mercredi 24 janvier 2018
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Salon Milipol : comment la technologie transforme la sécurité intérieure (Vidéo)

Un drone à Milipol. Photo d’illustration (Crédit photo: GT/L’Essor).

« Ce n’est plus Milipol, c’est Milidrones ! » Ce cri du cœur, c’est un gendarme, rencontré au hasard des allées de Milipol, le salon de la sécurité intérieure, qui le pousse. La vingtième édition de cet événement incontournable fait la part à la technologie sous toutes ses formes. Vêtements plus résistants, nouvelles armes, ou encore outils innovants d’investigation s’affichent sur les stands des 949 exposants. A charge pour les acheteurs de trier le bon grain de l’ivraie, et de dénicher l’outil qui, loin d’être un simple gadget, se révélera demain précieux pour l’action des forces de l’ordre.

« Les menaces ont malheureusement beaucoup évolué, nous l’avons vu au cours de ces deux dernières années avec les attentats, et il est important pour nous que les industriels nous proposent de nouvelles solutions pour faire face à ces nouvelles menaces », explique ainsi Patrick-Charles Darras, adjoint au chef de service de l’achat, des équipements et de la logistique de la sécurité intérieure (Saelsi).

« Les industriels ont des logiques commerciales, qui ne se recoupent pas forcément avec nos besoins, poursuit-il. Nous sommes là pour les aiguillonner, les inciter à faire mieux à des coûts raisonnables. Nous sommes toujours en train de veiller au meilleur rapport qualité-prix, ce qui ne veut pas dire que nous recherchons systématiquement l’équipement bas de gamme, bien au contraire. »

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Des solutions pas toujours au point

Certaines questions, même avec des stands d’exposants rutilants, restent cependant sans réponse. L’Intérieur recherche toujours de nouvelles solutions pour disperser des manifestants dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre. Une bonne nouvelle cependant pour les gendarmes : selon des échos recueillis à Milipol, la nouvelle génération de grenades lacrymogènes instantanées GLI, qui ne contiendra plus d’explosifs mais un dispositif soufflant, testée à Saint-Astier, donnerait des résultats satisfaisants.

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De même, la cartographie prédictive, un sujet très en vogue ces dernières années, se fait aujourd’hui plus discrète. La Gendarmerie, comme la Police, semble en stand-by sur cette question, à cause notamment de données statistiques incomplètes ou trop peu nombreuses. Mais que ce soit pour la lutte anti-terroriste ou la sécurité publique, l’une des batailles cruciales pour l’innovation se joue aujourd’hui dans les outils de communication mis à disposition des policiers et des gendarmes.

D’importants besoins de connectivité

« Pour réussir sa transformation numérique, la sécurité intérieure a besoin de connectivité », résume André Mechaly, directeur marketing pour les activités de connectivité chez l’industriel de défense et d’électronique Thales. Concrètement, cela veut dire amener de la 4G aux policiers et aux gendarmes, pour l’instant limités dans leurs télécommunications à des appareils de deuxième génération devenus incongrus à l’ère numérique. Le haut-débit doit permettre la transmission de grandes quantités de données, d’images ou de flux vidéos, par exemple de l’unité en intervention sur le terrain vers le décideur dans son centre de gestion de crise.

La modernisation des réseaux radios du ministère de l’Intérieur n’est pas un sujet qui date d’hier. Que ce soit Rubis, pour la Gendarmerie, ou l’infrastructure nationale partageable des transmissions, pour la Police nationale et la Sécurité civile, les réseaux se font vieux. En 2016, dans un rapport commandé par Bercy et la Place Beauvau, l’administration avait fait les comptes : il faudrait jusqu’à 2,5 milliards d’euros pour construire un nouveau réseau à haut-débit !

Aujourd’hui, « nous sentons que les choses s’accélèrent », salue Philipe Devos, de chez Airbus. La raison de l’optimisme de cet industriel ? Une volonté politique forte, réaffirmée par le président Emmanuel Macron en octobre dernier :

« Un des grands projets régaliens sera le réseau radio du futur à haut débit commun à la police, la gendarmerie et la sécurité civile qui devra bénéficier d’un haut niveau de résilience en cas de crise et des meilleures technologies numériques disponibles. Ce sera un grand projet industriel français et européen dont le déploiement doit se faire le plus rapidement possible. »

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La vitrine des Jeux olympiques

« Les futurs Jeux olympiques de Paris donnent un horizon clair à ce projet », souligne-t-on également pour Airbus. « Techniquement, aujourd’hui, tout est prêt. » L’organisation de cet événement mondial devrait en effet être l’occasion de montrer la qualité du made-in-France. « L’une des attentes fortes de la filière de la sécurité sera de pouvoir limiter le volume des forces publiques et privées nécessaires grâce à la technologie », analysait ainsi Thierry Delville, le délégué aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces, lors d’une conférence de presse de Milipol.

Le réseau radio du futur est de fait déjà en marche. Enfin tout du moins commence-t-on à estimer le coût d’un tel investissement. Dans une interview publiée par la revue SDBR en juillet 2016, Guy Duplaquet, le chef de la mission de préfiguration de ce réseau, chiffrait le coût de cette infrastructure « à environ un milliard d’euros sur quinze ans ».

Les premières unités à bénéficier d’un réseau haut-débit devraient être les forces d’intervention comme le GIGN ou le Raid. Un appel d’offres a été lancé en juin 2016 pour fournir de la 4G à travers des réseaux tactiques facilement déployables sur le terrain. Plus d’un an plus tard, le marché est toujours en cours d’attribution – le résultat est attendu pour le début de l’année prochaine.

A Milipol, Airbus et Thales, en compétition sur ce dossier, ont mis en avant leurs points forts. D’un côté une solution tactique proposée par Air-Lynx en partenariat avec Thales. De l’autre, Airbus, via sa filiale Secure Land communications, qui mise sur son expertise pour l’un des lots du marché relatif aux applications et à la sécurité. Même si l’enjeu financier est relativement faible, les industriels jouent des coudes. Celui qui sera retenu pour la fourniture du réseau radio pour les forces d’intervention pourrait bien avoir un train d’avance quand le chantier du réseau radio du futur sera finalement lancé.

Un dossier crucial pour la Gendarmerie. Assurer une couverture optimale à haut-débit des zones rurales, où travaillent les gendarmes, s’annonce comme un défi particulièrement complexe et coûteux, à cause du nombre important d’équipements de télécommunications à prévoir pour mailler le territoire. Airbus a déjà une petite idée pour contourner cette difficulté : mettre en place un réseau se basant sur les technologies de communication spécifiques à l’internet des objets. Une solution qui permettrait des transmissions à moyen-débit, idéales pour les données mais peu pratique cependant pour la vidéo. Vingt-quatre ans après la mise en place du réseau Rubis, le premier réseau national numérique au monde pour des forces de sécurité, la Gendarmerie fait face à un nouveau défi.

Gabriel THIERRY.
 

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