lundi 26 octobre 2020
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Le patron des gendarmes, Christian Rodriguez, aux voeux du ministre de l'Intérieur aux gendarmes (Crédit photo: M.GUYOT/ESSOR)
Le patron des gendarmes, Christian Rodriguez, aux voeux du ministre de l'Intérieur aux gendarmes (Crédit photo: M.GUYOT/ESSOR)

Affaire Traoré: la partie civile cible le directeur général 

Le directeur général de la Gendarmerie Christian Rodriguez a-t-il eu la plume trop légère? Il avait défendu ses troupes dans un texte publié au lendemain de la manifestation organisée à Paris par les proches d’Adama Traoré contre les violences policières. La partie civile de cette affaire cible désormais le patron de l’Arme.

La famille de ce jeune homme a en effet aussitôt demandé le dessaisissement de l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale, chargée de l’enquête. Adama Traoré est mort en 2016 à la suite de son interpellation par des gendarmes du Val d’Oise. L’enquête est toujours en cours. Selon Le Parisien, la famille d’Adama Traoré estime que le directeur de la Gendarmerie fait pression sur les enquêteurs de l’inspection générale en affirmant son soutien et sa confiance à tous les gendarmes, y compris donc ceux mis en cause dans cette affaire. “En exerçant des pressions sur une enquête judiciaire en cours, le directeur général bafoue la constitution française et le principe de la séparation des pouvoirs”, précise au quotidien Me Yassine Bouzrou.

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Une question fréquente

Ce type de demande est pourtant somme toute assez classique. Notamment dans les affaires mettant en cause des policiers et des gendarmes. “C’est une question qui est à chaque fois posée, relève l’ancien juge d’instruction Christophe Ingrain. Le service saisi aura-t-il bien l’indépendance et l’objectivité nécessaire pour mener l’enquête?” Ce juriste est désormais avocat associé au cabinet Darrois. Il rappelle que la plupart des dessaisissements s’expliquent par un problème de confiance ou de déloyauté. “La limite de ce type de demande, c’est de considérer que les magistrats suivent aveuglément leur service d’enquête, poursuit-il. Or l’enquête judiciaire se déroule sous la direction des magistrats. Il faudrait donc démontrer, pour cet exemple, que le chef de l’inspection générale est intervenu directement dans le déroulement de l’enquête et a donné des instructions aux officiers de police judiciaire.”

Hasard du calendrier, Christian Rodriguez s’est exprimé sur ce sujet pas plus tard que ce jeudi 4 juin. Interrogé à l’Assemblée nationale, il a indiqué que s’il avait “le moindre doute sur l’indépendance des enquêtes, [il] ne resterait pas sans rien faire”. “Après, si on constate que des enquêteurs n’ont pas travaillé en indépendance sur des gendarmes, je n’aurai aucun état d’âme pour les sanctionner”, poursuivait le patron de l’Arme. Mais, ajoutait-il, “jusqu’à présent cela n’est pas arrivé”.

À défaut d’avoir de grandes chances de validation par les magistrats instructeurs, la demande de la partie civile va surtout donner faire grincer des dents dans la Gendarmerie. D’une part, parce que selon les informations du Parisien, au ministère de l’Intérieur on juge “maladroite” la lettre du patron de l’Arme. D’autre part,  selon l’AFP, le chef de l’Etat lui-même a demandé à la garde des Sceaux de se pencher sur l’affaire Traoré. Une forme de pression qui devrait faire voir rouge les juges d’instruction.

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