mercredi 13 décembre 2017
Accueil / A la une / VIDEO – Jean-Louis Bruguière : « Il faut davantage de synergie entre justice et renseignement »

VIDEO – Jean-Louis Bruguière : « Il faut davantage de synergie entre justice et renseignement »

L’ancien magistrat Jean-Louis Bruguière, 73 ans, estime que les moyens donnés à l’anti-terrorisme sont encore insuffisants. Celui qui fut, de 1982 à 2004, à la tête de la section de lutte anti-terroriste du tribunal de grande instance de Paris, insiste sur la nécessité d’une plus grande « synergie » entre justice et renseignement.

Le terrorisme : « un problème de masse »

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à un problème énorme, un problème de masse », a souligné Jean-Louis Bruguière, lors d’une rencontre organisée par Acteurs publics à l’Ecole Militaire le 9 novembre. « Lorsque j’ai quitté mes fonctions, entre 100 et 200 personnes étaient dans le collimateur de la justice en matière de terrorisme, aujourd’hui on en est à plusieurs milliers », a expliqué l’ancien juge anti-terroriste. Selon lui, la menace terrorisme a surtout évolué du point de vue quantitatif et dans ses modes de fonctionnement. L’utilisation du « cyber » par les terroristes, autrement dit de la sphère numérique et d’Internet, est « d’une grande difficulté à gérer », a t-il ajouté.

D’où l’importance, selon Jean-Louis Bruguière, d’une « plus grande synergie entre la justice et l’appareil de renseignements ». L’ancien juge a ainsi rappelé que ce qui a fait la force de la France en matière d’anti-terrorisme est une « synergie opérationnelle et de confiance entre l’appareil judiciaire et l’Instruction, la DST, aujourd’hui la DGSI ». Un système « qui n’existe nulle part ailleurs », a t-il insisté. A l’inverse, dans les systèmes anglo-saxons, une séparation très nette est observée entre l’appareil de renseignement (Intelligence) et la justice (law enforcement). Selon Jean-Louis Bruguière, la France dispose d’un atout incomparable au regard de sa « capacité de passer de l’un à l’autre très rapidement ». Une capacité qu’il faut renforcer d’après lui.

Aussi, l’ancien juge préconise d’orienter le système judiciaire vers la prévention. « Il n’y a pas d’antinomie entre prévention et répression. La répression doit être au service de la prévention », a t-il affirmé, ajoutant que la détection des menaces devrait pouvoir s’effectuer au stade le plus précoce possible.

Une coopération internationale « très déficiente » 

L’ancien magistrat a également insisté sur l’importance d’une « réelle » coopération internationale en matière d’anti-terrorisme. « Aujourd’hui, selon moi, cette coopération est très déficiente. Non pas parce que la France ne fait pas ce qu’il faut, mais parce qu’au niveau européen, le partage de l’information ne se fait pas réellement. Les problématiques de souveraineté l’emportent sur celles de la recherche du bien commun », analyse Jean-Louis Bruguière. Il a rappelé qu’un manque de connexion avait été constaté lors des attentats du 13 novembre entre les informations recueillies en Belgique et celles qui l’étaient en France. « Cela vaut bien sûr pour d’autres pays », a t-il relevé.

6% des Français font confiance en la justice pour lutter contre le terrorisme

S’il ne remet pas en cause le rôle « central », selon lui, du système judiciaire dans la lutte contre le terrorisme, Jean-Louis Bruguière pointe du doigt, en revanche, un lien distendu entre la justice et les citoyens. « Le problème que nous avons aujourd’hui est un problème d’inadéquation, probablement, entre le système répressif judiciaire et nos citoyens », a t-il évoqué. Un récent sondage réalisé par l’Ifop pour Acteurs Publics révèle en effet que seuls 6% des Français font confiance à la justice pour résoudre le terrorisme. Selon l’ancien juge antiterroriste, « La justice est perçue comme étant laxiste, technocratique et inefficace ». Ce « très fort déficit d’image » provient en partie, selon lui, d’une « relative ineffectivité des peines prononcées par les juridictions ». « Il faut faire en sorte que toutes les peines soient appliquées, si c’est dix ans, c’est dix ans, et non pas six ou sept ans », a estimé Jean-Louis Bruguière.

Nathalie DELEAU

A voir également

Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Crédit photo: Vinci Airports).

Notre-Dame-des-Landes : les gendarmes se préparent à toutes les hypothèses (infographie)

Les gendarmes vont-ils faire leur retour sur la zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes ? Ce mercredi …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Offre d'essai : 2 MOIS GRATUITS !

  •  

    Recevez le magazine mensuel en version numérique pendant deux mois.

     

    Essayez vite, c’est gratuit !