vendredi 24 février 2017
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Me Laurent-Franck Liénard, avocat au barreau de Paris
Me Laurent-Franck Liénard, avocat au barreau de Paris et spécialiste de la défense des membres de forces de l’ordre. (Photo/L'Essor).

“La formation au tir est la honte de notre pays”

Me Laurent-Franck Liénard est avocat au barreau de Paris et spécialiste de la Défense des membres de forces de l’ordre. Pratiquant le tir, il est membre de l’Association internationale des instructeurs de tir de police. Il est également instructeur pour le pistolet à impulsions électriques Taser. Lieutenant de la réserve opérationnelle de la Gendarmerie, il dispense à certaines unités de l’Institution, dont le GIGN, des formations sur les questions juridiques entourant l’usage des armes à feu.

«  L’Essor  ». – Combien de fois utilise-t-on une arme, chaque année, en Gendarmerie ?

Me Liénard. En 2012, le nombre total d’usage des armes à feu et des moyens de forces intermédiaires était de 90 cas, soit une augmentation de +11 % par rapport à 2011 (81 cas). Si l’on mélange les chiffres de la Gendarmerie et de la Police, on arrive à une ouverture de feu tous les jours.  Globalement, il y a une l’ouverture de feu tous les trois jours pour la Gendarmerie et une tous les deux jours pour la Police.

«  L’Essor  ». – Comment ces chiffres nous placent-ils par rapport à d’autres pays ?

Me Liénard. Outre-Atlantique, les policiers tirent pas mal. Mais si l’on considère le nombre total d’ouvertures de feu, il y a plus de délinquants qui sont tués par des citoyens armés que par des policiers.

Par ailleurs, les policiers aux Etats-Unis sont répartis dans 10 000 agences de police distinctes ! Chaque municipalité a sa propre police, et il y a très peu d’agences fédérales comme le FBI, les services secrets ou la DEA. Et encore, le FBI, ce sont 100 000 administratifs pour 10 000 agents ! Il est donc compliqué de faire des ratios statistiques qui soient conformes à ce que l’on connaît.

«  L’Essor  ». – L’usage de l’arme ne signifie pas provoquer la mort de quelqu’un ?

Me Liénard. Loin de là, parce que le pourcentage de touchés en usage est de moins de 10 %. Cela signifie que, généralement, quand on tire, on rate.
Pourtant, à partir du moment où vous utilisez une arme létale, il faut assumer le risque létal. On apprend aux gendarmes à tirer dans le bassin ou dans les jambes. Cela tue les gens. J’ai eu un cas cette année de tir mortel dans les jambes par des gendarmes. Le type est parti en courant avec son artère fémorale percée, et il est mort. S’il avait été touché au thorax, il ne serait peut être pas mort.

«  L’Essor  ». – A partir du moment où l’on appuie sur la détente, il faut envisager la mort de l’adversaire ?

Me Liénard. La mort est potentielle. Lorsqu’on envoie un projectile létal, qu’on le veuille ou non, il faut assumer ce risque. D’autant que ce risque de létalité existe non seulement pour celui est visé, mais aussi pour la victime collatérale. Comme, dans 90 % des cas, le tir est raté, on prend le risque, en appuyant sur la détente, de tuer la petite fille de 12 ans qui est à 200 mètres de là. C’est une très lourde responsabilité, et c’est pour cela qu’on ne tire pas pour faire du bruit ou donner des coups de semonce.

«  L’Essor  ». – Certains gendarmes disent qu’on leur recommande plus ou moins d’éviter au maximum de se servir de leur arme.

Me Liénard. Pour moi, c’est criminel. Dans ce cas-là, il ne faut pas les armer. Si on donne à quelqu’un un outil, c’est parce que cet outil a une finalité. Dans l’Education nationale, on appelle un stylo un outil scriptural. Pour moi, l’arme est un outil lésionnel. Si je donne un tel outil à quelqu’un, je le forme convenablement, je lui dis dans quel cas l’utiliser, et j’ai confiance en lui. Sinon, il faut que je le lui enlève, car il n’y a rien de plus dangereux que de donner un outil lésionnel à quelqu’un.

«  L’Essor  ». – Les gendarmes des brigades sont-ils suffisamment formés, selon vous ?

Me Liénard. Qu’il s’agisse de la Police ou de la Gendarmerie, la formation est la honte de notre pays. On donne une arme aux gens sans les former ni les informer, alors que c’est une composante de l’uniforme qui va servir potentiellement à sauver leur vie. On ne met pas du tout les moyens qu’il faut, même en formation initiale.
Regardez une séance de tir : on leur donne une position figée et un nombre de cartouches extrêmement réduit, alors qu’il faudrait habituer les gendarmes a manipuler leur arme le plus souvent possible. Si on vous donne une nouvelle moto, il faut 2 000 km avant de savoir la manier. La formation passe par un phénomène de sevrage. Il faut tirer beaucoup pour comprendre comment cela fonctionne et pour avoir l’arme en main. Au FBI, les gens qui ont du mal avec leur arme se retrouvent avec cette dernière scotchée dans la main pour rapprendre à vivre avec. C’est excellent ! Il faut dédramatiser l’outil et apprendre à s’en servir.
Tirer, c’est compliqué, et bien tirer, encore plus.

«  L’Essor  ». – Toutes les unités n’ont pas les mêmes moyens que le GIGN. Pour d’aussi grands nombres, qu’y a-t-il comme solution de formation ?

Me Liénard. Le tir à sec, c’est-à-dire le tir sans cartouche. Cela fonctionne très bien.
Qu’on fasse une formation tous les jours de tir à sec. Qu’on leur fasse manipuler leur arme, prendre une visée, la sortir de l’étui, tirer sans cartouche…

De cette manière, il n’y a pas de réticences, de craintes ou de doutes. Le souci que l’on a dans les ouvertures de feu en Gendarmerie, c’est que ce sont soit des gens qui ont levé toutes les inhibitions et qui tirent n’importe comment, sans aucun respect des règles ; soit des gens qui sont complètement inhibés et qui ne veulent pas sortir l’arme, quoi qu’il arrive. Sur les deux femmes gendarmes abattues à Collobrières, la deuxième l’a été avec son arme à la ceinture. La policière municipale Aurélie Fouquet également.

«  L’Essor  ». – Dans un cas comme dans l’autre, l’attaque a été soudaine, inattendue et extrêmement violente. Comment dompter la panique ?

Me Liénard. Je pense que si un gendarme connaît exactement son arme, ses capacités, et qu’il est à l’aise avec, il la porterait déjà chambrée, c’est-à-dire prête à tirer. De nombreux gendarmes préfèrent porter leur arme non chambrée. C’est très dangereux. Et, en cas de besoin, ils n’auront pas forcément la deuxième main libre. Si, dans la panique, ils tirent et que rien ne se passe, la panique sera encore plus grande.

«  L’Essor  ». – On ne peut transformer chaque gendarme en spécialiste du tir…

Me Liénard. Non, mais ils pourraient tous s’entraîner à la Fédération française de tir. Une licence, c’est 150 euros par an, et une heure d’avocat, c’est 300 euros. Si vous passez devant une cour d’assises, il va vous en falloir, des heures. On estime qu’un tel procès coûte entre 30 000 et 50 000 euros !
Entraînez-vous. Quand on est gendarme, on ne boxe jamais assez, on ne court jamais assez, et on ne tire jamais assez.

«  L’Essor  ». – Quelles sont les limites juridiques à l’usage des armes  ?

Me Liénard. – Un gendarme qui tire sur quelqu’un commet une infraction, sauf s’il agit dans le cadre d’une justification légale reconnue par le droit français, qui l’autorise à le faire. C’est le cas dans quatre situations : la démence, l’état de nécessité, la légitime défense et le commandement de l’autorité légitime.

Au-dessus de tout cela, il y a la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme qui, dans son article 2 consacré au droit à la vie, dit que l’homicide n’est possible qu’en cas d’absolue nécessité. Comme c’est une norme supranationale, elle est supérieure à la loi. L’usage des armes doit répondre à une absolue nécessité.

«  L’Essor  ». – Les gendarmes ont un cadre juridique particulier

Me Liénard. Un article du code de la défense les autorise à utiliser leur arme dans quatre cas précis. C’est pour cela que les gendarmes sont considérés comme favorisés par rapport aux policiers, qui n’ont que la légitime défense. Mais, en 2003, la Cour de cassation a dit que ces dispositions ne pouvaient être contraire à l’article deux de la Convention européenne des droits de l’homme. Et, pendant dix ans, elle a refusé de reconnaître « l’absolue nécessité » pour les gendarmes, dont tous les tirs ont été cassés.

«  L’Essor  ». – Ce qui était normal, puisqu’il s’agit d’une norme supérieure.

Me Liénard.  Oui, mais la Cour de cassation aurait pu dire que le tir du gendarme était absolument nécessaire dans certains cas. C’était une prise de position très ferme de sa part, et qui était très politique. Depuis, il y a eu un revirement de jurisprudence en 2013, sur un tir qui était plus que bancal techniquement. La Cour de cassation à dit que le gendarme était en situation d’absolue nécessité.

Avant cet arrêt, on était dans une situation très compliquée. Un gendarme qui tirait sur un individu en fuite, avec les sommations « Halte ! Gendarmerie », n’avait aucun souci s’il le blessait, car il rentrait dans le cadre de l’autorisation de la loi. Mais il passait à la moulinette si la personne décédait.…

«  L’Essor  ». – C’est ce qui s’est passé à Draguignan.

Me Liénard. Oui, les juges d’instruction ont rendu un non-lieu, qui a été infirmé par la chambre d’instruction de la cour d’appel : elle a estimé qu’il n’y avait pas de nécessité à tuer, et a renvoyé le gendarme devant la cour d’assises. Il a été acquitté par cette cour d’assises, et comme la partie civile ne peut pas faire appel d’une décision d’acquittement, celle-ci est devenue définitive. Il s’en est bien sorti parce qu’en droit, il avait tout faux.

«  L’Essor  ». – Qu’implique cette différence entre gendarmes et policiers, que les syndicats de police contestent ?

Me Liénard.  Les règles favorables ont quand même permis de sortir des gendarmes de certaines situations embêtantes, notamment sur l’usage des moyens de forces intermédiaires. Des policiers auraient pu être poursuivis sur des faits identiques.
C’est une bonne couverture pour la Gendarmerie, mais elle est à géométrie variable et soumise à la norme supranationale européenne. C’est pour cela que le discours des syndicats de Police est complètement erroné.

D’abord parce qu’ils oublient qu’il y a la norme supranationale de l’absolue nécessité, à laquelle on ne peut pas déroger. D’autre part, plus la réglementation va être ouverte, et plus la jurisprudence va être verrouillée. C’est ce que nous a appris la Cour de cassation de 2003 à 2013.

«  L’Essor  ». – L’instabilité juridique que vous décriviez ne paraît pas avoir avantagé les gendarmes…

Me Liénard. Ce qui pose aujourd’hui problème, ce ne sont pas les textes, mais l’interprétation qui en est faite par les magistrats. Ils ont une méconnaissance complète, en pratique, des situations de danger des forces de l’ordre. Ils ne tournent pas assez dans les voitures de police et ne sont pas confrontés à la violence que les policiers vivent. Ils ont donc une approche très restrictive des règles de légitime défense. Ce qu’il faut changer, c’est l’approche judiciaire.
Vous pouvez changer tous les textes que vous voulez mais plus vous allez ouvrir les vannes juridiques de l’usage des armes pour les policiers, et plus les policiers vont ramasser au tribunal. En plus, vous allez lever les inhibitions, et cela va créer des cas de plus en plus problématiques d’usage des armes.

«  L’Essor  ». – Cela fait beaucoup de paramètres à prendre en compte au moment de tirer.

Me Liénard. Pourtant, schématiquement, la question de l’usage de l’arme ou de la force est très simple. Pourquoi est-ce que je tape ou que je tire sur quelqu’un ? La réponse est simple : c’est parce que c’est indispensable et que, si on ne le fait pas, il va y avoir des morts ou des blessés. Sinon, un gendarme ou un policier est au service du citoyen, et il n’a pas à lui taper dessus.
S’il est indispensable de tirer sur l’un des frères Kouachi parce qu’il a une Kalachnikov et qu’il va vous tuer, vous tirez ; il n’y a pas de question à se poser.

«  L’Essor  ». – Cet exemple est biaisé, car il est trop extrême et ne représente pas tout l’éventail des situations qui se présentent sur le terrain. Le terroriste est à une extrémité du spectre. Au centre, il y a une zone plus grise.

Me Liénard. Oui, mais si je multiplie les coups de bâton télescopique sur la jambe de quelqu’un qui refuse de rentrer dans la voiture parce qu’il refuse de me suivre, j’accomplis un acte qui n’est pas digne de ma fonction. Mes coups ne sont pas justifiés ou nécessaires, donc je sors du cadre.

«  L’Essor  ». – On revient sur la question de la formation.

Me Liénard. Le gendarme qui est sûr de lui parce qu’il est sportif, qu’il se forme régulièrement et qu’il monte sur le ring toutes les semaines, n’a pas besoin de distribuer de multiples coups de poing, de pied ou de bâton. Il sait être chirurgical et ne frapper que lorsque c’est nécessaire, pour éviter des blessures.
Parfois, vous voyez des situations ubuesques, dans lesquelles les gendarmes ou les policiers ont des comportements qui n’ont aucune justification, parce que les gens sont faibles techniquement, physiquement, et juridiquement en plus.

«  L’Essor  ». – Que pensez vous de la demande de présomption de légitime défense parfois portée par des syndicats de police qui regrettent la mise en examen des policiers auteurs de tirs ?

Me Liénard. La présomption de légitime défense est une absurdité car elle n’est pas irréfragable : on peut apporter la preuve contraire. Pour qu’il y ait légitime défense, il faut une décision judiciaire par un juge d’instruction qui constate ce cas de légitime défense. Le débat judiciaire est le jeu normal des institutions.

Lorsqu’on est policier et que l’on refuse d’être mis en examen alors qu’on a tué quelqu’un, c’est qu’on n’a pas compris qui on était, et qu’il va vite falloir rouvrir des livres d’instruction civique.  Policiers ou gendarmes sont des citoyens couverts par des textes favorables, mais aussi soumis à la contrainte judiciaire et au jeu normal des institutions. La mise en examen n’a jamais tué personne.

Propos recueillis par Matthieu Guyot et Nathalie Deleau

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18 Commentaires

  1. Je me permets de répondre en tant qu’ancien moniteur de tir de la police nationale.
    C’est vrai dans la formation nous avons beaucoup de retard, mais a force de voir la hiérarchie tarabuster les subordonnés avec l’usage des armes. Nous sommes victimes de tous ces angoissés qui ont en une frousse bleue de ne pas pouvoir atteindre le grade supérieur. Je suis un ami de patu…. des services aussi prestigieux ont rencontrés des difficultés.je rappellerai l’affaire de l ‘école de Neuilly. Je n’arrive pas a comprendre certains magistrats qui ont une approche critique et souvent anti police ou gendarmerie. La légitime défense fait partie de notre bible.
    J’aurai trop de choses à dire. mais sachez que nous suivons tous vos écrits et vos propos de plus vous êtes un juriste très éclairé sur le sujet. Merci Respectueusement.

  2. P Tendon

    Un bel article mais il faudrait que l auteur fréquente lui aussi comme les juges un peu le terrain.
    Oui, la formation au tir est une calamité et oui les juges sont des calamités quand ils jugent car ils ont le temps pour le faire alors qu’un tir c est souvent 2 balles , 2 m et de nuit

    Et désolé mais vu le secret de l’instruction et les médias, une mise en examen avec la pression des communautés correspond déjà à un assassinat en puissance

  3. ducon

    quand tous nos intellectuels du gouvernement auront compris qu’il faut donner des moyens à nos personnels, et non comme Taubira faire de la prison des centres aérés pour taulards. Bien triste France.

  4. FONTAINE

    La police municipale à obligation de tirer 200 cartouches par an et ce en présence d’un moniteur de tir sur un parcour police en situation,je vous invite Me LIENARD si un jour vous venez dans la région de Cannes à venir au TIR CLUB D ANTIBES pour y assister,et ce pour une raison ,vous ne parler en aucun cas des Polices Municipales dans votre forum dommage !!!!!………JPF…..

  5. PIQUES JC.

    A enseigner dans les écoles de Police et de Gendarmerie ça éviterait

    certaines bavures dues à la méconnaissance du sujet.

  6. LULU

    Très bon article. C’est sûr qu’il y a un gros problème en gendarmerie puisqu’un militaire ne tire que……………..30 cartouches par an au PA, ce qui est vraiment très très insuffisant.

  7. legrand

    effectivement, je suis d’accord les formations aux tirs en générale dans nos institutions Police et ou Gendarmerie, sont trop figées. je suis MMA en police municipale et je suis allé malheureusement au combat avant ma carrière PM. aujourd’hui j’essaie d’apporter à mes stagiaires une réalité dans l’usage des armes. il faut être préparé et prêt à aller au combat quand on est policier sur la VP !

  8. ALLEXANT

    J’ai 37 ans de brigade de Gendarmerie derrière moi. J’ai dépassé ma 40 ème licence à la FFTir. Le tir de compétition quelque soit la discipline n’a rien à voir avec le tir gendarmerie. Il est inutile d’envoyer des gendarmes dans les clubs de tir car ils ne pourront pratiquement jamais faire du tir de riposte, très peu de clubs ayant ce types installations.

  9. BELLEGO

    Je partage l’avis éclairé de Maître LIENARD sur la question de la formation au tir. En cas d’usage des armes par un militaire, celui-ci n’ayant pu effectivement ses tirs “réglementaires”, est-il possible d’invoquer cet état de fait devant les juridictions pénales ? En d’autres termes, la responsabilité de la hiérarchie qui n’a pas donné à l’intéressé la possibilité de s’entraîner correctement peut-elle être recherchée et engagée ? Ce ne serait que justice car les vrais responsables sont ceux qui ne donnent pas aux policiers et gendarmes de s’entraîner à tirer. Et quand je dis s’entraîner, je ne parle pas de ces tirs de précision à 15 ou 25 mètres qui ne présentent aucun intérêt pratique sinon manier et se familiariser avec son arme. La réalité est toute autre et Maître Liénart en parle remarquablement dans son ouvrage. En cas d’usage des armes, le carnet de tirs du militaire incriminé est-il un élément démandé/fourni par les magistrats ? Ayant eu à commander un escadron, j’avais été contraint de faire de menacer, lors d’une inspection groupement, le Cdt de région zonale pour obtenir des cartouches d’instruction. L’argument que j’ai développé devant lui consistait à dire que en cas de mise en cause pénale de l’un de mes hommes, je m’engageais à témoigner en sa faveur en invoquant le fait qu’il ne m’a pas été possible d’effectuer les tirs d’instruction faute de munitions. Quelques jours après cette sortie qui m’a valu l’ire du Cdt de GGM IV/7, un camion avec des cartouches s’est présenté à l’unité… Pour les cdts d’unité, réaliser les tires est un casse-tête d’autant que, avec le rythme de déplacement des escadrons, les occasions sont rares. Les “gens d’arme” ne sont plus réellement ce qu’ils étaient ! Ce qui vaut pour les tirs au PA vaut également pour l’entraînement avec les grenades MO. Exception faite des stages de perfectionnement au CNEFG à Saint-Astier, les GM n’ont pas l’occasion de s’exercer. A Sivens, l’auteur malheureux du jet d’OF F1 mortel, avait-il eu la possibilité, lors d’instructions collectives, de s’exercer ? J’en doute ! Qu’en est-il des règles/doctrine d’emploi des armes ? Pour le PA, le PIE, le LBD, la GMD, il y a une instruction commune. Pour avoir décortiqué les arrêts de la CEDH, art. 2-2 de la CESLFDH, l’usage d’une arme est subordonnée à l’existence d’une doctrine d’emploi. Il s’agit de fixer les limites droite et gauche. Pour l’OF F1, il y a un vide qui n’a pas été comblé depuis l’abrogation de la fameuse instruction 7001 du 13 fév 1975 sur les opérations de MO menées par la Gie, bien que la fiche 36 en cours de refonte reprenant l’intégralité des recommandations concernant l’emploi de ces grenades offensives au MO. En cas d’usage d’une arme pour laquelle une telle doctrine d’emploi fait défaut, quelles conséquences potentielles cela peut-il avoir pour le militaire mis en cause ? Si le cadre légal d’usage de l’arme a été scrupuleusement respecté, je suppose que c’est sans conséquence ? Les gendarmes doivent, à mon sens, être informés de ce risque si il s’avérait réel. Si Maître LIENART peut nous éclaire sur ce point particulier. Je sais que pour les policiers municipaux, suite à l’intervention du conseil d’Etat, les modalités d’emploi du taser ont dû être précisées dans un arrêté. A la différence de la police et de la gendarmerie, il n’y a rien, à ma connaissance, concernant le flash-ball si décrié. J’invite les lecteurs de l’essor à lire le livre de Maître Liénart et à suivre ses recommandations préventives finales de son remarquable livre. Un gendarme, un policier averti en vaut deux !

  10. Jp

    Il existe au sein de la FFT, une discipline appelée Tir Sportif de Vitesse qui permet le tir dynamique sur gong . Bien que n’étant pas la panacée, il permet le tir en mouvement avec contrainte de temps.

  11. LL

    Bonjour,
    le TSV est un peu plus compliqué que du tir dynamique sur gong!!!
    il est effectivement une très bonne école, avec des tirs qui correspondent plus à des situations du terrain. Mais rien ne remplacera le parcours de tir “cibles aléatoires”.
    Cordialement

  12. Anthony

    Excellent article!
    Du très bon travail de journalisme sans parti pris et des réponses pertinentes…bravo

  13. papy

    Gendarme et tireur sportif, j’ai assuré pendant 10 ans la responsabilité d’une section tir au sein de l’institution. Tous les ans j’avais de nouveaux adhérents très souvent gendarme adjoint volontaire mais également sous officier qui venaient pour palier au manque de séance de tir. Même si le tir FFTir n’a rien à voir avec le terrain cela leur à permis de parfaire leur méconnaissance et l’appréhension de manipuler une arme. Je pratique le tir en situation qui est une discipline très proche de la réalité. Cette discipline demande du temps et des structures adaptés pour la pratiquer. Nos institutions devraient les développer.

  14. legauth

    Parfait cet article !
    Une question toutefois me vient à l’esprit, combien coute la formation intiale d’un gendarne et combien coute la formation de ce même gendrame pour les missions de sécurité routière ? Si l’un de vous a ces chiffres je serai trés curieux de les connaitre.

  15. Butez

    Bonjour, la formation doit être une priorité pour tout les professionnels de sécurité armé. Certes le tir est sous pratiqué. Certains PSA pratique le tir police a titre privé ce qui compense un certain manque. Les formations tir doivent inclure une formation tactique. La compréhension du terrain est primordiale et je constate que les PSA dans la plupart des cas ne savent pas se positionner. je veux prendre un exemple précis : l ouverture du feu des militaires sur un véhicule Qui a été filmé. Occuper le terrain, réagir, tirer implique d’être a la bonne place. Pour la sécurité de l agent des collègues et de la petite fille qui joue a 200 m. Un grand débat a ouvrir avec l évolution du nombre de personnes armés en service et hors service face aux événements.

  16. Lorsque dans le cadre de sa fonction un policier est contraint d’utiliser son arme à feu, il n’est pas en face de silhouettes noires ou blanches, de formes géométriques colorées, de plateaux, de quilles de bowling ou de ballonnets, mais il est en face d’un danger présenté par un être humain bien vivant sur lequel il a une fraction de seconde pour choisir de faire feu ou non avec, très probablement, une issue fatale pour quelqu’un.
    Ne pas préparer adéquatement ce policier à une telle situation tragique est une faute grave même si de nos jours les moyens font défaut.
    L’utilisation de cibles réalistes à format humain est le moyen le moins cher de s’entraîner à la réalité avec des balles réelles même s’il est plus commode d’utiliser les traditionnelles cibles de police noires datant de plus d’un siècle.
    Il est parfois consternant de constater que des fonctionnaires de police qui doivent expliquer devant les autorités judicaires les circonstances dans lesquelles ils ont fait usage de leur arme, n’ont jamais, au cours de leur formation ou leur entraînement au tir, été confrontés à des cibles d’apparence humaine.
    Francis DORAO
    Ancien moniteur de tir de la police Judiciaire de Liège
    SMV de la Police Fédérale Belge
    Créateur par nécessité et non par plaisir des cibles PJL

  17. Jonathan

    M. LIENARD
    J’ai bien lu votre article et je suis totalement d’accord avec vos grands principes insipides. Il est très simple pour vous qui n’avait que cela a faire; d’énoncer tous ces vertueux principes. Alors permettez moi à mon tour de parler pour ceux dont je fais partie. Nous les gendarmes de brigades sommes écrasés par une charge de travail que VOUS monsieur LIENARD ne pouvez même pas appréhender. Ensuite viennent se rajouter les services imposés les opérations compagnie ou groupement, ensuite viennent les impondérables liés aux interventions et aux actes judiciaires qui en découlent. Pensez vous, M LIENARD, qu’après tout cela nous avons le temps de penser à “monter sur le ring tous les jours” à faire joujou avec notre arme de service “à sec” dans les cours de nos unités au milieu de nos familles. Car c’est cela la réalité M LIENARD c’est 1 gendarme pour combien de milliers d’habitants. Alors avant de pondre vos réponses toutes faites après votre petit stage chez nos amis des forces spéciales, prenez de la hauteur, analysez le fond du problème. Les gendarmes font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on veut bien leur donner. Libérez moi au moins 1 journée par semaine et je vais les faire vos super exercices. Aborder un problème sensible par le bout de la lorgnette et énoncer des théories fumeuses est à la portée de n’importe quel idiot. Et j englobe la dedans ce fameux journaliste rédacteur de ce tissus d’inepties. Voilà cela devait être dit; vous voulez des super gendarmes alors commencez par leur donner les moyens de l’être.

  18. qu’appelle t’on sommation un tir ou autre chose?

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