jeudi , 17 juin 2021

Paris, le 12 avril 2021, des gendarmes patrouillent devant un graffiti avec le slogan "Sans justice, pas de paix", du comité Adama. (M.GUYOT/ESSOR)
Paris, le 12 avril 2021, des gendarmes patrouillent devant un graffiti avec le slogan "Sans justice, pas de paix", du comité Adama. (M.GUYOT/ESSOR)

Affaire Adama Traoré: “Nous ne pouvons laisser personne nous salir”

Après cinq ans d’attaques incessantes relayées par les médias et sur les réseaux sociaux, les gendarmes qui ont arrêté Adama Traoré sont “las mais déterminés”. Pour leurs avocats, le débat médiatique pollue le dossier judiciaire et empêche qu’un non-lieu soit prononcé.

“Cela fait bientôt cinq ans maintenant. C’est long pour les parties civiles, ça l’est encore plus pour nous“. La lassitude est palpable dans les propos de l’un des trois gendarmes du Psig de l’Isle-Adam (Val-d’Oise). Ce sont eux qui ont interpellé Adama Traoré, le 16 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise.

Depuis, l’intensité de la campagne médiatique menée par la famille du jeune homme décédé n’a pas faibli. “Nous avons dû faire face à de nombreuses attaques. Largement relayées par les médias“, regrette le gendarme. Lequel rappelle que “les parties civiles citent régulièrement nos noms, pour nous nuire, parfois même sur des plateaux de télévision”.

“Enorme pression” des proches d’Adama Traoré sur la justice et sur la Gendarmerie

Avocat des deux autres gendarmes du Psig, Rodolphe Bosselut ne dit pas autre chose. “Il y a une énorme pression médiatique exercée par Assa Traoré et les gens autour d’elle sur l’institution judiciaire et sur la Gendarmerie“. La raison de cette pression est probablement à chercher du côté de la communication initiale très maladroite du procureur de Pontoise. Ainsi, la famille a dénoncé le délai pour lui annoncer le décès. “Alors que les gendarmes étaient disposés à l’annoncer dès la première minute, ce délai a constitué le terreau de certaines thèses complotistes“, regrette Me Bosselut.

Il rappelle que, “dans un premier temps, il était précisé qu’Adama Traoré avait été battu dans la cour de la Gendarmerie, et que d’aucuns auraient sauté à pieds joints sur sa tête. On est dans quelque chose de totalement irrationnel”. Ainsi, les parties civiles “n’ont pas hésité à profiter de la mort de George Floyd, et certains médias ont joué leur jeu, associant à tort les deux affaires“.

Un dossier vide

C’est sans doute la chose la plus pénible que nous ayons eu à vivre”, regrette le gendarme mis en cause. “Médiatiquement, quand les gens parlent du dossier, ce n’est pas celui que nous avons sous les yeux“, abonde Me Bosselut. Alors, si le dossier est vide, pourquoi la justice ne leur donne-t-elle pas raison?

“Il y a un pourrissement obtenu par une exploitation médiatique”, analyse Me Pascal Rouiller, avocat, avec Me Sandra Chirac-Kollarik, de l’un des trois gendarmes mis en cause, “parce qu’il n’y a pas de décision, alors que les juges disposent de tous les éléments pour trancher”.

Lire aussi: Affaire Traoré: mis en cause, trois gendarmes ripostent

En clair, les juges qui se sont succédé dans cette instruction hésiteraient à la clore. Par peur des accusations de partialité proférées par les parties civiles. Deux des trois juges d’instruction chargés de l’affaire depuis 2016 ont obtenu une mutation. Le troisième a demandé a être déchargé de l’affaire. Remplacés en septembre 2020 par trois nouveaux juges, ces derniers feraient donc droit aux multiples demandes des parties civiles. Ce qui a conduit à une multiplication des expertises médicales.

“En laissant entendre que la justice serait partiale et raciste et que les forces de l’ordre seraient intrinsèquement violentes, on entre dans un débat idéologique qui prend le pas sur le débat judiciaire“, estime Me Bosselut.

“Nous espérons tous un dénouement proche”

Pour illustrer cela, Me Rouiller cite un exemple criant. “Les experts précisent qu’Adama Traoré a la peau noire, ce qui intéresse les constatations médicolégales car, selon la couleur de peau, on ne constate pas les mêmes choses. Le simple fait de l’écrire est pourtant taxé de racisme par la famille Traoré.” En attendant la fin de l’instruction, les gendarmes se trouvent “las mais déterminés“, précise Me Bosselut.

Lire aussi: L’affaire Adama Traoré, un mauvais exemple des violences policières

“Nous tâchons d’être patients, mais nous ne pouvons laisser personne salir nos noms, et nous ne le permettrons jamais“, avertit l’un d’entre eux. “Derrière ces noms, il y a trois gendarmes, leurs épouses, leurs enfants, leurs parents et leurs proches. Nous espérons tous que le dénouement est proche.”

Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoré, n’a pas donné suite aux deux demandes d’entretien de L’Essor, les 9 et 13 mars.

2 comments

  1. Oui, pas facile pour ces militaires et leurs familles de vivre cela depuis 5 longues années, alors qu’ils ne savent pas à quel moment tout cela va se terminer une fois pour toute. Courage ! On sait aussi que dans des périodes difficiles, on peut vite se retrouver seul….. (malheureusement).
    Il faudrait arrêter de tourner autour du pot et trancher une fois pour toute dans le cadre de cette affaire judiciaire. Cette durée excessive renforce la position de la partie adverse….
    Aucun rapport avec cette affaire qui s’est déroulée aux Etats Unis, les forces de l’ordre en France n’agissent absolument pas comme aux USA ; il suffit de regarder des vidéos ici et là sur le net.
    Je soutiens entièrement ces Gendarmes !!!

  2. Ne lâchez rien, les honnêtes gens sont avec vous.

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