jeudi 29 octobre 2020
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Des gendarmes mobiles dans une opération de maintien de l'ordre lors du mouvement des gilets jaunes en avril 2019 (Photo: GT/L'Essor)
Des gendarmes mobiles dans une opération de maintien de l'ordre lors du mouvement des gilets jaunes en avril 2019 (Photo: GT/L'Essor)

A Nice, face à Geneviève Legay, les gendarmes mobiles étaient là pour “triquer” les manifestants, selon le commissaire

A Nice, en pleine gestion chaotique du maintien de l’ordre, le 23 mars 2019, qui s’était soldé par la blessure grave d’une manifestante de 73 ans, Geneviève Legay, le capitaine de gendarmerie mobile avait ignoré l’ordre de charger du commissaire de police. 

Ce jour-là, Geneviève Legay avait en effet été gravement blessée au cours de l’intervention policière. Elle faisait partie d’un groupe d’une cinquantaine de personnes, présents place Garibaldi. La militante altermondialiste, victime de plusieurs côtes cassées et d’une fracture au crâne, mettra deux mois à sortir de l’hôpital. Jamais dévoilé dans son intégralité, le rapport d’un capitaine de la gendarmerie mobile sur le terrain ce jour-là va donner du grain à moudre à ceux qui estiment que l’intervention policière n’était pas proportionnée. Un sujet d’actualité alors que le nouveau schéma national du maintien de l’ordre vient tout juste de sortir.

Lire aussi: Ce que change le nouveau schéma national du maintien de l’ordre pour les gendarmes

Le document de trois pages, publié par Mediapart, épingle le commissaire divisionnaire de Police en charge des opérations, Rabah Souchi. Et rappelle en creux l’importance de confier le maintien de l’ordre aux professionnels de la sécurité formés pour cette tâche (Gendarmerie mobile ou CRS). Le rapport de ce capitaine de gendarmerie mobile est en effet très clair. Il relate son étonnement face au comportement du directeur des opérations. Dans la matinée, ce dernier arrive en scooter et interpelle des gendarmes mobiles alors en patrouille. “Le chef du dispositif l’entend hurler en houspillant qu’ils n’ont rien à faire là, que nous sommes là uniquement pour triquer du manifestant”.

Les gendarmes mobiles reçoivent l’ordre de charger une foule calme

Puis, après avoir à nouveau demandé aux mobiles de retourner dans leurs véhicules, les Iribus, le commissaire divisionnaire change d’avis. “Il ordonne quelques secondes plus tard de débarquer et de prendre position” place Garibaldi. Un ordre finalement confirmé par un commandant de peloton. La place est rejointe par un escadron à quatre pelotons. Une cinquantaine de policiers sont également présents. Geneviève Legay, face à eux, est dans une nasse, et est “au demeurant très excitée”, note le capitaine. Mais ce dernier signale également avoir déjà “calmé des situations d’énervement” – une mise en oeuvre classique de la désescalade. 

Lire aussi: Manifestante blessée à Nice: des ordres “disproportionnés” pour l’officier de gendarmerie mobile

C’est alors que le commissaire divisionnaire “arrive sur moi, toute voix hurlante”, écrit le capitaine. Après avoir fait des sommations d’emploi de la force uniquement – sans donc, selon le compte-rendu, d’appel à la dispersion -, ce dernier ordonne au capitaine de charger “une foule calme”. A ce moment là, les gendarmes mobiles ont encore le casque à la ceinture, signe que la situation est calme. “Je refuse cette charge sans lui indiquer, parce qu’il est dans un état tel qu’il n’aurait pas été bon de le faire, poursuit le capitaine dans son rapport. J’ordonne à mes hommes de refouler les gens sans emploi de la force. Il continue à hurler en donnant l’ordre directement aux gendarmes de charger et d’utiliser les gaz lacrymogènes. Ce qu’ils ne font pas.”

“Un individu qui ne se maîtrise plus”

Le capitaine de Gendarmerie se rend compte que les manifestants sont refoulés dans une mauvaise direction. “Je ne dis rien, ajoute-t-il. Je n’ai pas envie de me confronter à un individu qui ne se maîtrise plus et qui devient presque dangereux.” Plus loin dans le rapport, le capitaine précise son analyse du comportement du directeur des opérations. “Même s’il avait une pression telle qu’il ne la supportait pas, je considère qu’il n’avait pas à nous traiter de la sorte. Je précise qu’il n’avait aucune conception de manoeuvre. Tout était décidé à la seconde dans la plus grande incohérence.”

Arrive alors l’instant de la charge policière litigieuse dont a été victime Geneviève Legay. Le constat du gendarme est sans appel. “La charge est effectuée dans les conditions que vous avez pu voir, en totale disproportion et nécessité face à une foulée d’une trentaine de personnes assez âgées, très calmes, et avec de nombreux journalistes”. La charge est qualifiée de “brutale et violente”. “Nous sommes tous abasourdis”, assure le capitaine. Et de remarquer que le commissaire divisionnaire ne s’est “à aucun moment jusqu’à l’arrivée des secours, porté au niveau de la blessée pour prendre des nouvelles. Pire encore, il refuse l’accès des street médics en les interpellant et en les plaçant en garde à vue”.

Le capitaine conclut son rapport. “Je ne considère pas avoir refusé un ordre. J’ai juste pris une décision en adéquation de la situation terrain en respectant simplement les deux principes de proportionnalité et d’absolue nécessité. La mission qui m’était donnée a été tout de même accomplie sans incident et sans usage de la force et des armes.”

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20 Commentaires

  1. Obs

    heureusement que ce commandant d’escadron est resté droit dans ses bottes. En revanche je trouve votre titre d’article un peu tendancieux, si on ne lit pas l’article, on peut facilement comprendre que le commissaire déplore que les gendarmes avaient envie de casser du manifestant alors que c’est totalement l’inverse.

    • Moumoune

      Un pitaine qui a des coronesses
      Chapeau bas mon capitaine

      • Desbois

        Oui, effectivement et cela devient rare en cette période où presque personne ne veut rien dire ou faire de peur de se faire anéantir par son Chef, de voir sa carrière stoppée nette et ce, à la vue de tout le monde, qui ne réagit pas.
        Voici un exemple, un bel exemple de ce que devrait être un Chef qui n’a pas peur de prendre ses responsabilités dans une situation tendue et stressante ; ses hommes et femmes peuvent être fiers je pense.
        Malheureusement à l’heure actuelle, cela reste une toute petite minorité, le reste étant essentiellement des carriéristes, voire opportunistes.
        J’espère que sa haute Hiérarchie va ouvrir grands ses yeux et ne pas le punir comme cela se fait actuellement dans bon nombre de cas.
        Mon Capitaine, vous êtes un bel exemple ! Certains autres peuvent en prendre “de la graine”….

    • dupic

      Je trouve également que le titre est un peu tendancieux pour les mêmes raisons que “Obs”. Et j’adhère complètement aux commentaires de “DESBOIS”. Je termine en restant particulièrement fier de la très grande majorité nos GENDARMES et de leurs CHEFS en ces temps si compliqués et de plus en plus difficiles. MERCI A VOUS TOUS.

  2. danek

    une attitude conforme aux traditions de la Gendarmerie , calme et sérénité.

  3. Soutien total au capitaine de Gendarmerie

  4. Niout

    Les faits sont là.! Toutes les bavures les blessures et actes de violences gratuits et la morte de toutes les manifestations des gilets jaunes sont le fait de l’inconduite du manque de compétence et de l’excès de zèle des personnels de la police nationale. Bravo à cet officer qui a dignement osé dénoncer l’incompétence d’une hiérarchie policière à la botte de nos politiciens incompétents.
    J’espère que son honnête audace ne lui coutera pas la reconnaissance officielle de ses pairs et soit un frein à ses futures promotions de carrière.

    • CAYREL

      Mais vous ne pouvez pas en sortir de cette réthorique stupide? Vous avez oublié les Irlandais de Vincennes, Sivens, et tant d’autres? Il fait rester unis et solidaires. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas pu faire carrière dans la police qu’il faut être aussi aigri.

      • Duchmol

        Non la rhétorique de Niout n’est pas stupide
        Vous parlez de l’affaire des Irlandais de Vincennes et de Sivens
        Tout d’abord Sivens etait une action sans volonté de tuer et cela a été jugé comme tel
        Par ailleurs du côté de votre maison rappelez vous l’affaire Ben Barka,la disparition du Pasteur Douce et bien d’autres
        Enfin lisez les rapports annuels du défenseur des droits et le rapport de la commission d’éthique police ,Gendarmerie,administration pénitentiaire vous verrez qui commet le plus de dérapages sans compter les plaintes pour tirs de lbd
        De la part d’un ancien officier de Gendarmerie fils de policier

  5. Pallin

    Voilà toute la différence entre des professionnels et l’amateurisme de certains.

    • Gobbi

      Le professionalisme Fdo vs l’amateurisme gouvernemental.

  6. ROSSI

    BRAVO à vous ! Fière de votre droiture et excellente analyse de la situation. 👏👏👏

  7. harfang69

    Consternant!
    Quel pied pour un commissaire de mettre au pas un officier de gendarmerie.
    Il a du mouillé son pantalon de bonheur !
    Pauvre type, en pleine crise d’hystérie face à une situation qu’il n’a jamais connue planqué derrière son bureau à attendre une éventuelle promotion.
    Pôve garçon … Allez pas d’promotion !!!

  8. LANDREAU PATRICK

    bon passons sur les septuagénaires qui veulent vivre les manifs comme en ’68 … reste que le MDO est un métier ! on ne le dira jamais assez et les “moblots” sont formés pour cela avec les valeurs de la Gendarmerie ! si les policiers ne veulent plus être la cible médiatique de dérapages très regrettables bien sûr, alors qu’ils sollicitent leurs syndicats et hiérarchie pour suivre les entraînements des gendarmes … et l’ordre sera bien vécu chez les diverses forces de l’ordre en présence. toutefois essayons de ne pas monter les uns contre les autres ! et soutien aux “moblots” et à leurs officiers 😉

  9. thomasset

    SOYONS CALME …..un commissaire de police chef d une circo c’est pas un commissaire CRS ….
    D’ailleurs les problèmes arrivent toujours avec la Police urbaine …ex: la police parisienne a Paris etc etc
    d’avoir supprime une section par CIE de CRS
    quelques escadrons de GM
    PAR POLITESSE JE NE PARLERAI DE CE PRESIDENT
    Donc on paye

  10. Daniel1945

    Marre de la guerre des polices. Je me souviens d’un Officier de Gendarmerie qui gazait tout le monde dans une gare.

  11. Guézennec

    Respect à cet officier qui a d’abord pris ses responsabilités sur le terrain d’une part, et ensuite lors de l’enquête ensuite. Nous sommes là loin des magouilles de ce commissaire et de sa compagne (complice). Quels sont ses personnages qui sont le déshonneur de la police et sont prêts à toutes les compromissions pour exister et obtenir promotions et breloques largement distribuées par leurs responsables proches du pouvoir. Hélas, les politiques, quels qu’ils soient avec la complicité de certains syndicats sabotent le travail honnête de la base.Je salue encore une fois l’action de la Gendarmerie dont les personnels ont gardé la notion de l’HONNEUR et qui n’aurait jamais dû être à la solde du ministre de l’intérieur. La Gendarmerie a toujours été humaine, proche des populations, et si je suis solidaire des policiers “de base”, j’exècre leurs responsables de haut niveau, phagocytés par le pouvoir et leurs intérêts personnels. Puisse un jour purger cette administration de tous ces parasites qui nuisent au respect des droits fondamentaux de nos citoyens.

  12. laumet

    Bonjour . Le maintien de l’ordre d’une foule est une spécialité qui demande un vrai savoir faire . C est un métier! Policiers ou gendarmes ont des unités spécialisées pour ce type de situation. nous voyons les dérives si des “amateurs” non aguerris à ce travail , aussi bien gendarmes que policiers , sont amenés à faire ce M.O pour le quel ils ne sont pas formés. !
    D accord avec “Obs” , votre titre d’article , à mon sens est très tendancieux. Il faut VRAIMENT lire TOUT l’article, pour comprendre que les gendarmes ont fait un bon travail sans avoir “une volonté à casser du manifestant ” . Bravo pour le comportement exemplaire à ce commandant d’escadron de gendarmerie.Respect.

  13. IRR

    Nous voyons et nous avons vu notamment pendant les manifestations des gilets jaunes la différence entre l’action de la gendarmerie (discipline ordre respect des personnes) et l’action désordonnée des forces de police sans généraliser.Je pense qu’il faut revoir la formation de certaines cies de CRS.Nous avons vu des policiers en civil en jean en tee-shirt avec des vêtements divers avec des casques, des lunettes de ski faire du soit-disant maintien de l’ordre au nombre d’une dizaine de défouler avec des LBD. Ce sont les fameuses BAC.
    Le maintien de l’ordre est réservé uniquement aux forces de gendarmerie mobile et aux cies de CRS. Il faut remettre de l’ordre dans la maison police.Pour les évènements de Nice l’attitude du Cdt c’escadron a été l’attitude d’un gradé responsable respectueux des personnes et qui ne s’est pas défoule comme l’ont fait les forces de police présentes.La police se croit au dessus des lois et croit pouvoir se permettre de faire n’importe quoi. Je pense qu’il faut revoir la formation des personnels policiers dés leur entrée en école.

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