vendredi 21 juillet 2017
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Photo d'illustration (S.D/L'Essor).

Mort d’Adama Traoré : ce que contient l’expertise

Un an après la mort d’Adama Traoré, une expertise confirme sa mort par asphyxie, reliée à des fragilités antérieures, mais sans résoudre l’inconnue au cœur de l’affaire: a-t-elle été provoquée par l’interpellation des gendarmes ce 19 juillet 2016 ?

Lors de son arrestation après une course-poursuite, le jeune homme âgé de 24 ans avait été maintenu au sol sous “le poids des corps” de trois gendarmes, selon les déclarations de l’un des militaires qui assurait n’avoir porté aucun coup.

Une des causes possibles de la mort, c’est le placage ventral des gendarmes qui contribue à une compression thoracique“, affirme Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille qui dénonce depuis le début une “bavure“.

Lundi, les juges d’instruction parisiens, qui ont repris en décembre cette enquête ouverte à Pontoise, ont reçu la contre-expertise anatomo-pathologique que l’avocat avait demandé en vue de confirmer cette hypothèse.

L’ensemble de ces constatations permet de conclure que la mort est secondaire (consécutive, ndlr) à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress – d’un état antérieur plurifactoriel“, écrivent les médecins au terme de leur rapport.

Parmi ces facteurs, ils citent notamment une anomalie cardiaque (une “cardiomégalie” modérée) et une maladie inflammatoire. Une formulation qui laisse ouverte la question des circonstances du décès d’Adama Traoré, dont la mort avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) et ses environs.

La première autopsie avait conclu à une “absence de cause immédiate au décès“, mais identifié un “syndrome asphyxique” et des “lésions d’allure infectieuse“.

Dans sa communication, jugée “partielle et partiale” par Me Bouzrou, le procureur de Pontoise n’avait alors pas mentionné cette asphyxie mais invoqué une “infection très grave” pour expliquer la mort du jeune homme. La thèse avait suscité la colère de l’entourage d’Adama Traoré mais été vite balayée par la contre-autopsie, qui avait relevé “l’absence de point d’appel infectieux“. Elle concluait à une mort par “syndrome asphyxique” à confirmer par un examen anatomo-pathologique.

Réalisé en septembre, ce premier examen approfondi des organes avait avancé l’hypothèse d’une cardiomyopathie “exposant M. Traoré au risque de mort subite” et relevé plusieurs anomalies pouvant avoir contribué au décès.

“Etat antérieur plurifactoriel”

C’est cet examen que discute le rapport déposé lundi, réalisé à partir des mêmes prélèvements, le corps du jeune homme étant enterré au Mali. Selon ses auteurs, l’hypothèse d’une cardiomyopathie “ne peut être retenue avec certitude“, et de nouveau ils écartent tout “état infectieux antérieur“.

En revanche, les experts médicaux relèvent plusieurs fragilités potentiellement à l’origine de l’asphyxie, notamment une “cardiomégalie” qui, “bien que modérée“, “peut s’être décompensée sur un mode aigu à l’occasion d’un effort (trouble du rythme ? poussée d’insuffisance cardiaque ?)”. Avant de prendre le poids des gendarmes sur lui lors de son arrestation, Adama Traoré avait couru pour fuir à un contrôle d’identité dans l’après-midi de ce jour de canicule.

Rattrapé, il était parvenu à s’échapper avant d’être retrouvé dans un appartement et maîtrisé. Le jeune homme avait alors confié ses “difficultés à respirer“. Il avait perdu connaissance lors de son transport vers la brigade de Persan.

Une autre interrogation porte sur les secours prodigués à Adama Traoré. Un des pompiers appelés sur place a déclaré aux enquêteurs que le jeune homme n’avait pas été placé en position latérale de sécurité mais était face contre terre, menotté, et qu’un gendarme lui avait indiqué qu’il “simulait” un malaise. Son décès avait été constaté environ une heure et demie après son interpellation.

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