lundi 11 décembre 2017
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Pour faire fortune, n’épousez pas un militaire! (vidéo)

Prenez deux membres de la fonction publique, l’un civil et l’autre militaire. A catégories sociales et professionnelles équivalentes, leurs revenus seront identiques.

Maintenant considérez les revenus de leurs couples respectifs. Cette fois, à catégories sociales et professionnelles équivalentes, le couple comprenant un militaire gagnera 30% de moins que celui comprenant un civil!

Révélé mardi dernier par le président du Haut comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM), Bernard Pêcheur, ce déséquilibre s’explique en grande partie par les mutations vécues par le couple comprenant un militaire.

Aujourd’hui, 84% des conjoints travaillent

« Globalement les deux fonctions publiques sont équivalentes mais les contraintes  imposées à la fonction militaire ont comme conséquences souvent des carrières un peu plus discontinues pour le conjoint ou une difficulté à trouver du travail et cela se répercute au niveau du revenu », a détaillé le conseiller d’Etat qui s’exprimait devant les députés de la commission de la Défense

Un déséquilibre qui pose d’autant plus problème qu’aujourd’hui « les conjoints de militaires, hommes ou  femmes, sont engagés dans la vie professionnelle.  84% des conjoints  sont actifs et souhaitent, la plupart du temps, poursuivre cette activité ».

Deux points de chômage en plus pour les conjoints de militaires

Un souhait qui pourrait rester hypothétique:  « le taux de chômage des conjoints de militaires est généralement un peu plus élevé que dans la  population française. Il est de deux points supplémentaires ».

Conséquence logique de cette difficulté au niveau de l’emploi, la conciliation entre vie privée et vie professionnelle figure parmi les  principales sources d’insatisfaction des militaires. Elle fait pourtant partie des « éléments essentiels de fidélisation » des militaires et, entraîne une « lassitude » qui  se fait sentir au bout de « 10 ou 15 ans pour les officiers et les  sous-officiers », notamment « sous la pression de la famille ». 

Dix mutations dans une carrière de colonel

D’autant que le rythme des mutations est, lui aussi, important. Dans la Gendarmerie, « 75% des mutations sont prononcées avec un préavis inférieur  ou égal à 3 mois », précise Bernard Pêcheur.

Un chiffre à prendre avec prudence car il comprend les nombreux  gendarmes adjoints volontaires qui intègrent le corps des sous-officiers et sont mutés à cette occasion.

Reste que les mutations sont nombreuses, notamment pour les officiers. Dans sa carrière « un colonel  vit en moyenne dix mutations », rappelle Bernard Pêcheur qui reconnaît que cet chiffre  est « inhérent à la la prise de responsabilités » et qu’il est difficile à réduire.

Promotion sans mutation dans la Gendarmerie

Pourtant des évolutions sont en cours. « La Gendarmerie par exemple (…)  entend faire en sorte que toutes les prises de grades ne s’accompagnent pas nécessairement d’une mutation », détaille le président du HCECM.

Le directeur général de la Gendarmerie a ainsi acté le principe d’une progression de gendarme à adjudant au sein de la même unité. La limite restant le grade d’adjudant-chef qui, s’accompagnant d’une prise de commandement, fera toujours  l’objet d’une mutation.

Au sein de l’Institution, certains officiers prennent par ailleurs leur grade durant un temps de commandement et la corrélation n’est pas absolue entre promotion et mutation.

« Un sujet évidemment extrêmement lourd pour les familles »

« La Gendarmerie peut le faire, d’autres armées  ne peuvent pas toujours le faire. C’est une question de politique de ressources humaines. Il ne faut pas nécessairement aligner toutes les armes. Chacune a son mode de gestion mais c’est un sujet évidemment extrêmement lourd pour les familles », conclut Bernard Pêcheur.

A cette aune, on mesure combien le retard de publication des tableaux d’avancement et les menaces sur le volume de mutation ont été durement ressentis par les gendarmes et leurs familles.

Lire aussi: Bercy tente de revoir les promotions de gendarmes à la baisse

Matthieu GUYOT 

 

Un connaisseur des APNM

Ancien président de la section de l’administration du Conseil d’État, Bernard Pêcheur avait été chargé fin 2014 par le président de la République d’une mission sur la portée et les conséquences des deux arrêts de la Cour européenne des droits de l’Homme datés du 2 octobre 2014 portant sur le droit d’association pour la défense des intérêts matériels et moraux des militaires.

Son rapport avait posé les bases du cadre juridique des Associations professionnelles nationales de militaires (APNM)

Lire aussi: Conseil d’Etat : une mission sur la portée des deux arrêts de la CEDH

 

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