la victime juge que les dix expertises médicales judiciaires ne sont pas indépendantes. Au contraire des deux rapport médicaux qu’elle a commandé. Pourtant produits par des experts qui n’ont pas été requis par les juges d’instruction.

Stress aigu d’Adama Traoré

“L’expertise médicale de synthèse du 14 août 2019 fait état de ce que le pronostic vital d’Adama Traoré était déjà engagé au moment de son arrivée au domicile du témoin chez lequel il sera interpellé”, écrivent les deux avocats. Bien avant, donc, un éventuel plaquage ventral. “Un œdème cardiogénique a été retenu dans la seconde expertise médicale de synthèse avec association de facteurs dont la sarcoïdose, la cardiopathie hypertrophique, le trait drépanocytaire, un effort intense et physique dans un contexte de stress aigu, avec une concentration élevée de THC”, la substance active du cannabis, poursuivent les avocats.

Et les deux juristes de pointer les faiblesses des deux avis médicaux commandés par la famille Traoré. Le premier, expliquent-ils, s’appuie sur l’existence “d’une fracture de côte postérieure qui aurait témoigné d’une compression disproportionnée par les forces de l’ordre”. Or, selon les avocats, cette fracture fait suite au massage cardiaque mené dans la gendarmerie de Persan.

Quant au second avis, les avocats s’interrogent sur la rapidité de sa production. “Un week-end de Pentecôte, un médecin non spécialiste de médecine légale a donc accepté, en urgence, de s’exprimer sur une affaire aussi grave, pour laquelle les experts judiciaires avaient travaillé pendant de longs mois avant de rendre des rapports circonstanciés et incontestables sur le terrain scientifique… et cela en à peine 72 heures.” Aux juges d’instruction de trancher désormais.

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Un commentaire

  1. niout

    Nos collègues gendarmes ont agi légalement dans le cadre de la Loi comme ils le font toujours.
    Nos dirigeants doivent leur garder toute confiance et les garantir de leur soutien… Normalement…!
    Moi je n’ai aucun doute sur leur farouche volonté de respect des personnes. Je leur apporte tout mon soutien et leur garde ma plus haute estime.
    En restant objectif réaliste et juste, sans vouloir stigmatiser cette fratrie il faut reconnaître devant les antécédents judiciaires (usage de drogues….entr’ autre…) et médicaux révélés, ce contrevenant cumulait déjà bien les facteurs de risque avérés pour un problème de santé majeur.
    Avec ses co-morbidités avérés par des expertises judiciaires et médicalement reconnues, sa conduite déraisonner et ses efforts déployés pour s’enfuir ont évidemment augmenté son fatal risque mortel.
    Bien sûr ceci n’excuse pas son décès mais le justifie très logiquement.
    Après, il est facile à tout un chacun de toujours contester dénigrer nier l’évidence en mentant. Il est aisé en justifiant malhonnêtement ou en excusant sans honte les pires travers de tenter de faire valoir une contre vérité en discréditant tout élément flagrant révélant un vérité incontestable.
    Est ce par acte d’amour, par intérêt, pour le souvenir et la reconnaissance publique??
    On recherche juste peut être, le retour d’une marginale célébrité perdue….!!
    La Justice éclairera par tous les moyens légaux, l’évidente vérité de cette triste affaire par laquelle certains voudraient salir et humilier les fidèles serviteurs de la République .

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