jeudi 23 mai 2019
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Le général Hebrard passe une dernière fois les troupes en revue avec le directeur général (Photo DR)

A l’occasion de ses adieux aux armes, le Général Hébrard, ambassadeur de la Gendarmerie criminelle se confie

Le 5 juillet dernier, la cérémonie d’Adieu aux armes du général Hébrard, commandant de la région de gendarmerie Hauts-de-France et la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Nord, avait lieu au siège de l’état-major régional. L’occasion pour le général Hébrard, le “papa” du Pôle judiciaire de la Gendarmerie de revenir sur les grands moments qui ont marqué sa carrière…

A 60 ans, après 38 années de service, avez-vous l’impression d’avoir marqué l’histoire de la Gendarmerie, ne serait-ce que par votre implication lors de la création du PJGN (Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale) ?

J’ai une carrière atypique car j’ai été présent dans pratiquement la moitié des unités de police technique et scientifique. Je pense avoir largement contribué à la mise en place du Pôle judiciaire de la Gendarmerie, notamment au niveau du développement de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie Nationale). Ma satisfaction est d’avoir pu convaincre mes chefs que le PJGN était un besoin, pas uniquement pour la Police technique scientifique, mais aussi pour la cyber-numérique et le renseignement criminel. L’IRCGN est un beau porte-avion technico-scientifique pour la Gendarmerie. Mais ce n’est pas que mon œuvre unique car j’ai toujours eu l’habitude de travailler dans une démarche participative. C’est quelque chose d’assez inédit en France au niveau du Pôle judiciaire et on n’a pas à en rougir, bien au contraire.

Comment le PJGN peut-il encore évoluer?

Il faut surtout être attentif et faire de la veille technologique. Il y a eu une grande ouverture vers la labellisation de ce que l’on faisait. Dans la gendarmerie, il y a des gens très inventifs et il est nécessaire aujourd’hui de protéger ces inventions, de les faire breveter afin de ne pas se faire déposséder de ce que nos personnels ont mis en place. Il ne faut pas se satisfaire de ce que l’on a. Quand on regarde d’où on est parti dans les années 80, la police scientifique était dormante, on avait vécu sur des grands noms sans faire la transition technologique. Avec l’arrivée de l’ADN dans les années 90, on a su changer les concepts. Depuis les années 2000, avec les traces numériques et la cybercriminalité, une nouvelle étape se profile : il ne faut surtout pas vivre sur nos acquis. On doit être plus réactifs que les délinquants. On doit toujours avoir un coup d’avance sur eux, et c’est parfois le plus compliqué. Nos ingénieurs doivent rester concentrés sur la veille, ne pas hésiter à s’engager sur de nouvelles voies et ne pas vivre uniquement sur l’existant.

Quel regard portez-vous sur l’affaire Grégory sur laquelle vous êtes intervenu ?

L’affaire Grégory, c’est le déclencheur de la création du Pôle judiciaire et la mise en place des techniciens d’identification criminelle. Ensuite, on est allé beaucoup plus loin avec la mise en place d’un laboratoire. Cette affaire nous a poursuivi pendant une trentaine d’années car il y a eu des épisodes successifs pour faire parler les indices au fur et à mesure que la science avançait, et ce, sans forcément obtenir le succès attendu. Il faut aussi retenir la manière dont, à cette époque-là, on faisait des prélèvements ou on gérait une scène d’infraction. Aujourd’hui, quand on regarde les images, on se dit qu’on a peut-être avancé dans la science, mais on ne peut pas rétablir ce qui a peut-être été mal fait au départ au niveau de la préservation des pièces à conviction.

L’accident de la Princesse Diana a aussi marqué votre carrière…

J’étais à l’époque expert inscrit sur la cour dappel et j’ai été commissionné pour examiner de la Mercedes de la princesse de Galles lors de son accident. Cette enquête m’a marqué, avec bien sûr, des épisodes récurrents car c’est une affaire que la presse entretient. Tout cela me poursuit, encore, de temps en temps sur le plan médiatique.

Quand vous lisez dans la presse toutes les remises en cause des personnes intervenus dans l’affaire Grégory ou l’accident de la Princesse Diana, comment réagissez-vous ?

Quand on a des torts, on peut se dire qu’on porte une part de responsabilité mais ce n’est pas toujours évident. Mais souvent, on peut aussi être affecté car des personnes ont fait le travail du mieux possible et cela ne s’est pas forcément traduit en termes de résultats. Ensuite, il y a tous les secrets de l’instruction qui font que, derrière, on ne va pas s’épancher sur les déceptions que l’on peut avoir. Globalement, pour la Gendarmerie, quand on solutionne une affaire de police judiciaire de  grande envergure, c’est quand même un signe positif. Par exemple, l’affaire Flactif, au Grand-Bornand en Haute-Savoie, c’est l’antithèse de l’affaire Grégory. C’est vraiment une affaire dans laquelle on a tiré tous les enseignements. Une quinzaine d’années plus tard, on a montré toutes nos capacités à gérer des affaires complexes. Il y a aussi la petite martyre de l’A10. Cette affaire a hanté la gendarmerie pendant des années, mais elle montre également que rien n’est jamais perdu et que la science permet d’avancer. Ce type d’affaire prouve que la gendarmerie n’est pas attentiste. Pour la gendarmerie, les affaires de police judiciaire restent majeures car quand on résoudre ce type d’affaire, cela touche tous les citoyens. C’est une belle affiche de communication et cela montre que la gendarmerie a des savoirs.

Que retenez-vous de votre passage de commandant de la région de gendarmerie des Hauts-de-France ?

Ces trois années ont été très riches. Revenir à la tête d’une Gendarmerie zonale était intéressant pour moi car j’avais l’impression de revenir à la Gendarmerie du quotidien après avoir exercé des fonctions dans la Gendarmerie scientifique aux techniques et méthodes très pointues au service de l’Arme. Quand Je suis arrivé dans les Hauts-de-France, c’était le point fort de l’immigration à Calais, les Eurostars étaient souvent arrêtés avec la pénétration de migrants dans l’Euro tunnel, et une gestion difficile de ces migrants qui étaient en nombre important. Sur ce point, le directeur général de la Gendarmerie est tout de même venu sur place et on a pris en charge le problème de l’Euro tunnel avec cinq escadrons de mobiles. Cela a permis de réguler le trafic. Ensuite, il y a la crise migratoire où il a fallu gérer ces migrants qui arrivaient sur les autoroutes du Pas-de-Calais. Puis, cela s’est étendu au Nord. Puis, peu après mon arrivée, les attentats du 13 novembre 2015 ont eu lieu. Je garde aussi en mémoire les deux militaires qui ont contrôlé Salah Abdeslam à Cambrai, le lendemain des attentats, au moment où il remonte vers la Belgique. Et puis, je retiens aussi le contrôle des flux sur les frontières dans la Région des Hauts-de-France.

Ce contrôle de Salah Abdeslam manqué au lendemain des attentats reste-il un échec dans votre carrière ?

Non car les militaires ont fait tout ce qu’il pouvait faire. Ils ont fait leur travail, la Gendarmerie était bien au rendez-vous, au bon endroit. Notre personnel avait fait le travail. C’est le système d’analyse qui a été long, mais cela a aussi permis de le revoir.

Propos recueillis par notre correspondant 

Franck Seguin 

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