jeudi 12 décembre 2019
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Le pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale. Photo d'illustration (Crédit photo: Gendarmerie nationale).

ADN, reconnaissance de la voix: la géométrie variable des preuves de l’affaire Kulik

Les jurés du procès du viol et du meurtre d’Elodie Kulik, retrouvée morte en 2002 en Picardie, se sont penchés sur la délicate question des preuves. Elles sont en effet à géométrie variable dans ce dossier.

Ce mardi 26 novembre, la cour a d’abord entendu un gendarme, le lieutenant-colonel Emmanuel Pham-Hoi. C’est lui qui, alors capitaine, a décidé d’innover en employant la méthode de recherche ADN par parentèle. Cette grosse tête, diplômée de deux bac+5, est un spécialiste en biologie moléculaire.

Désormais chez les experts de l’institut de recherches criminelles de la Gendarmerie (IRCGN), il arrive en 2011 à la section de recherches d’Amiens où, rappelle La Voix du nord, l’enquête est au point mort ″malgré 5.000 prélèvements à travers la Picardie″.

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Coup de génie

A la barre, l’officier est revenu sur coup de génie. ″Sachant que l’ADN d’un individu est constitué de 50 % de patrimoine génétique d’un père et 50 % de patrimoine génétique d’une mère, j’ai demandé au fichier de s’intéresser aux 50 % du père″, rapporte le quotidien régional.

L’histoire qui suit est désormais bien connue. Déjà utilisée en Angleterre et aux Etats-Unis, la technique n’a pas encore été testée en France. Après avoir obtenu l’aval du ministère de la Justice, les gendarmes foncent. Ils identifient enfin un suspect dans leur affaire. Seul problème: Grégory Wiart est mort depuis bien longtemps, en 2003, dans un accident de la route. L’utilisation de l’ADN par parentèle ne sera pas vaine, puisqu’elle permettra aux enquêteurs de remonter à Willy Bardon.

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Reconnaissance vocale

Le seul accusé du procès en cours n’est toutefois pas directement mis en cause par la ″reine des preuves″, le surnom de l’ADN. L’accusation contre Willy Bardon repose en partie sur un élément très friable, l’enregistrement de l’appel téléphonique d’Elodie Kulik aux pompiers. Il dure 26 secondes, et, comme l’a rappelé le major Louis C., ancien directeur d’enquête, l’appel est “glaçant”. Alors que la jeune femme appelle au secours, on entend deux ou trois voix d’hommes, sans considération pour la victime. Des proches de Willy Bardon, dont son demi-frère, ont affirmé devant le juge d’instruction y reconnaître sa voix.

A la barre, ce mercredi 27 novembre, c’est la bataille des experts. Cité par l’accusation, cet expert avouera son impuissance à identifier formellement la voix de l’accusé. Tout en précisant que cette reconnaissance d’une voix est plus important chez des proches. La défense fera elle intervenir un autre spécialiste qui critiquera, selon les journalistes présents sur place, le manque de fiabilité des expertises vocales.

Les gendarmes de l’IRCGN avaient, eux aussi, envisagé avec précaution cet enregistrement qui pourrait faire basculer le procès. En septembre 2014, ils avaient conclu ″qu’aucune expertise en matière de comparaison de voix automatique n’était envisageable″. Tout en précisant, quatre mois plus tard, que l’exploitation judiciaire de la reconnaissance du locuteur par des auditeurs profanes, y compris familiers, était ″possible″. Aux jurés désormais de se faire une intime conviction.

G.T

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