samedi 19 septembre 2020
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Une fresque de Eme Street Art en hommage à George Floyd, à Berlin.
Une fresque de Eme Street Art en hommage à George Floyd, à Berlin.

Adama Traoré et George Floyd, deux affaires bien différentes

Peut-on rapprocher l’affaire Adama Traoré de celle de la mort de George Floyd, ce décès tragique qui bouleverse les États-Unis? La comparaison semble bancale.

Près de 20.000 personnes ont manifesté mardi soir, devant le tribunal judiciaire de Paris, pour protester contre les violences policières. Un succès pour les proches d’Adama Traoré, les organisateurs, qui n’avaient jusqu’ici réuni au maximum quelques milliers de soutiens. Ce rassemblement s’est tenu dans la foulée des nombreuses manifestations qui ont enflammé les États-Unis après la mort tragique de George Floyd, asphyxié par un policier blanc.

“Quand on se bat pour George Floyd, on se bat pour Adama Traoré”, a déclaré sa sœur. Ces deux drames semblent pourtant bien différents. Interrogé par Marianne, le chercheur associé au Cesdip Mathieu Zagrodzki relève tout d’abord les différences, sur cette question, qui existent entre les polices américaines et françaises. “Il y a de bonnes raisons de mettre [ces deux pays] en parallèle, explique-t-il. Cependant, les chiffres rendent la comparaison… incomparable. Les polices américaines tuent plus d’un millier de personnes par an, pour 320 millions d’habitants. La police et la gendarmerie en France, une vingtaine, peu ou prou. Les proportions sont sans commune mesure.”

Adama Traoré et George Floyd, deux affaires bien différentes

Surtout, les deux affaires en question sont bien différentes. La mort de l’afro-américain de 46 ans se voit filmée, et le policier à l’origine de l’interpellation, inculpé pour homicide involontaire. Quatre ans après sa mort, les circonstances de l’arrestation d’Adama Traoré opposent elles toujours les parties. Le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise, les conditions de l’interpellation d’Adama Traoré avaient été particulièrement mouvementées. Il avait fui les gendarmes à deux reprises alors qu’ils s’apprêtaient à mettre la main sur son frère, recherché pour extorsion de fonds.

La famille soutient qu’Adama Traoré, retrouvé dans un appartement privé, a été victime d’un placage ventral, une technique interdite. Ce que contestent les trois gendarmes mis en cause, placés sous le statut de témoin assisté pour non assistance à personne en danger, qui estiment que la mort du jeune homme est certainement due à l’association d’une maladie génétique, d’une pathologie rare et de la chaleur caniculaire après un effort intense. Un témoignage, contesté par la partie civile, conforte les déclarations des gendarmes. L’occupant de l’appartement où se réfugie Adama Traoré affirme que ce dernier est arrivé essoufflé, qu’il respirait bruyamment et qu’il ne parvenait presque pas à parler.eLa question des expertises médicales

Expertises et rapport

Résultat? La bataille judiciaire de l’affaire Traoré se joue sur les expertises médicales, pilonnées par les proches des victimes. Quelques jours après la publication d’une ultime expertise demandée par les juges d’instruction, qui a mis hors de cause les gendarmes, la partie civile a ainsi publié le rapport d’un médecin relevant la responsabilité des militaires. “Une nouvelle expertise en trois jours face à trois médecins qui ont travaillé des mois? C’est du délire”, a réagi l’avocat des gendarmes, Me Rodolphe Bosselut.

Lire aussi: Affaire Traoré: Une récente expertise médicale exonère de nouveau les gendarmes

A défaut d’avoir convaincu les juges d’instruction, les proches d’Adama Traoré s’attachent visiblement à convaincre d’abord l’opinion. Avec réussite, en témoigne l’ampleur du rassemblement mardi soir. “Dans un État de droit, la justice est rendue par les juges, ni par les réseaux sociaux, ni par la rue”, s’est inquiété le président LR du Sénat, Gérard Larcher. Symboles et justice font rarement bon ménage.

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Un commentaire

  1. Le Calvé

    Je suis écoeuré par la récupération politique d’une minorité qui s’attaque à nos intentions.,et encore plus par l’absence de réaction du gouvernement.
    La couleur de l’eau n’a rien à voir dans cette affaire,.
    Pourquoi s’enfuir à deux reprises devant les forces de la loi si on n’a rien à se reprocher ? Et prendre ce risque si est malade ?
    Tous mes encouragements aux forces de l’ordre..
    Tenez bon

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