mardi 23 mai 2017
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Paris, le 15 mai 2012, passation de pouvoir entre Francois Hollande et Nicolas Sarkozy au palais de l'Elysee. (Photo M. Guyot/Essor)
Palais de l’Élysée (Photo d'illustration M. Guyot/Essor)

L’amer quinquennat des gendarmes de l’Elysée

Ancien patron du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), le colonel (ER) Denis Roux avait «beaucoup d’espoir» en 2012 lorsque François Hollande, tout juste élu président de la République, avait décidé de réintégrer des gendarmes dans sa sécurité rapprochée.

En effet, en 2007, au lendemain de son investiture, le président Nicolas Sarkozy avait renvoyé à Satory et sans ménagement les gendarmes qui composaient la moitié de l’unité de protection d’élite (1).

Interrogé dans nos colonnes en juillet 2012, Denis Roux estimait donc que le retour en grâce des gendarmes  n’était qu’un «juste retour des choses» après  le «hold-up» policier de 2007 sur le GSPR.

Aussi symbolique que leur éviction de 2007, le retour des militaires à l’Elysée en 2012 avait été perçu comme un premier pas vers un apaisement.

Certes le commandement restait confié à une policière, la commissaire divisionnaire Sophie Hatt, mais son adjoint, un officier de Gendarmerie, allait certainement lui succéder à mi mandat. Le système précédent avait en effet instauré officieusement une alternance tous les deux ans.

Pas d’alternance

Las! Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit et la policière n’a laissé sa place à son adjoint, le colonel Lionel Lavergne, qu’au bout de 5 ans, début mars 2017, à la veille d’un renouvellement de bail élyséen.

Il semblerait que ses velléités de point de chute de prestige -le bruit d’une préfecture importante avait un temps couru- aient prolongé son affectation jusqu’à ce qu’elle accepte de devenir directrice de la Coopération internationale du ministère de l’Intérieur en étant promue, au passage directrice des services actifs de la Police nationale, l’échelon le plus élevé de la hiérarchie policière.

On aurait pu imaginer un meilleur sort pour la Gendarmerie sous Hollande, elle qui avait le vent en poupe, avec un directeur général, le général Denis Favier, très proche du Premier ministre Manuel Valls.

Avec une bonne partie de sa carrière effectuée au sein du GIGN, qui fournit les troupes gendarmiques du GSPR, le directeur général avait autant de bonnes raisons d’en prendre la défense de l’unité que d’être entendu par les grands chefs. .

Il faut croire que Sophie Hatt, qui avait assuré la sécurité de Lionel Jospin lorsqu’il était à Matignon, avait de meilleurs relais, voire l’oreille du Président .

“Relégués et humiliés”

En attendant les gendarmes du GSPR auraient pu se contenter d’un chef adjoint issu de leur Institution s’il n’y avait pire.

En effet, selon Denis Roux, sous le commandement de Sophie Hatt, les gendarmes du GSPR ont été systématiquement «mis à l’écart, relégués et humiliés».

Pour le colonel en retraite, les germes de tout cela sont à chercher dans un arrêté du 17 décembre 2008 qui a rattaché le GSPR au Service de protection des hautes personnalités (SPHP), rebaptisé Service de la protection (SDLP) depuis, et qui dépend de la direction générale de la Police nationale (DGPN).

Auparavant le GSPR était placé pour emploi auprès de la présidence mais dépendait organiquement et administrativement des deux  directions de la Police et de la Gendarmerie. Ce changement de tutelle permettait donc, de fait, à un patron policier du GSPR, d’avoir les pleins pouvoirs.

Les miettes pour les gendarmes

«Un phénomène de confinement des gendarmes s’est mis en place à tous  les échelons du GSPR. Au niveau du commandement, la responsabilité des missions et leur préparation sont confiées presque en totalité à la Police. La portion congrue, 10 à 15% seulement revient  aux gendarmes. En France, c’est pareil: les missions jugées importantes et valorisantes sont prises par le commissaire Hatt et son adjoint ne reçoit que les miettes». 

Cela se poursuit au niveau des postes occupés au sein du dispositif.

«Aucun gendarme n’est présent dans ce que l’on appelle ‘l’équipe privée’, le saint des saints, qui est au plus près du président de la République et qui l’accompagne au plus près lors de ses déplacements privés».

Au final, «il y a une démarche d’exclusion des gendarmes du dispositif  de sécurité et du GSPR. On les tolère, on leur donne les miettes, mais c’est tout».

Tout au long des 5 ans de la présidence, les gendarmes du GSPR font part à leur hiérarchie de «leur désarroi, relayé par le  commandement du GIGN mais ces démarches n’ont pas abouties».

Des gendarmes sans agrément

Au contraire pourrait-on dire puisque même la vie interne de l’unité pose question.

«La formation collective, qui est essentielle pour la cohésion et la qualité du dispositif de protection, est entre les mains de la Police nationale».

Séances de tirs ou de sports de combat sont ainsi «exclusivement menées par des moniteurs et instructeurs policiers au prétexte que le GSPR dépend administrativement de la Police et que les militaires ne sont pas agréés pour le tir… C’est ahurissant!»

Denis Roux précise d’ailleurs que les gendarmes ont été «obligés de passer un test pour être habilités par la Police nationale afin d’utiliser leurs armes au sein du GSPR  alors que leur formation au tir, effectuée par le GIGN, est inégalable. Je vous laisse imaginer les frustrations que cela a pu créer chez les gendarmes du GSPR, qui subissent un recrutement, une sélection et une formation de plusieurs mois, qui sont  hyper qualifiés et à qui l’on dit, du jour au lendemain, qu’ils ne sont pas qualifiés pour mener l’instruction, qu’on les cantonne dans des postes subalternes et qu’ils ne mèneront pas de missions de A à Z car leurs chefs seront des policiers».

Doctrine défaillante

Au delà de ces problèmes d’équilibre entre les deux forces, le colonel (ER) Roux estime que la doctrine n’est pas la bonne.

«La vision de la protection est externalisée, appuyée sur une multitude de services périphériques sans réelle coordination. Il n’y a pas d’ approche d’intégration de toutes les étapes de la sécurité rapprochée comme ça doit être le cas normalement».

A titre d’exemple, il cite «la sécurité nocturne, confiée à la CRS 1 de Villacoublay», équivalent de l’escadron motocycliste de la Garde républicaine, chargé normalement des escortes présidentielles.

«Aujourd’hui, le GSPR est principalement impliqué, pour ce qui est de la sécurité rapprochée du président de la République, dans la  préparation de la mission et l’accompagnement – c’est à dire ce qui est visible et prestigieux. Il assure par ailleurs la gestion des bagages, des hôtels et la sécurité de la presse. Le reste qui est fondamental, la partie immergée de l’iceberg, est confié à une multitude des services locaux ou nationaux plus ou moins motivés. Les points hauts, par exemple, sont tenus par des policiers et gendarmes locaux, il n’y a plus de tireurs d’élite du GSPR,», rappelle-t-il, sans citer, bien que l’on y pense aussitôt, le tir accidentel d’un gendarme du peloton spécialisé de protection de la Gendarmerie (PSPG) de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne) qui a blessé deux personnes le 28 février 2017 lors de l’inauguration de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux par le président de la République .

Au final, le colonel Lavergne a pris la tête de cette unité prestigieuse pour un temps  indéterminé. Le prochain président de la République peut tout à fait refaire du GSPR une unité 100% policière, ce que les textes règlementaire l’incitent même à faire.

Une seule solution, pour Denis Roux: «il faut casser ce texte de 2008  et rattacher cette unité directement au ministère de l’Intérieur. Par ailleurs, dans la mesure ou l’unité est mixte, il faut une alternance des commandants. Si celle-ci n’est pas respectée, il faut l’inscrire dans les textes» 

Matthieu GUYOT

(1) Unité créée sous François Mitterrand en 1983 et composée à 100% de gendarmes durant ses deux septennats, le GSPR était ensuite composé d’autant de policiers que de gendarmes sous la présidence de Jacques Chirac

12 Commentaires

  1. ferrero

    le préfet Prouteau n’est plus là .

    charly Ferrero

  2. Cela me désole de voir cela. Ce sont nos officiers supérieurs qui se sont laissés enivrer par le chant des politiques et abandonner nos sous officiers.
    Nous n’avons jamais vu autant d’officiers en gendarmerie.
    Jusqu’en 1990 pour un département moyen nous avions, un Lt Colonel ou Colonel commandant le groupement, ensuite un capitaine par compagnie avec un Adjudant-chef ou major comme adjoint

    • On a créé le grade de Major à l’époque pour faire taire les Juteux chefs, depuis une quinzaine d’années, on nomme les majors officiers, qui finiront capitaines ou commandants, une armée de barrettes pour verrouiller l’institution, en effet la carotte calme les ardeurs syndicalistes. Mais ce n’est pas spécifique à la Gendarmerie, tous les grands corps de l’état fonctionnent ainsi, et pour reprendre une phrase de Clemenceau : La guerre est une chose trop importante pour la confier à des policiers !!!!

  3. Maintenant dans chaque département, c’est un panier d’officiers.

    Nous demandions des effectifs, mais c’était pour être sur le terrain et surveiller tous nos départements.
    Maintenant plus aucun gendarmes ne connait sa circonscription, ni sa population.

  4. Hugo

    Alors ça c’est bien vrai… Au lieu de se gratter le ventre pour avoir les mêmes chouettes avantages que leurs homologues policiers, les officiers de gendarmerie auraient du s’occuper de l’institution et pas de leur clocher.
    Mais pour ma part, je n’ai en 25 ans, jamais eu la chance de connaître un officier avec des….. qui avançaient avec ses hommes, devant. Que des types, le derrière vissé sur leur fauteuil dans son bureau de Charlie Charlie. Et que ce soit en mobile, en GD ou en unité spécialisée.
    Mais bon, que d’illusions et de désillusions. Content d’avoir plié bagage.
    La cohésion n’est plus de ce monde.

    • MALFIONE James

      Oui, c’est vrai qu’il y a eu de tous temps des “patrons” qui ne voyaient qu’en ligne de mire, un avancement plus ou moins hypothétique mais qui, de façon incongrue, se répercutait sur la base.
      De ce fait, l’on a eu en GM comme en GD, des “carriéristes invétérés” qui se voulaient à la fois dignes, compréhensifs et humains mais qui cachaient au plus profond d’eux même, une certaine rancœur due peut-être aux aléas des promotions qu’ils considéraient injustes pour d’autres qui ne les méritaient pas.
      J’ai connu ce genre de “chefs” mais je dois dire que par la suite, lorsque je me suis retrouvé retraité en fonction dans l’Administration d’Etat, ce n’était plus la “même chanson”!
      Eh oui, n’est pas un “grand chef” qui veut et à l’image de Leclerc, ce grand Maréchal, il faut avoir de l’empathie pour se faire aimer soi-même!

      • MAUREL; Claude

        Bonjour James. Je suis tout à fait d’accord avec toi. Nous avons servi, ensemble, à l’escadron 7/8 puis 7/15 de PONTCHARRA. Très bon séjour pour ma part. J’étais radio avec RAYNAUD(La rascasse) . Amitiés et bonne retraite.

  5. Moralité il faut rentrer dans la police plutôt que la gendarmerie qui a voulu garder un statut a cheval entre civil et militaire et qui a perdu par son indécision a se positionner. Des militaires sous commandement de civils ça a été un non sens que l’on paye aujourd’hui. La seule motivation était de garder un statut des officiers avec le système de promotion comme l’armée de terre. Mais les missions des gendarmes sont des missions de police pour la plupart et garder un caractère militaire n’était plus d’actualité.

  6. rouby

    Bjr de toute facon ils veulent qu’une force de sécurité civile ( europe) en belgique plus de gendarmes

  7. Vallverdu

    Voilà une situation assez incompréhensible. Qui plus est , un énorme gâchis : tant de compétences inutilisées.
    Alors , se pose une question : quelles sont les fonctions de ces innombrables officiers supérieurs et généraux
    gravitant dans les hautes sphères ? Pourtant , le rôle de tout CHEF digne de ce nom , n’est-il pas de protéger et d’aider ses hommes ? Il semblerait donc , qu’un certain opportunisme ait pris le pas sur la défense de ceux oeuvrant sur le terrain.
    Bien triste tout cela .

  8. Niout

    Notre plus haute hiérarchie s’est vautrée dans une honteuse compromission politique. Nos généraux n’ont oeuvré que pour leur seul avantage. Pourtant un Général, honnête et méritant a osé dire devant des parlementaires la réalité décadente de notre travail. Il a dénoncé la situation catastrophique des mesures politiques iniques prises pour les délinquants. Il a révélé par là même l’incapacité flagrante d’une ministre et sa politique trop laxiste. Pourtant les élus ne l’ont jamais remise en question et l’ont même soutenue… Le Général SOUBELET car il faut le nommer pour l’honorer, en a payé le prix fort, sans mot dire….! Déchu de ses fonctions, lâché par ses frères d’armes, hauts gradés comme lui, il en est aujourd’hui à nos yeux que plus grandi. Humilié dans son honneur de serviteur du Peuple, convaincu du bien fondé il poursuit son combat et ira sur les bancs de l’Assemblée pour mieux combattre tous les lâches mesures qui nous entravent. Dans le passé, le gouvernement avait une grande idée de notre institution Aujourd’hui nos gouvernants se moquent bien de nous. Cela avait commencé avec M.Richard ministre de la Défense qui ne voulait pas reconnaitre notre mouvement de “Grève” Et de nos jours c’est Bruxelles qui dirige et qui donne les directives strictes. Faut pas s’étonner de la forte tendance dans nos rangs pour le vote à l’extrême qui nous promet plus de reconnaissance et de moyens.

  9. Nando13

    “Tout le monde sait que les Gendarmes votent FN………” Ils n’ont pas bénéficié de la présomption d’innocence, et ont été condamnés à servir de paillasson….! La présidence anormale d’un président “normal”

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