mercredi 22 novembre 2017
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Photo d'illustration (S.D/L'Essor).

Trafiquant d’armes jugé à Lille : un colonel confirme qu’il a été un “indic” des gendarmes

Claude Hermant, l’homme jugé à Lille depuis ce lundi pour trafic d’armes dont six ont servi à Amedy Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper Cacher et Montrouge,  et qui prétend avoir travaillé pour les douaniers et les gendarmes a bien été un “indic“.

Le colonel Jérôme Pichard, commandant de la section de recherches de Lille-Villeneuve d’Ascq,  a en effet, confirmé mercredi devant le tribunal de Lille , que Claude Hermant, soupçonné d’être au cœur d’un trafic d’armes a bien été recruté en 2013 comme “indicateur“.

“Il a été recruté par mon prédécesseur le 13 mars 2013 et a été “blacklisté” le 3 avril 2015″, a déclaré à la barre du tribunal correctionnel l’officier.

Le militaire a reconnu qu’Hermant avait empoché 2.000 euros pour une affaire, une somme qualifiée “d’importante” par M. Pichard, preuve qu’il a pu être utile aux “services“.

En tout, douze rapports d’échanges, majoritairement pour des affaires de trafic d’armes, ont été rédigés sur la base d’informations livrés par M. Hermant, selon le colonel. En général sur la masse des renseignements fournis par les “indics“, à peine 10% étaient vraiment utiles, a-t-il cependant estimé.

Hermant, 54 ans, figure de l’extrême droite identitaire lilloise, en détention provisoire depuis janvier 2015 mais au casier judiciaire vierge, est le prévenu “transversal” de cette vaste affaire portant sur près de 500 armes, ayant nécessité plus de deux ans et demi d’instruction. Six ont fini dans les mains du jihadiste Amedy Coulibaly qui a assassiné en janvier 2015 quatre personnes dans un Hyper Cacher à Paris, avant d’être tué.

“Des fichiers S qui sont des sources, il y en a des tas!“: Marc Trévidic

La veille, il avait tué une policière à Montrouge. D’après sa défense, Hermant a importé des armes démilitarisées d’Europe de l’Est via la société de sa femme pour conduire des missions d’infiltration et de renseignement.

Alors qu’une avocate s’étonnait du recrutement d’Hermant par les gendarmes, qui était selon elle “fiché S” (pour sûreté de l’Etat, en raison de ses liens avec l’ultra droite), le président du tribunal Marc Trévidic a rétorqué: “des fichiers S qui sont des sources, il y en a des tas!“.

Hermant, comme neuf autres prévenus dont Samir Ladjali, l’un des intermédiaires présumés d’Amedy Coulibaly, encourt dix ans de prison pour trafic d’armes en bande organisée. Selon Muriel Cuadrado, avocate de l’un des prévenus, Claude Hermant, de par son positionnement idéologique, donnait des informations car “il considérait que la police n’en faisait pas suffisamment. C’est très bien vu dans son milieu”.

Trois autres gendarmes appelés à la barre

Dans l’après-midi, trois gendarmes, spécialisés dans le renseignement et ayant traité avec M. Hermant, ont reconnu qu’il avait pu leur montrer des armes démilitarisées. “Vous n’avez jamais pensé qu’une personne vous montrant des armes puisse se livrer à un trafic“?, a interrogé une avocate. “Si je l’avais pensé (…), je l’aurais dénoncé“, a répondu un gendarme, entendu comme témoin à huis clos partiel, le visage tendu.

A une question sur un éventuel “blanc-seing” offert à M. Hermant, un gendarme a répliqué: “On n’a jamais demandé à qui que ce soit de faire des livraisons d’armes“, soulignant ne jamais avoir entendu parler de Samir Ladjali de la bouche du prévenu. Revenu à la barre, le colonel a conclu que Claude Hermant n’était “pas loyal” et qu’il avait “peut-être profité du système“.

Dans un article rendant compte du procès, paru le 13 septembre, le journal La Voix du Nord indique que “les gendarmes ont été sérieusement malmenés à l’audience“.

Avec AFP

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