mercredi 22 novembre 2017
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Un motocycliste de la Gendarmerie.

Technologies, réformes… : comment la sécurité routière se transforme

Photo d’illustration (L’Essor).

D’ici la fin de l’année, les premières contraventions issues de contrôles de vitesse routiers effectués dans des voitures pilotées des sociétés privées en Normandie vont tomber. Une privatisation juteuse pour les uns, une mesure indispensable pour renforcer la sécurité routière pour les autres. Une chose est sûre : cette externalisation, annoncée en 2015, va changer le travail des gendarmes dans ce domaine. Une tendance de fond. Depuis une vingtaine d’années, les métiers de la sécurité routière bougent, bouleversés par la technologie et les réformes.

Pour la délégation interministérielle à la sécurité routière, cette privatisation de la conduite des voitures équipées de radars embarqués va permettre de libérer 400 équivalents temps plein du côté des forces de l’ordre. Les gendarmes en unités de sécurité routière devraient ainsi pouvoir se concentrer sur « la recherche des conduites en état d’ivresse ou après une prise de stupéfiants, la lutte contre la délinquance et la protection de la population ». Le gouvernement espère pouvoir augmenter l’usage des 383 voitures-radar, introduites en 2013, actuellement de moins d’une heure par jour en moyenne, censées être la parade au signalement des radars fixes ou mis en place par une patrouille.

En 2002, l’arrivée des radars automatiques

« En perdant ces missions, nous récupérons des personnels, une proposition de bon sens », salue Jean-Pierre Bleuzet, vice-président de l’association professionnelle nationale de militaires GendXXI. Jumelles perfectionnées, chronotachygraphes numériques pour les poids lourds, dépistage simplifié de l’alcoolémie… Depuis ses premiers pas dans la Gendarmerie, en 1994, ce motocycliste mesure l’ampleur des changements dans la sécurité routière. A l’époque, selon Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, les forces de l’ordre, dépassées par le nombre d’infractions à constater, « contrôlaient uniquement les véhicules à plus de 30 km/h au dessus de la vitesse autorisée, estime-t-elle. A plus de 10 km/h, elles auraient arrêté tout le monde ! »

Chantal Perrichon. DR
Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière. DR

Au bord de la route, les forces de l’ordre ne se contentent pas cependant de dresser des procès-verbaux. Elles font de la prévention, obtiennent parfois du renseignement… Les radars automatiques, mis en place à partir de 2002, vont eux se focaliser sur les infractions. Avec une productivité sans égale. « Le temps pour un gendarme de dresser un procès-verbal, un radar fixe aura lui flashé plusieurs contrevenants », constate Jean-Pierre Bleuzet. Dans le même temps, une circulaire du ministre de l’Intérieur, alors Nicolas Sarkozy, met un coup d’arrêt aux indulgences. Fini le temps où on pouvait espérer faire sauter un procès-verbal grâce à une connaissance dans les forces de l’ordre dans la politique. « C’était nécessaire de rétablir l’égalité entre les conducteurs, souligne Chantal Perrichon. Les indulgences démotivaient les forces de l’ordre sur le terrain. »

Le travail des unités de sécurité routière change. « Les personnels doivent en faire plus en matière de contrôle de flux, de surveillance des territoires, de police judiciaire », souligne Jean-Pierre Bleuzet. Une évolution poussée par le contexte terroriste, comme en 2015 où les motocyclistes des Hauts-de-France portent une attention vigilante au transit entre la France et la Belgique. C’est aussi une demande d’associations comme celle de Chantal Perrichon. « Le transfert de l’activité des forces de l’ordre vers le contrôle de l’alcool au volant est toujours insuffisant, déplore-t-elle. Il n’y a pas d’enquête de voisinage faute d’effectifs après une suspension de permis pour l’alcool, alors que nous savons que ces gens sont malades et qu’ils vont continuer à conduire. »

Une évolution du travail sur le terrain

Le quotidien des 3500 motocyclistes de la Gendarmerie évolue en conséquence. Pour le vice-président de GendXXI, un délit relatif à l’alcoolémie au volant engendre désormais une procédure plus fournie, d’une douzaine d’actes contre six à sept auparavant. La conséquence, c’est que « maintenant, vous êtes obligé de rentrer au bureau pour rédiger votre procédure », constate-t-il. Moins autonomes, les motocyclistes sont d’ailleurs de plus en plus accompagnés de véhicules automobiles, nécessaires pour transporter des équipements, comme des ordinateurs portables, devenus indispensables pour opérer certains contrôles, tels les chronotachygraphes numériques des poids lourds. « Le rôle utile des forces de l’ordre, c’est de se montrer, pour prévenir et dissuader, et de contrôler les infractions dangereuses, pas de rester assis derrière un radar », observe l’avocat Eric de Caumont, spécialisé dans la défense d’automobilistes.

Actuellement, la sécurité routière représente environ 10% de l’activité de la Gendarmerie. Une activité pas assez valorisée pour Chantal Perrichon. « Durant le dernier quinquennat, les policiers et les gendarmes ont eu le sentiment que leur mission de sécurité routière n’était pas essentielle, observe-t-elle. Il y a un déficit de communication sur ce qu’ils font. Ils ont au contraire besoin d’être respectés, valorisés. » La présidente de la Ligue contre la violence routière verrait ainsi d’un bon œil la création d’une police de la sécurité routière pour que « ce soit une carrière valorisée, pas la cinquième roue du carrosse ». Le métier de motocycliste fait d’ailleurs moins rêver. Pour GendXXI, les aspirants préfèrent devenir enquêteurs, criminologues ou maîtres-chiens… « Il y a un manque d’engouement pour la filière motocycliste par rapport aux années 1980, 1990 et 2000 », soupire Jean-Pierre Bleuzet. Consciente de cet enjeu, la direction générale avait fait plancher un groupe de travail sur ces questions et annoncé en mars 2017 une forte augmentation des stagiaires en formation en 2019.

Leur mission devrait continuer à évoluer au rythme des innovations technologiques. Équipement systématique de lecteurs automatique de plaques d’immatriculation, pour mieux contrôler les flux, usage des drones… Les pistes sont nombreuses. A plus long terme, l’arrivée annoncée des véhicules autonomes devrait également révolutionner le travail des forces de l’ordre. L’arrivée des véhicules autonomes pourrait ainsi permettre de créer des « herses numériques » pour empêcher le démarrage d’un véhicule ciblé, de déployer des patrouilles autonomes équipées de vidéo avec ou sans personnel à bord, et pourrait voir émerger de nouvelles spécialités dans la police de la route autour de la cybersécurité… La Gendarmerie s’y prépare depuis 2015 avec la création de l’Observatoire central des systèmes de transport intelligent. « On ne remplacera jamais les policiers et les gendarmes par des robots », avertit cependant Chantal Perrichon. La sécurité routière reste un métier dur avec des tâches très sensibles, comme celle de l’annonce d’un décès routier à une famille. Une tâche ingrate impossible à déléguer à une machine.

Gabriel THIERRY.

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Un commentaire

  1. Guézennec

    Je suis sceptique sur la déclaration de Mme Perrichon évoquant des enquêtes de voisinage liées à l’alcoolémie (sans doute habituelle pense-t-elle). Une telle proposition ouvrirait la porte à toutes sortes de délations parfois sans fondement, et plus gravement créerait une atteinte intolérable aux libertés et au respect de la vie privée. Sujet à éclaircir !

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