dimanche 19 novembre 2017
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Formation des gendarmes : le général Morterol, commandant des écoles de la gendarmerie dit tout à L’Essor (vidéo)

Nouveau commandant des écoles de la Gendarmerie ( CEGN) depuis la rentrée de septembre, le général de corps d’armée Thibault Morterol ( lire ci-dessous) a accordé un long entretien à l’Essor à l’occasion de sa venue à Dijon pour l’ouverture du centre national de formation à la sécurité publique.

Durée et contenu des formations, mutualisations,  le commandant des écoles fait un point complet pour l’Essor. 

La Gendarmerie doit faire face à une hausse du nombre de gendarmes à former, 50.000 sur cinq ans. (1) Comment allez-vous absorber ce nombre de recrues? Allez-vous ouvrir une nouvelle école?

Il y a effectivement un volume conséquent de gendarmes à former dans les années à venir en raison de nombreux départs en retraite de gendarmes recrutés dans les années 80. Nous n’envisageons pas d’ouvrir une nouvelle école, mais en revanche nous cherchons à optimiser nos capacités de formation, notamment à Dijon, où il y a le plus de possibilités d’extension. C’est une ancienne base aérienne, avec de belles infrastructures, qu’il faut néanmoins adapter pour répondre aux besoins d’une école de gendarmerie. Il est clair que les écoles fermées il y a quelques années nous manquent aujourd’hui. Au niveau national, nous sommes actuellement à 48 compagnies (dont celle de Valdemoro en Espagne) et l’objectif est d’atteindre en 2020 51 ou 52 compagnies, pour répondre aux estimations actuelles des prévisionnistes.

Allez-vous réduire la formation pour former davantage de gendarmes et cette durée,  différente selon l’origine des élèves gendarmes, (GAV, réserviste, militaire) va t-elle être uniformisée ?

La réponse est clairement non. La réduction de la durée de la formation qu’on a connue en 2016 pour les élèves gendarmes et gendarmes adjoints, visait à répondre à une urgence, à un pic de recrutement. Objectivement, c’est une formation un peu dégradée, malgré tous les efforts des formateurs, qu’on fera tout pour éviter de renouveler. On est revenu au régime normal depuis le 1 er août, c’est à dire à 9 mois en école plus 3 mois tutorés en unité pour les élèves gendarmes et 13 semaines en école et 12 semaines tutorées en unité opérationnelle pour les gendarmes adjoints.

Le directeur général a évoqué certaines formations communes avec la Police Nationale. Est-ce toujours d’actualité et quels sont les domaines concernés?

Le ministre lui a même a évoqué les mutualisations. Il y a trois sujets aujourd’hui qui vont faire l’objet d’un audit réalisé par l’ Inspection générale de l’administration, l’inspection de la Gendarmerie et l’inspection de la police nationale : la cynotechnie, la montagne et les motocyclistes. A ce stade, il va y avoir une étude complète, un comparatif des sites existants et des capacités. La Gendarmerie a de solides atouts à faire valoir. En montagne, il y a d’ailleurs déjà des synergies fortes entre le CNISAG et le CNEAS.

Justement, l’installation à Dijon du centre d’instruction cynotechnique de Gramat à Dijon est fréquemment évoquée en interne?

On en parle parce qu’il y a effectivement à Dijon une « capacité » cynophile héritée de l’armée de l’air et en partie utilisée par la région Bourgogne. Et on ne peut pas tout mettre à Dijon! Je le répète, nous ne sommes que dans la phase exploratoire dans les travaux des inspections. Il y aura à l’issue de l’audit des arbitrages ministériels et il faut espérer que le bon sens l’emporte!

Est-il envisageable que le nouveau centre de formation à la sécurité publique accueille des policiers ?

La réflexion n’est pas aboutie sur cette question. Nous allons d’abord rechercher la cohérence globale de notre propre dispositif en essayant de regrouper à Dijon les autres formations continues de la gendarmerie départementale, dont le CNFC, actuellement à Rochefort. Une fois achevée, ce dispositif peut permettre de faire une offre de formation pour d’autres acteurs de la sécurité, dont les polices municipales notamment.

Comment va évoluer la formation des futurs gendarmes pour s’adapter à la fois aux nouvelles technologies, et au retour des fondamentaux comme la proximité? N’y a t-il pas là un antagonisme?

Il n’y a pas d’antagonisme entre les nouvelles technologies et la recherche de proximité. Néogend est un outil qui favorise le rapprochement avec la population car c’est une sorte de brigade portative qui permet au gendarme d’être davantage sur le terrain.

Ce sont deux priorités clairement affichées. La formation sur la proximité existe déjà, mais nous sommes en train de la densifier, de l’enrichir, des outils pédagogiques spécifiques vont être diffusés dans les écoles de formation initiale mais également dans les centres de formation continue. Demain, toutes les formations continues comporteront un module contact/proximité rénové, qu’il s’agisse des formations sous-officier ou officier.

Le recrutement de plus en plus urbain n’entraîne t-il pas une perte de contact avec la ruralité?

Vous avec raison. C’est un vrai enjeu pour nous, il faut apprendre à nos élèves-gendarmes l’environnement dans lequel ils vont évoluer, leur donner des clés, des mécanismes qui vont leur permettre d’engager une conversation avec un agriculteur, un commerçant, un chef d’entreprise, etc. Il nous faut en fait retrouver cette relation à la population que nous avons un peu perdue.

Les élèves gendarmes, susceptibles d’être confrontés dès leur affectation en unité à des tueries de masse ou des actes terroristes sont-ils formés pour réagir face à ce type d’événement?

Le gendarme tel qu’il est formé aujourd’hui est déjà préparé à intervenir en mode dégradé, afin de répondre à ses missions en Opex ou outremer. Cela dit, le fait terroriste nous a amenés à repenser la question et à renforcer la formation, en école de formation initiale mais également dans les formations continues, notamment à Saint-Astier, pour permettre aux gendarmes d’avoir les réflexes et les comportements tactiques adaptés. Nous travaillons aussi sur le durcissement de la préparation psychologique à ce type d’événements.

Quel est le but de la formation des élèves en Espagne à Valdemoro? Envisagez-vous des formations dans d’autres pays d’Europe comme l’Italie ?

Elle vise à renforcer la connaissance mutuelle et l’interopérabilité entre deux institutions déjà très proches, la gendarmerie et la Guardia civil, qui travaillent déjà régulièrement ensemble, localement comme sur des théâtres d’opération extérieurs, dans la bande sahélo-saharienne aujourd’hui. L’idée, c’est de passer à un stade supérieur et de s’engager encore plus dans la coopération policière européenne.

Nous avons retenus principalement des gendarmes hispanisants, car ils sont réellement immergés dans la vie de l’école de Valdemoro, une partie des cours est dispensée en espagnol, etc. Les formations communes portent notamment sur la lutte anti-terroriste, la lutte contre les flux migratoires ou la criminalité organisée et chaque pays apporte son expérience à l’autre. Ces gendarmes devraient être majoritairement affectés sur des départements frontaliers de l’Espagne afin de faciliter des échanges directs. C’est un acte très fort dans la coopération européenne. On peut effectivement l’envisager avec d’autres pays, rien n’est fermé.

La formation des officiers va t-elle évoluer?

Oui. On a fait le choix de sortir le MBA spécialisé (Master NDLR) de la formation initiale et de l’insérer dans la formation continue afin de se consacrer davantage à la préparation des officiers au premier emploi avec des outils pédagogiques rénovés, performants, et des mises en situation plus nombreuses. Les officiers rang qui passent à Melun suivent désormais également un cursus beaucoup plus « pratico-pratique » afin d’être bien préparés à exercer leur nouvel emploi.

Propos recueillis par Didier Chalumeau et Jean-François Cortot

Le général Thibault Morterol commandant des écoles de gendarmerie. (Photo/D.C/L’Essor).
Âgé de 56 ans, saint-cyrien passé par l’arme du génie, le général Thibault Morterol a alterné les commandements entre gendarmerie départementale et mobile. Il a commandé l’escadron 5/11 puis 11/2 de Bouillac, la compagnie de Versailles, le groupement V/7 ( GM) de Dole, le groupement ( GD) d’Indre-et-Loire, la région Lorraine, puis la région Grand Est, commandant la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Est. Il a aussi été chef du bureau personnel à la légion de gendarmerie départementale de Picardie, chargé de projet et chef du bureau du personnel sous-officier à la direction générale, et adjoint au sous-directeur de la gestion du personnel de la direction des personnels militaires.

Il est officier de la Légion d’honneur, de l’ordre national du Mérite, et de la croix du combattant et de la médaille d’outre-mer avec agrafe Tchad. Il a également suivi la première promotion du centre des hautes études du ministère de l’intérieur (CHEMI).

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5 Commentaires

  1. PENNEC

    Eh bien, ce n’est pas gagné. Avant que toute une chaîne hiérarchique l’applique, il y a du boulot et il faudra plus d’une génération pour revenir à la “Gendarmerie de Grand Papa” comme je l’ai entendu dire par un jeune lieutenant commandant de brigade. Car c’est bien de cela dont il est question. Ce qui a été défait sera difficile, voire impossible à réaliser. Les gendarmes ont des contacts et des territoires a reconquérir, à commencer par les retraités qui eux, sont disposés à communiquer avec eux et peut-être leur ouvrir des portes sur l’environnement de leur commune ou leur canton. Mais, il faudra franchir le pas ….de cette première porte. Bon courage Mon Général. Vous avez la foi, mais il faut aussi de la fermeté, des obligations de résultat, des compte-rendus précis d’activités.
    PS : Attention de ne pas trop brusquer certains tout de même !!!!!

  2. risbet bernard

    j’ai 80 ans je me suis engagé dans la marine nationale en 1954 école des mousses a Loctudy navigué pendant 5 ans sur divers bateaux participé au conflit contre le président égyptien Nasser un an a terre neuve aide aux pécheurs de morues et des draguages de mines au large des cotes nordiques a l’issue de cela j’ai quitte la royale pour entrer en gendarmerie école de Chaumont en 1960 puis a la sortie j’ai opté pour servir en Algérie escadron de 4/10 bis de relizane en Algérie Oranie dernières opérations dans le djebel et après maintien de l’ordre a Oran sommes rentres après l’indépendance fin 1962 pour former l’escadron de creil puis 3 ans a la Martinique 3 ans a la Réunion j ai quitté l’arme après y avoir fait 17 ans donc 23 ans d’armée la société civile n’a plus rien a voir le service militaire ayant été supprimé les éleves de l’époque avaient déjà la formation militaire qu’ils n’ont plus maintenant la gendarmerie actuelle c’est une question de budget pour le tir c’était déjà peu la formation aux sports de combats c’est une nécessite actuellement mais les gendarmes de l’époque étaient très proche de la population plus maintenant les brigades sont souvent fermées et l’ancien président Sarkozy n’aimait ps l’arme il préférait la police il a supprimé 15 escadrons de Gm en opérations extérieures l’armée n’a plus les moyens matériels ce général a raison sur tous les points mais c’est aux politiques de lui donner les moyens on verra en manif on a pas encore tué de représentant de l’ordre mais cela pourrait arriver heureusement l’équipement a changé

  3. Schwartz

    J’ai débuté ma carrière dans l’Arme des Transmissions en 1957. A l’époque je peux dire que cette Armée française était la meilleure du monde. Déçu par la fin de la guerre d’Algérie j’ai décidé de quitter l’Armée et compte tenu de ma formation technique j’ai postulé pour la Gendarmerie. Grosse déception en comparaison avec mon “aventure militaire”. Mais je ne veux pas faire le procès de cette vieille Arme Traditionnelle, c’est le passé . Je suis entièrement d’accord avec les propos du Général Cdt. les Ecoles de Gendarmerie. Un regain de jeunesse, un rapprochement avec la population, un contact avec les retraités, tout cela devrait permettre de retrouver une certaine popularité avec les français. Le chemin sera long mais pas impossible. Bon courage.

  4. MOUGIN

    C’est bien mais j’ai bien peur que cela soit de l’utopie. Les jeunes ont bien changé comme à l’image de la société comme le général Morterol le dit. Je suis retraité depuis 7 ans après avoir passé 32 ans en GD en y prenant “mon pied”. Entré en Gendarmerie par conviction, par idéal, presque par sacerdoce comme un curé entre dans les ordres. Lors des derniers contact avec les anciens, tous ont été unanimes : Ils ne voient plus les “jeunes”. C’est un signe. Les relations ont changé avec la population. Les anciens s’intégraient, discutaient, allaient au contact, ne comptaient pas leurs heures, prenant en même temps du plaisir à rencontrer nos compatriotes, “boire le coup” s’il le fallait. Le renseignement venait automatiquement par liens de confiance et aussi souvent par amitié. Cette confiance, on l’acquiert avec le contact. Dès que celui-ci est déficient, le renseignement l’est également. L’école en parle mais ne l’apprend pas. C’est sur le terrain avec des “chefs” investis et consciencieux qu’ils doivent apprendre, et il faut le dire, c’est généralement innée pour les meilleurs, comme pour la peinture.. Question aussi de volonté, de travail et d’esprit compétitif, j’ose le terme. Et tous les Gendarmes le savent, le résultat est vecteur de résultats. La boule de neige. Bref, l’humain a quelque peu été délaissé et c’est cet aspect qu’il faut rénover. Il n’y a pas que le matériel qui est important, le contact humain l’est tout autant voire plus. Mais ça, c’est autre chose car la vie de gendarme est devenue stéréotypée, organisée, cadrée, trop d’ailleurs. On a oublié que faire simple, ce qui c’est le meilleur moyen d’obtenir des résultats.
    Pour en terminer, il est vrai que les moyens humains et matériels ont été trop réduits. Il faut donc que les prochains gouvernements donnent les moyens (c’est pas gagné…) et que tous les gendarmes quant à eux, s’investissent à nouveau. Tout est question d’esprit et d’encadrement. Je salue au passage tous mes camarades retraités et actifs de l’Arme.

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