samedi 23 septembre 2017
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Des gendarmes mobiles à l'entrainement (M. Guyot/Essor)
Des gendarmes mobiles à l'entrainement (M. Guyot/Essor)

L’avocate de trois gendarmes dans l’affaire Traoré : « On cherche à décrédibiliser les forces de l’ordre »

Le dossier judiciaire de la mort d’Adama Traoré le 19 juillet, lors de son arrestation à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), vise à « décrédibiliser les forces de l’ordre », assure Me Caty Richard, l’avocate des trois gendarmes qui ont tenté d’interpeller ce jeune homme de 24 ans.

Rappel des faits 

Ce 19 juillet, deux groupes de gendarmes vont intervenir pour interpeller Adama Traoré, recherché dans le cadre d’un avis de recherche pour extorsion de fond : trois gendarmes du Peloton de surveillance et d’intervention (Psig) de l’Isle-Adam ; un équipage de trois autres gendarmes de la même unité.

Les trois gendarmes du premier équipage effectuent des contrôles routiers à Beaumont-sur-Oise. Les gendarmes disposent d’un signalement. « Ils voient deux personnes qui correspondent à ce signalement – on saura plus tard qu’il s’agit de deux des frères Traoré – et procèdent au contrôle d’identité », explique Me Richard à « L’Essor de la Gendarmerie ». « L’un des deux individus – Bagui Traoré (le frère d’Adama) – se soumet à ce contrôle, tandis que l’autre – on saura plus tard qu’il s’agit d’Adama Traoré – prend la fuite », poursuit l’avocate.

L’un des gendarmes reste avec Bagui Traoré tandis que les deux autres tentent de rattraper Adama Traoré. L’un se tord la cheville et laisse son collègue poursuivre sa course. « Lorsqu’il rattrape Adama Traoré, celui-ci fait mine de sortir ses papiers mais le bouscule et reprend la fuite. On est alors dans le cadre d’une interpellation car il y a eu rébellion », affirme Me Richard.

Adama Traoré est rattrapé une seconde fois et est alors menotté. « Le gendarme qui l’interpelle se retrouve alors seul face à Adama puisque les deux autres gendarmes sont restés avec Bagui Traoré. C’est là qu’un ami d’Adama arrive et violente le gendarme qui se retrouve à terre. Adama et son ami prennent la fuite et vont se réfugier dans un appartement », retrace l’avocate.

La mission des gendarmes du premier équipage s’arrête là. Ce sont les gendarmes du second équipage qui vont interpeller Adama Traoré dans le cadre, cette fois, d’une évasion. Lors de son arrestation, le jeune homme est maintenu au sol sous “le poids des corps” de trois gendarmes, selon une source proche de l’enquête citant les déclarations de l’un des militaires. Amené la brigade de gendarmerie de Persan, Adama Traoré décède après plusieurs vaines tentatives de réanimation.

« Pas d’implication judiciaire » pour les gendarmes

Dans cette affaire, les gendarmes du Psig de l’Isle Adam ne sont pas poursuivis. « C’est presque notre problème, souligne Me Richard. Les gendarmes se retrouvent impliqués médiatiquement dans une affaire dans laquelle ils ne sont pas impliqués judiciairement ». L’affaire a effectivement suscité de nombreuses réactions politiques et ses rebondissements judiciaires – enquête dépaysée de Pontoise à Paris, demande d’une troisième autopsie – sont l’objet de nombreuses réactions.

Selon l’avocate, le manque de communication de la direction de la Gendarmerie dans cette affaire est particulièrement problématique : « Le public ne fait pas la différence entre le policier qui communique, fait communiquer ses syndicats, et le gendarme qui, lui, cultive le secret », avance t-elle. « Dans un dossier tel que celui de l’affaire Traoré, le public est amené à penser que les gendarmes se planquent, et que s’ils ne communiquent pas, c’est qu’ils sont en tort », poursuit Me Richard. Pour elle, cette affaire est « emblématique de l’évolution nécessaire de la communication de la Gendarmerie ».

Car, selon l’avocate, il y a une disproportion entre la communication de la famille d’Adama Traoré et celle des gendarmes : « La famille, elle, communique. Elle a accès au dossier et on la croit sur tout ce qu’elle dit. Elle n’est pas soumise au secret de l’instruction ni au secret professionnel, tout ce qu’elle dit est parole d’évangile ! », ironise Me Richard.

« La mort d’Adama Traoré est instrumentalisée »

Suite au décès d’Adama Traoré, sa famille a immédiatement évoqué une « bavure » policière. Une version qui a rapidement éclipsé celle des gendarmes selon l’avocate. « Les qualifications ont beaucoup évolué. Dans les médias, on est presque parti d’un assassinat pour ensuite parler de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, d’un homicide involontaire et aujourd’hui on en est à non-assistance à personne en danger ».

L’avocate observe par ailleurs que si la qualification des faits a évolué, le discours et l’attitude de la famille, des soutiens et des proches d’Adama Traoré sont devenus de plus en plus agressifs. « On se retrouve aujourd’hui face à un problème d’ordre public et d’instrumentalisation », considère Me Richard.

Plusieurs nuits d’échauffourées et d’insurrections armées ont ainsi eu lieu à Beaumont-sur-Oise et dans les communes voisines suite à la mort d’Adama Traoré.

Entre le 19 et le 25 juillet, 13 policiers et gendarmes ont été blessés par armes à feu et les forces de l’ordre ont essuyé au moins 60 coups de feu. Plusieurs tireurs ont été interpellés et placés en garde à vue provisoire. « 200 casseurs armés ont incendié une usine, détruit près d’une cinquantaine de voitures et on avait entre 40 et 50 incendies par nuit », précise à « L’Essor » le colonel Charles-Antoine Thomas, patron des gendarmes du Val-d’Oise. Le commandant de groupement affirme que les gendarmes ont subi cinq nuit d’émeutes « très difficiles » et ont pu « rétablir l’ordre rapidement sans qu’il y ait aucun blessé grave».

Quelques jours après les heurts survenus mi-novembre en marge du conseil municipal de Beaumont-sur-Oise, deux frères d’AdamaTraoré comparaissaient devant le tribunal de Pontoise pour poutrages, menaces et violences sur huit policiers et gendarmes.

Des gendarmes menacés de mort 

« On a tenté d’incendier une brigade, on a menacé des gendarmes et leurs familles, on a attaqué des domiciles de gendarmes », affirme le colonel Thomas pour qui la Gendarmerie  « n’a rien à se reprocher » dans cette affaire.

Les trois gendarmes primo-intervenants ont été mutés en province durant l’été. Des mutations « dans leur intérêt et non des mutations disciplinaires », tient à souligner leur avocate. « Leur premier choc a été de se retrouver accusés. La manipulation de l’opinion publique en avait fait des tueurs. Ces accusations sont devenues des menaces de mort. Ils ont donc brutalement déménagé avec leur famille », explique Me Richard. Ces gendarmes ont bien sûr également subi « le choc de la mort d’Adama Traoré, une mort imprévisible ».

L’avocat des trois gendarmes du second équipage, Me Laurent-Franck Liénard, a expliqué à « L’Essor » qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur cette affaire étant donné que les gendarmes qu’il défend « ne sont pas poursuivis et n’ont donc pas accès au dossier ».

Nathalie DELEAU 

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4 Commentaires

  1. Denise Lacroix

    Honte à nos pouvoirs politiques de ne pas régler ce probléme et laisser ainsi les choses s’ aggraver.
    courage à nos gendarmes .
    Des forces de l’ordre et une justice forte .

    Sont l’image d’un état fort à l’intérieur comme à l’extérieur.

    Mon soutien inconditionnel à tous.,officiers et gendarmes.

  2. MALFIONE James

    Encore une fois, l’hypocrisie et la désinvolture dont font preuve nos Gouvernants (et particulièrement le 1er Ministre et son “acolyte” le Ministre de l’intérieur) font que nos Forces de l’Ordre et notamment nos Gendarmes, sont “montrés du doigt, cloués au pilori et humiliés” !!!!
    Il faut que cela cesse, que l’autorité de l’Etat dans toute sa force et sa puissance puisse s’affirmer et que les Lois de la République soient observées, comprises, acceptées et appliquées; c’est la seule solution pour que la Paix Publique et la Sécurité se rétablissent dans ces banlieues où règnent en maître toute une pègre de délinquants et de trafiquants !!!

  3. FARRAJ Hamid

    C’est à la Justice notamment au procureur de la République saisi de cette affaire de faire le point à la presse et de manière subséquente à la société des éléments de cette affaire, ce l’instar de ses interventions en matière d’affaires terroristes.
    Le manque de transparence dessert systématiquement les forces de l’ordre. On peut s’interroger effectivement sur la distance qui existe entre les différents services de la chaîne pénale.
    Les avocats ne peuvent d’ailleurs pas défendre au delà leurs clients car ils ne sont même pas mis en examen ni témoin assisté.
    Je pense qu’il faut éviter que ce soit un représentant du pouvoir exécutif car cela ajoutera de l’ambiguïté et de la confusion. Evitons que le DGGN ou un de ses représentants ou encore que le ministre de l’intérieur sur-réagisse à cette affaire, approfondissant alors le doute et surtout l’inégalité des armes.
    Les gendarmes impliqués dans cette affaire ont du déjà faire face à la mort de l’intéressé, ce qui est déjà particulièrement difficile à digérer, faire face à une mutation dans l’urgence chamboulant les emplois du foyer et la scolarité des enfants, et de subir continuellement le doute d’une partie de la société qui confond l’action de la police en France et dans d’autres pays, moins regardant lors des interventions et arrestations de leurs polices. Les exemples nombreux aux Etats-Unis sont suffisamment sidérants. Il ne faut pas faire d’amalgame.

  4. thomas marie

    Je soutiens les gendarmes, ils ont fait correctement leur travail ! honte à nos politiques, l’affaire serait vite classée.

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