dimanche 19 novembre 2017
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Le petit-fils du poilu, Robert Allard, sa femme, et un membre de la famille et le commandant de compagnie de Cannes, le chef d’escadron Jean-Paul de Azevedo. (Photo/DR).

Les experts gendarmes redonnent un visage au poilu Claude Fournier

“C’était très émouvant de découvrir le visage de mon grand-père, ma mère, décédée en 2011 aurait tant aimé le connaître, elle avait quatre ans quand il est mort”.

Ce lundi 6 novembre, à Cannes, à deux pas de la caserne qui abrite la gendarmerie, dans le quartier République, le chef d’escadron Jean-Paul De Azevedo, commandant la compagnie était le messie d’un jour pour la famille Allard.

L’officier a en effet révélé à Robert Allard et à ses proches, le visage de son grand-père, le sergent Claude Fournier, mort pour pendant la première guerre mondiale, “ Tué devant Douaumont” le 4 août 1916 mais dont le corps n’a été retrouvé que le 6 mai 2015.


Histoire : sur les traces d’un soldat inconnu

Commence alors ce jour là une belle histoire qui allait donner lieu à une prouesse scientifique et à une première  réalisée par les gendarmes de l’Institut de recherches criminelles de la Gendarmerie Nationale, le fameux IRCGN dont sont si fiers les gendarmes: la reconstitution du visage d’un soldat grâce à l’ADN! Comme cela a été fait en Angleterre pour le roi Richard III.

Ce 6 mai 2015, le chantier du nouveau Mémorial de Verdun délivre trois squelettes enchevêtrés à deux mètres de profondeur dans la glaise noire comme le rapporte à l’époque L’Est Républicain qui publie des photos des squelettes.

Il n’y a là que des restes de fibres de vêtements, des balles de fusil Lebel, des brodequins, des casques Adrian, des cartouchières, des boutons d’uniforme, des couverts, des crayons, bougies, un lorgnon et…une fiole de “Ricqlès“, encore à moitié pleine!  Et un pistolet Mauser précise Robert Allard. Mais rien ne permettant d’identifier les trois “poilus“.

Une simple plaque “Claude Fournier 1900, Mâcon

Mais il y a surtout une plaque d’identité ” Claude Fournier 1900, Mâcon”.

Les recherches auprès du ministère de la Défense nous apprennent que ce Fournier, né en 1880, à Colombier-et-Brionnais en Saône-et-Loire a été appelé sous les drapeaux en 1901, libéré en 1904 puis rappelé comme réserviste en 1914.

Le sergent Fournier serait le deuxième accroupi en partant de la gauche ( flèche rouge) (Photo DR)

Comme le précise dans un autre article L’Est Républicain,  le maire de la petite commune bourguignonne, Jean-Paul Malatier, se prend de passion pour l’histoire avec le Souvenir Français, et plus spécialement l’un de ses adhérents, Hervé Cardon, un chercheur.

Le docteur Bruno Frémont, médecin-légiste à Verdun est dépêché sur place et commence son travail d’identification afin d’essayer de savoir si l’un des trois corps est celui du soldat Fournier. Il remarque que l’un des trois squelettes correspond à un homme plus âgé que les deux autres mais seule une analyse ADN permettrait d’identifier à coup sûr le soldat. Reste à trouver de la famille et à obtenir leur accord.

Un descendant retrouvé à Cannes

L’unique descendant,  Robert Allard,  est localisé à Cannes.

« Un beau matin, je reçois un appel de M. Malatier, le maire de Colombier-en-Brionnais, le bourg natal de mon grand-pèreIl m’annonce que l’on a retrouvé trois corps. Par élimination, il pense que le plus âgé est celui de mon grand-père. » 

La taille d’1,66 mètre correspond exactement à la taille indiquée dans le livret d’incorporation et il y a cette fameuse plaque. “Il m’a alors demandé si je pouvais me soumettre à un test ADN pour en être sûr. Ce que j’ai évidemment accepté” poursuit le petit-fils, un ancien œnologue à la retraite. Une cousine descendante par les femmes accepte aussi.

Le ministère de la Défense donne aussi son accord.  Le légiste prélève alors un morceau de fémur et une dent sur chaque cadavre. Les instituts médico-légaux de Strasbourg et de Paris avec le docteur Tania Delabarde, anthropologue, se lancent dans l’aventure précise aussi l’Est Républicain.

La bonne nouvelle tombe : comme dans la série TV des “experts”  l’ADN “matche“.

Mais il n’y a pas, ou plus de photos  de Claude Fournier . “J’en avais quelques unes héritées de ma mère, mais tout a été emporté lors des inondations à Cannes en 2015” déplore Robert Allard.

Pas de photo non plus sur son livret militaire et dans les archives de l’armée, ni sur sa fiche le déclarant “Mort pour la France” et consultable sur le formidable site “Mémoire des hommes“.

Une photo de groupe est retrouvée.

“Nous pensons avec une quasi certitude que mon grand-père est en bas en gauche avec un quart à la main” a confié à l’Essor Robert Allard.

L’IRCGN redonne un visage au poilu!

Le crâne est alors envoyé à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale au Pôle judiciaire de la Gendarmerie Nationale (PJGN)  de Pontoise qui réalise un portrait-robot grâce à un logiciel de reconstitution faciale.

L’adjudant Franck Nolot, du département anthropologie hématomorphologie travaille sur le crâne du défunt.

Soixante-dix points de mesure permettent une reconstitution du visage.

Le capitaine Amaury Pussiau du service central d’analyse génétique de la gendarmerie, réalise, lui, le portrait-robot génétique en comparant les ADN du soldat et de son petit-fils.

Le 21 février 2018, pour la commémoration de la bataille de Verdun, le sergent Claude Fournier reposera à la Nécropole de Douaumont parmi d’autres camarades tombés au champ d’honneur. Une cérémonie sera organisée. La famille Allard y a été conviée.

“Peut-être va t-on nous restituer ses objets personnels” espère le petit-fils qui ne se lasse pas de contempler le portrait de ce grand-père héros de Verdun.

Didier CHALUMEAU et Sophie DESMARES

Rappelé comme réserviste en 14

Les réservistes ont été des dizaines de milliers à être rappelés en 14. Claude Fournier était l’un d’eux. Fils d’un couple de cultivateurs, il avait un degré d’instruction de niveau 3, ce qui correspondait selon l’instruction du ministère de la guerre du 4 décembre 1889 qu’il savait lire, écrire et compter.

Un bon niveau d’instruction primaire précise le chercheur Hervé Cardon qui a rédigé sa notice biographique pour la cérémonie d’hommage qui a été organisée par Jean-Paul Malatier, le maire du village et le souvenir Français de Charolles et du Brionnais le 6 août 2016 en présence de la famille, du conseil municipal et des enfants des écoles.

Déclaré bon pour le service armé par le conseil de révision, il est incorporé au sein du 10 ème régiment d’infanterie stationné à Mâcon. ( Saône-et-Loire). Il est libéré le 18 septembre 1904 avec le distinction de 1 ere classe et est rattaché dans la réserve active au 134 ème Régiment d’infanterie territoriale de Mâcon.

Il rejoint la région lyonnaise où il apprend le métier de jardinier et rencontre puis épouse Jeanne-Marguerite Beaudet qui lui donnera une fille, Jeanne-Antoinette, née en 1910. Lors de la mobilisation, Claude Fournier est rappelé en qualité de réserviste au 134 e RI, rattaché au 8 ème corps d’armée, 15 ème division d’infanterie. Son régiment compte 59 officiers, 3360 soldats et 176 chevaux.

Le régiment part au front par le train et participe à la bataille de Montagne en Meurthe-et-Moselle. Le village de Rozelieures est repris à la baïonnette mais le régiment, faute de renforts, se replie et subit de lourdes pertes (150 morts et 1300 hommes hors de combat, dont plusieurs noyés dans un ruisseau).

La 15 ème division est ensuite engagée au  nord de Saint-Mihielet autour de la forêt d’Apremont dans la bataille de la Woervre. Claude Fournier est nommé caporal le 18 juillet 1915. Il est promu sous-officier à la suite des combats à l’est de la cote 193 sur la route de Tahure à Somme-Py, des combats au couteau dans les tranchées.

Le 15 juin 1916, le sergent Fournier est cité à l’ordre de son régiment et décoré de la Croix de guerre. “Gradé énergique et dévoué d’une grande bravoure, s’est signalé particulièrement aux combats du 6 au 8 octobre 1915 et du 7 au 12 juillet 1915, s’est offert comme gradé de quart volontairement, prenant avec calme toute disposition“.

A partir du 25 juillet 1915, sa division rejoint Verdun et se bat sans interruption. Le 3 août, ordre est donné de pousser l’assaut sur le village de Fleury qui est repris. Mais le lendemain, ce sont les Allemands qui le reprennent et Claude Fournier tombe sous le feu de l’ennemi. Son corps sera retrouvé un siècle plus tard. D.C

Source : Hervé Cardon, Souvenir Français

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