samedi 21 octobre 2017
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Emmanuel Macron (DR)

Le renseignement, premier dossier régalien de Macron

Nominations des patrons des trois poids lourds du renseignement français, nouvelle coordination des services avec le projet de création d’une « task-force anti-Daesh » à l’Elysée : Emmanuel Macron va devoir boucler en priorité son premier dossier régalien.

Qui à la tête de la DGSE après Bajolet?

 

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le plus important service de la communauté française du renseignement, est chargée de “la protection des intérêts français” mais elle agit exclusivement à l’extérieur des frontières. Dotée d’un budget de 800 millions d’euros (hors fonds spéciaux), elle compte 6.500 hommes et femmes, dont son Service Action (opérations clandestines) et est placée sous la tutelle du ministère de la Défense.
Son directeur Bernard Bajolet, quittera son poste le 21 mai, jour de ses 68 ans, après quatre ans de présence boulevard Mortier. Le gouvernement précédent a nommé son directeur de cabinet (numéro 2 de la DGSE) le général de corps d’armée Jean-Pierre Palasset directeur par intérim. Cet intérim doit permettre à Emmanuel Macron de choisir son DGSE, tout comme l’avait fait François Hollande avec Bernard Bajolet.
Le directeur général de la sécurité extérieure bénéficie de « l’oreille » du chef de l’Etat qu’il va voir au moins une fois par semaine. C’est généralement un diplomate ou un préfet. Bernard Bajolet, diplomate, avait été le premier titulaire de 2008 à 2011, du poste de coordonnateur national du renseignement (CNR), créé par Nicolas Sarkozy.

Qui pour remplacer Calvar à la DGSI ?

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui dépend du ministère de l’Intérieur, est née en 2014 de la DCRI, elle-même issue de la fusion en 2008 de la Direction de la sécurité du territoire (DST) et des Renseignements généraux (RG). Elle est chargée “de rechercher, de centraliser et d’exploiter le renseignement intéressant la sécurité nationale ou les intérêts fondamentaux de la Nation”, avec pour priorité actuelle, la lutte antiterroriste sur le territoire français. Elle remplit également des missions de police judiciaire. Elle compte 4.000 hommes et femmes.
Patrick Calvar, 61 ans, patron depuis trois ans de la DGSI quittera son poste le 31 mai. La DGSI, en première ligne depuis les tueries de masse de 2015 et de 2016, a connu des moments difficiles même si elle a aussi empêché des dizaines d’attentats. Le successeur de Patrick Calvar devra continuer à mettre la pression sur les réseaux terroristes islamistes ou sur « loups solitaires » pour les empêcher de frapper. Patrick Calvar avait servi de 2009 à 2012 comme directeur du renseignement à la DGSE.
La DGSI doit aussi faire face à l’afflux de données électroniques (données de masse ou « big data ») qu’elle doit impérativement trier et analyser en direct pour prévenir les attentats. Dans l’incapacité de faire face aujourd’hui à ces flots de métadonnées, la DGSI s’est tournée vers Palantir technologies, une entreprise américaine. Problème : la société américaine est très liée à la CIA. D’où évidemment une perte d’autonomie et de souveraineté dans un domaine ultra-sensible.

Qui à la tête de la DRM ?

La Direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d’état-major des armées, est spécialisée dans le renseignement militaire, en appui des opérations menées par l’armée française et pour la veille stratégique. Elle compte environ 1.800 personnes, dont les trois quarts sont des militaires et de nombreux experts chargés d’analyser toute l’imagerie, par exemple celle des satellites de surveillance. Elle est dotée d’un budget de 173 millions d’euros. Il s’agit des « fonds normaux » de la DRM, le budget des systèmes d’armes dédiés spécifiquement au renseignement relevant de l’état-major des armées.
En poste depuis près de quatre ans, le général de corps d’armée Christophe Gomart devrait quitter ses fonctions au début de l’été. A ce poste stratégique, il faut dénicher « l’oiseau rare », un officier quatre étoiles, qui n’aura pas pour autant forcément fait la plus grande partie de sa carrière dans le renseignement militaire. La DRM et la DGSE ont mutualisé une partie de leurs moyens techniques et partagent en permanence leurs informations.
Vers une nouvelle coordination des services
Lors de la campagne présidentielle, le candidat Macron annonçait son intention de créer une « task-force anti-Daesh », chargée 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 de la coordination des services de renseignements et placée auprès du président de la République. Problème : comment faire cohabiter cette « task-force » avec le poste de coordonnateur national du renseignement (CNR), occupé depuis août 2016 par le préfet Yann Jounot, 58 ans ?.

Pour énumérer les défis qui se posent au nouveau président en matière de renseignements, L’Essor a demandé son avis à un ancien directeur de l’un des trois services cités ci-dessus.
S’exprimant sous la condition de l’anonymat, ce spécialiste a relevé trois domaines, selon lui, essentiels. Il faut d’abord renforcer la coordination entre les services en matière opérationnelle, d’échanges, de préparation de l’avenir dans les technologies de pointe. Il faut surtout aussi mieux coordonner les ressources humaines : qui recruter et où ; dans quelles spécialités ; dans quelles conditions ; quelles passerelles entre les services jusque là restés très perméable aux « transfuges ».
Cela passe, deuxième idée, par davantage de mutualisations et une politique de ressources humaines volontaires, pour l’ensemble de la communauté du renseignement, et non seulement pour la DGSE. Celle-ci va volontiers pêcher dans le vivier des grandes écoles et des universités.
Enfin, et l’on rejoint ici la problématique de la « task-force anti Daesh », cet ancien haut responsable, suggère de donner davantage de pouvoirs et de moyens au coordonnateur national du renseignement. Celui-ci devra être, tout comme le DGSE l’est actuellement, l’interlocuteur direct du chef de l’Etat et non plus celui du secrétaire général de l’Elysée.
Cet ancien chef d’un service de renseignement s’interroge par ailleurs sur le rôle et la place qui seront assignés au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Dirigé depuis octobre 2014 par Louis Gautier, conseiller maître à la Cour des Comptes.
Le SGDSN, un service du Premier ministre, joue un rôle moins important qu’auparavant mais non négligeable en matière de renseignement puisqu’il est assure le secrétariat du Conseil national du renseignement, présidé par le chef de l’Etat. De plus, le SGDSN coiffe l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), chargée de la cybersécurité de l’Etat et des opérateurs d’importance vitale (télécommunications, transports, hôpitaux, distribution de l’énergie …). Le SGDSN gère également le Groupement interministériel de contrôle (GIC) qui assure les écoutes « de sécurité », décidées par le gouvernement, par opposition aux écoutes « judicaires » ordonnées par un magistrat.
Or, Louis Gautier est un membre actif du groupe de réflexion Orion sur le renseignement, qui fait partie de la Fondation Jean Jaurès, “think tank” du PS. Problème : le groupe Orion prône de recentrer à nouveau la coordination du renseignement auprès du Premier ministre ! Une perspective très éloignée de celle du nouveau président de la République.
Pierre-Marie Giraud

Quelle place pour la Gendarmerie dans le renseignement?

La question de la place et du rôle de la Gendarmerie nationale dans le renseignement va se poser avec acuité notamment dans la lutte contre le terrorisme.

La gendarmerie qui a créé son propre service de renseignement, le SDAO, service d’anticipation opérationnelle, a intégré le renseignement territorial ( une direction de la sécurité publique) mais a du mal à s’y imposer.

Sa place au sein de la DGSI est encore marginale alors que des gendarmes devaient rejoindre ce service. Un policier, officier de liaison,  de la DGSI a été nommé à la DGGN, mais les gendarmes ambitionnent plus de responsabilités dans le renseignement. N’ont -ils pas dernièrement continué à l’arrestation de deux terroristes à Marseille grâce à un précieux renseignement.?  Et n’ont ils pas interpellé un terroriste à Evreux qui était prêt à passer à l’action.

D.C

 

 

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2 Commentaires

  1. Il est extrêmement périlleux politiquement parlant de créer un organisme “anti Daech (1)” auprès de la présidence. C’est en effet placer une cellule en charge de la guerre secrète – qui utilise parfois des moyens illégaux – auprès du président de la République qui ne bénéficie plus de “pare-feu” en cas de problème de responsabilité (c/f l’affaire du Rainbow Warrior).
    Par contre, augmenter les prérogatives du coordonnateur du renseignement semble être une voie intéressante à explorer.

    1. La menace d’aujourd’hui n’est pas représentée que par Daech mais aussi par Al-Qaida “canal historique” et autres mouvements salafistes-djihadistes. Demain, d’autres mouvements revendicatifs violents seront aussi une menace pour la stabilité de l’Etat. Il convient de ne pas les oublier non plus le crime organisé qui se fait très discret pour développer ses “affaires” en toute quiétude.

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